Comment la mise en valeur des infrastructures participe à la réindustrialisation des territoires
La Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale a entamé son programme de rentrée par une soirée-débat centrée sur les enjeux des implantations d’entreprises face aux contraintes de toute nature qui caractérisent l’accès au foncier. Retour sur cet événement qui a rassemblé acteurs publics et entrepreneurs privés.
Eric Lanoë
Le grand salon Lumière affichait complet à l’occasion de la conférence de rentrée de La Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale. Avec le soutien de la Banque des Territoires, de Quaero Capital, de Business France, du Cerema, de KPMG, et en partenariat avec Régions Magazine, cette rencontre, portée par le cycle Renaissance Industrielle, avait pour ambition de dresser un tableau des réussites et difficultés qui caractérisent l’accès au foncier pour les entreprises désireuses de s’installer dans les territoires. Le constat est connu : il y a environ 150.000 hectares de foncier disponible – recouvrant une multitude de situations depuis la friche industrielle à dépolluer jusqu’au terrain à bâtir prêt à l’emploi – alors que certaines demandes d’implantation des acteurs industriels ne parviennent toujours pas à être satisfaites.

Mais quand on rentre dans le détail, les situations sont parfois bien contrastées. Ainsi en est-il de Jérémie Larrigue, Directeur général d’EODev, leader mondial de l’électricité décarbonée avec 82 collaborateurs et un besoin de 6500 m² d’ateliers implantés à proximité de Paris afin d’être au plus près de la résidence de ses salariés. Certes il a réussi à s’établir à Antony (Hauts de Seine) en bénéficiant d’un ‘coup de pouce’ de la Région et du soutien de quelques politiques, mais l’ensemble du dossier a nécessité 18 mois de réalisation, un délai bien trop long quand il s’agit de la vie d’une entreprise. Autre témoignage, celui de Virginie Carolo-Lutrot, maire de Port-Jérôme-sur-Seine et VP de la région Normandie : sur son territoire elle privilégie les projets d’implantation qui sont marqués par une réelle circularité, s’inscrivant harmonieusement dans les existants locaux (énergie, fluides, réseaux…). Et des projets, on lui en propose beaucoup grâce à Business France, Choose France ou encore la Région.
Parmi les projets qui affichent de fortes contraintes figurent bien sûr la montée en puissance des data centers ; ceux-ci demandent non seulement de l’espace foncier mais sont également gros consommateurs d’énergie et nécessitent d’être installés à proximité de nœuds numériques.
L’accès à un foncier qualifié passe aussi par la régénération des sites et la reconversion de friches, tel que l’a exposé Patrick Viterbo, Président de Brownfields dont c’est la spécialité. Et dans certains cas il suppose également l’existence de moyens logistiques de pointe pour optimiser la circulation des marchandises, d’où l’importance d’avoir des installations portuaires de premier plan. 90% des échanges mondiaux passe par la voie maritime, la France est légèrement en retard avec 80% mais l’accent est mis sur son développement. Et en corollaire de cette stratégie figure la décarbonation de l’activité portuaire avec un objectif « net zéro » en 2050.

La grande question demeure la capacité collective à bien identifier le foncier disponible et à faire en sorte que la demande puisse rencontrer l’offre, le tout dans un temps aussi contraint que possible – le fameux « Time to market ». Côté action publique, la Banque des Territoires a lancé en 2024, en association avec le Cerema, le dispositif « France Foncier+ » (voir notre article). Aujourd’hui 1000 sites sont recensés, soit 9000 hectares disponibles « clés en mains » ; 73 projets sont en cours. De son côté L’ANCT est à l’initiative de Territoires d’Industrie, dispositif qui entrainent dans une même dynamique élus, industriels et acteurs publics.
Ainsi que l’a rappelé en conclusion la chercheuse Anaïs Voy-Gillis, les infrastructures sont un élément-clé de la souveraineté d’un pays, assurant sa compétitivité dans un moment où les enjeux d’investissements pour décarboner l’économie sont massifs. Quant à la disponibilité du foncier, de nombreuses initiatives existent pour le mettre en valeur, il reste à accélérer le temps de mise en œuvre pour espérer être au niveau de la compétition mondiale.
Pour revoir la soirée, c’est ici.
