Cabinets de conseil : pourquoi la Cour des comptes épingle les collectivités
On l’a quelque peu oublié : en 2021, l’État a dépensé plus d’un milliard d’euros en prestations de cabinets de conseil. Parmi les éléments-phares de ce que l’on a appelé alors « l’affaire McKinsey », le fait que la logistique de vaccination pour contrer la pandémie de Covid-19 ait été entièrement sous-traitée au cabinet de conseil privé McKinsey (dont le siège se trouve rappelons-le dans le Delaware, aux États-Unis, ce qui lui permet de ne payer que 175 dollars d’impôts par an…)
Philippe Martin
Certes, s’agissant des collectivités territoriales, on est très loin de ces sommes, et de ces pratiques. Toutefois, le rapport de la Cour des comptes publié le 10 juin épingle assez sévèrement l’utilisation des cabinets de conseil par lesdites collectivités. Les juges de la rue Cambon ont, sur demande d’une proposition citoyenne, étudié cette utilisation dans quinze collectivités situées dans les régions Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Nouvelle-Aquitaine, ainsi que sur la Polynésie française. Parmi celles-ci, la Région Occitanie, le Département de la Gironde, ou encore la Ville et la Métropole de Toulouse.
Un bond de 20% en 4 ans
Sur la période étudiée (2019-2023), les dépenses réalisées auprès des cabinets de conseil peuvent paraître modestes, avec un total de 195 M€ pour les 15 entités analysées. Mais, dans un contexte budgétaire contraint, elles connaissent une dérive inquiétante, passant de 37 M€ en 2019 à 45 M€ en 2023, soit +20 % en quatre ans. A noter que de son côté, l’État, malgré les nombreuses alertes en cours, a pour sa part et sur la même période, doublé le niveau de ses dépenses dans ce domaine…

La Cour des comptes va plus loin, en analysant les raisons invoquées par les collectivités lorsqu’elles font appel à des prestataires extérieurs : surcroît temporaire d’activités, défaut d’expertise en interne, besoin d’un regard extérieur notamment. Sauf que, d’après la Cour, « aucune analyse explicite n’a en général été effectuée préalablement à la décision d’externaliser ». Les collectivités étant pour l’essentiel incapables de démontrer « que les prestations commandées à des cabinets de conseil n’auraient pas pu être assurées en interne ».
Un risque de dessaisissement des services
Les Sages de la rue Cambon alertent également sur « le risque de dessaisissement des services sur leurs fonctions d’expertise technique et de pilotage », à partir du moment où certaines collectivités ont confié à des sociétés privées des missions relevant de la gestion de la dette, du suivi de la trésorerie ou de la gestion des ressources humaines.

La Cour des comptes relève également des défauts enregistrés dans les procédures de recours à des sociétés privées, notamment le « manque de définition du besoin exprimé ». Ainsi que l’absence d’évaluation du travail réalisé par les fameux cabinets de conseil, sans aucun regard sur l’éventuelle « valeur ajoutée » de leur travail. Plusieurs collectivités ont d’ailleurs choisi de réinternaliser des prestations confiées au privé : c’est par exemple le cas de la Ville de Toulouse et ou du Département de la Haute-Garonne.
Renforcer la pertinence du recours à des cabinets de conseil
Dans sa synthèse (à retrouver ici), la Cour livre une série de « leviers d’action » destinés à « renforcer la pertinence du recours à des cabinets de conseil ». Parmi eux, le recensement des compétences internes, la relance de l’appel à la concurrence, ou encore la « mise en place d’une évaluation formalisée de la qualité des prestations, pour s’assurer de leur pertinence et de leur valeur ajoutée ».
Voilà en tout cas une belle source d’économies possibles. Car si le montant global de ces dépenses apparaît relativement faible (195 M€ tout de même), il ne concerne qu’une quinzaine de collectivités. Il serait intéressant de projeter ce chiffre à l’ensemble des structures concernées : si l’on totalise régions, départements et unités urbaines de plus de 100.000 habitants (soit les cibles de la Cour des comptes), on arrive à environ 200 collectivités…
