Banque Européenne d’Investissement : la France en tête !
12,6 milliards d’euros d’investissements soutenus en 2024 : un record pour la BEI, qui place la France au premier rang des pays européens bénéficiaires.
Philippe Martin
Les temps sont compliqués pour les investisseurs, mais pour la Banque Européenne d’Investissement, l’activité ne se dément pas pour autant. Avec 12,6 Md€ d’investissements accordés en 2024 par le groupe BEI (qui comprend également le FEI, Fonds européen d’investissement, plus directement dédiés à l’activité des PME), « ces résultats confirment notre rôle central de soutien à l’investissement » a lancé avec une satisfaction mesurée mais bien réelle le vice-président français de la BEI Ambroise Fayolle, lors de la présentation des résultats annuels. Qui placent donc la France en tête des bénéficiaires de prêts, devant l’Allemagne et l’Italie.
La “Banque verte de l’Europe”
En décryptant l’exercice écoulé, Ambroise Fayolle a insisté sur trois points. D’abord, « la remarquable activité de la filiale FEI », là aussi une année record avec 2,6 Md€ d’investissements au soutien des PME, notamment dans l’innovation, l’accès au crédit pour les agriculteurs, les TPE ou encore les entreprises sociales.

Ensuite, le verdissement sans cesse accentué de celle qui aime à se présenter comme la “Banque verte de l’Europe” : 70 % des prêts consentis ou garantis sont directement liés au climat, ce qui dépasse largement les objectifs fixés à l’établissement bancaire. Qu’il s’agisse de financer les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou l’innovation liée au changement climatique, la BEI est présente sur tous les fronts.

2024 a ainsi été marqué par plusieurs prêts en soutien aux énergies vertes et à l’électrification : 334 M€ à Verkor pour sa giga-usine de production de batteries électriques automobiles à Dunkerque dans le cadre du programme de soutien à l’investissement européen InvestEU ; 500 M€ au distributeur d’électricité Enedis pour l’adaptation de son réseau aux nouvelles sources d’énergies renouvelables. La BEI a également soutenu le câblier Prysmian pour sa production de câbles haute tension sur son site de Gron dans l’Yonne.
« montrer aux citoyens européens l’Europe est là aussi pour améliorer leur vie quotidienne »
La Banque européenne « finance également beaucoup d’infrastructures du quotidien, qu’il s’agisse de santé, de logement, d’éducation ». Un point particulièrement important aux yeux du vice-président, « car il s’agit de montrer aux citoyens européens que l’Europe est là aussi pour améliorer leur vie quotidienne. C’est pourquoi nous nous rendons tous, les uns et les autres, dans tous les territoires français, pour montrer comment notre action se traduit dans les faits ».
A noter également que la BEI n’a pas attendu la fin du conflit meurtrier en Ukraine pour se porter au soutien du pays agressé. « C’est notre première priorité en-dehors de l’Union européenne, précise Ambroise Fayolle. Dès le début de la guerre, nous avons financé des projets liés à la reconstruction, qu’il s’agisse de remettre en état des infrastructures détruites, de soutenir les PME ukrainiennes ou des dossiers montés avec les municipalités ». Au total 2,2 Md€ de financements ont déjà été mis à la disposition de l’Ukraine.

Enfin, en cette période où les conflits se multiplient, la BEI ne se désintéresse pas des activités liées à la Défense. « Le besoin se fait sentir que l’on soit plus présent dans ce secteur », a reconnu le vice-président. Même si la BEI n’est pas autorisée à financer des activités d’armement au sens strict, elle peut désormais soutenir des projets qui peuvent avoir des débouchés à la fois dans le civil et dans l’Armée, comme le développement de drones ou de l’intelligence artificielle, pour laquelle la BEI a financé 1,4 Md€ l’an dernier.
« Nous sommes prêts à aller un peu plus loin », a affirmé Ambroise Fayolle. On peut craindre que cela ne s’avère nécessaire.
Les régions, les transports et la santé
La BEI a consacré 72 % de ses investissements en France l’an dernier à des territoires relevant de la politique de cohésion. Partenaire des collectivités territoriales, elle a financé à hauteur de 4,24 milliards d’euros des investissements dans le secteur public (44 % des financements), dont 1,7 Md€ dans les transports, premier secteur de la BEI en France.
Elle a participé au financement du matériel roulant ferroviaire des Régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie pour 400 M€ et à la rénovation de la ligne Nancy-Contrexéville dans le Grand Est qui sera réouverte fin 2027. En 2024, la BEI a également accompagné la métropole de Marseille pour l’extension de son réseau de tramway, et celles de Lille et de Rouen avec des prêts verts pour les transports en commun et les voies cyclables.
Dans la santé, la BEI a signé deux financements majeurs l’an dernier pour près de 400 M€. L’hôpital de l’AP-HP Lariboisière dans le nord de Paris sera modernisé et restructuré autour d’un nouveau bâtiment regroupant l’ensemble de ses services en y intégrant les activités de l’hôpital Fernand-Widal. La BEI finance également à hauteur de 240 M€ le chantier du nouveau CHU de Tours qui sera restructuré avec la construction d’un nouvel hôpital sur le site Trousseau et d’un nouvel hôpital psychiatrique.
Dans le secteur de l’éducation, en forte croissance en 2024 avec 1,4 milliard d’euros d’investissements, la BEI a financé la construction et la rénovation d’infrastructures à destination de l’ensemble des publics, préscolaires et scolaires, de la petite enfance aux lycées en passant par les écoles maternelles, primaires et les collèges.
Au total, sur les 11 projets financés, trois l’ont été avec des municipalités pour les crèches et écoles (Lille, Montpellier et Toulouse), cinq avec des départements pour des collèges (Calvados, Pas-de-Calais, Rhône, Seine-Maritime, Seine-Saint-Denis) et trois avec des régions pour les lycées (Bretagne, Grand Est et Occitanie). Les investissements de la BEI se concentrent sur l’efficacité énergétique de ces infrastructures, leur résilience et adaptation au changement climatique (végétalisation des cours de récréation) et les équipements numériques.
