BEI : La France reste en tête !
Une fois encore, notre pays se place en n°1 pour les investissements soutenus par la Banque Européenne d’Investissement. Avec des traductions concrètes dans le soutien aux entreprises, aux mobilités, à la transition environnementale ou dans la vie quotidienne des Européens. Décryptage.
Philippe Martin
A tous les contempteurs de l’Europe, à tous les pisse-vinaigre qui assènent que la situation économique de l’UE, et de la France, est désespérée, on voudrait pouvoir offrir une invitation à la présentation des résultats de la BEI, organisée chaque début d’année par la Banque Européenne d’Investissement. Car ils y trouveraient, une fois n’est pas coutume, de véritables raisons d’espérer.

Et des raisons concrètes, qui plus est. A la “Banque verte de l’Europe”, comme s’est elle-même surnommée la BEI, on exhibe évidemment des chiffres et des bilans (c’est une banque, quand même), mais surtout des faits, et des résultats. Alors liquidons rapidement les chiffres pour passer aux faits. Les 13 Md€ investis en France en 2025 par le groupe BEI – qui comprend également le FEI, fonds d’investissement davantage tourné vers le soutien aux PME et aux start-ups – en font le premier pays d’opération en Europe. C’était déjà le cas en 2024 : on ose espérer que cela devienne une véritable habitude.
Car ce chiffre qui peut paraître abstrait trouve une triple traduction, révélée par le vice-président Ambroise Fayolle lors de cette présentation : « 61 % des financements en faveur du climat ; 30 % de financements directement tournés vers l’innovation ; et 670 M€ affectés à la sécurité et à la défense ». Une innovation que ce dernier point, dont on aurait peut-être aimé se passer, mais que le contexte international actuel, pour le moins tourmenté, justifie pleinement.
Entrons un peu dans le détail, par exemple avec un projet transfrontalier emblématique et ô combien stratégique pour l’Europe : l’interconnexion électrique entre la France et l’Espagne dans le Golfe de Gascogne, s’appuyant sur un financement massif d’1,6 milliard d’euros, répartis entre le gestionnaire français RTE et l’Espagnol Red Electricita. Un projet ambitieux qui permettra de rendre plus fiable l’approvisionnement électrique entre France, Espagne et Portugal.
Ou, dans un autre registre lié à la filière agricole, le prêt de 70 M€ à Sodiaal, première coopérative laitière de France (et 3ème d’Europe), qui réduira ses émissions de CO2 tout en préservant notre sécurité alimentaire.
Algues marines et rénovation des collèges
La BEI fait également son miel avec tout ce qui relève de l’innovation ou du numérique : citons en vrac Eranova (production de plastique recyclable à partir d’algues marines) Nexans (production de câbles et recyclage de cuivre) ou encore STMicroelectronics (fabrication de semi-conducteurs).
Les collectivités et les infrastructures sociales ne sont évidemment pas oubliées, à travers ce chapitre qu’Ambroise Fayolle appelle joliment « l’Europe des quotidiens, celle qui permet d’améliorer la vie quotidienne des citoyens ». La liste des exemples est longue, on en retiendra trois. La construction, et la rénovation énergétique massive de logements sociaux, notamment sur Bordeaux. Le gigantesque plan de rénovation d’établissements scolaires, collèges dans la Somme, le Puy-de-Dôme et la Seine-et-Marne, lycées en Région Sud, et rénovation de toutes les écoles primaires de Marseille (lire dans le n°177 de Régions Magazine paru en décembre). Ou encore, au chapitre des mobilités, le renouvellement des matériels roulants ferroviaires en Bretagne et en Pays de la Loire, du métro à Paris ou des autobus de Clermont-Ferrand.
A noter que plus de la moitié des financements consentis sont orientés vers des territoires relevant de la politique de cohésion de l’Union européenne, politique que la Commission a entrepris de remettre en cause… Ainsi la BEI contribue-t-elle, à sa manière, non seulement à encourager l’innovation et les transitions sous toutes leurs formes, mais aussi à rééquilibrer les investissements, permettant de faire émerger une Europe plus solide et plus juste.
Sécurité et défense : on multiplie par quatre
C’est la situation mondiale qui le veut : en 2025, le Groupe BEI a multiplié par quatre ses financements dans la sécurité et la défense : 4 Md€, soit près 5 % de son activité totale. En France, 670 M€ ont permis de financer plusieurs opérations inédites, dont un montant de 400 M€ sous forme d’un prêt à Thalès pour soutenir la R&D dans l’aéronautique et les radars.
D’autres investissements ont été soutenus dans le domaine des lasers ou de la cybersécurité, le BEI ne finançant pas directement la construction d’armements. Pour le moment…
Sans oublier les entreprises
La BEI et sa filiale le FEI ont alloué près de 4 milliards d’euros aux PME et aux ETI, souvent en appoint de banques commerciales ou d’établissements financiers. Le FEI a ainsi soutenu 120 projets pour un montant de 2,2 Md€, plus de 200 M€ pour des fonds investissant dans des projets d’infrastructures.
Parmi quelques réalisations emblématiques de la Bei vers les grandes entreprises, (outre Thalès, STMicroelectronics ou Nexans cités par ailleurs), citons le soutien à Orano (usine d’enrichissement d’uranium à Tricastin Drôme-Vaucluse, renforçant la sécurité d’approvisionnement européenne) ; EDAP (robotique médiale pour le traitement non invasif du cancer de la prostate) ou encore Technip Energies (technologies de décarbonation et économie circulaire).
