Aisne : les recettes contre les déserts médicaux
Brianne Huguerre-Cousin
Désertée par les professionnels de santé, l’Aisne multiplie les incitations à l’installation depuis 2020. Prime pour les internes, loyers gratuits, aides pour les maîtres de stage… Un riche catalogue à découvrir.
Lorsque William Thomas a appris que son premier vœu d’internat en médecine n’avait pas été retenu, et que le département de l’Aisne proposait des aides financières aux jeunes médecins prêts à s’y installer, il n’a pas hésité une seconde. Originaire de Lille, ce futur généraliste de 28 ans exerce dans trois communes axonaises la moitié de la semaine depuis novembre 2025. « J’aime beaucoup y travailler, il y a toute une éducation médicale à faire », témoigne-t-il. Et, pour l’aider, un studio est mis à disposition par la commune de Rozoy-sur-Serre. Il touchera également une aide financière à la fin de son stage.
Avec 103 médecins généralistes pour 100 000 habitants, contre 146 en moyenne à l’échelle nationale, l’Aisne est l’un des territoires les plus désertés par la profession. « Les zones rurales sont moins attrayantes, analyse le président du conseil départemental Nicolas Fricoteaux. Beaucoup de jeunes partent se former en dehors des Hauts-de-France, comme au CHU de Reims (Marne). On a du mal à avoir des retours dans le Département. »
Une prime de 1.000 euros au bout de six mois
Pour attirer les nouvelles recrues, le conseil départemental a alors engagé des mesures d’incitation à l’installation depuis 2020. « On est parti du principe que les premières expériences des médecins pouvaient être déterminantes, souligne le président. Sans les contraindre, il faut leur donner envie de s’installer chez nous. La première expérience et le bon accueil peuvent orienter des choix apaisés vers des zones déficitaires. Il faut vaincre les a priori. » Une prime de 1 000 euros est par exemple débloquée à la fin des six mois d’exercice dans le département. Elle s’accompagne « d’une forte incitation pour que les intercommunalités et les communes proposent un loyer gratuit à proximité des maisons de santé », comme celui occupé par William Thomas, à Rozoy-sur-Serre.
« Si on veut des internes, il nous faut aussi des maîtres de stages universitaires, reprend Nicolas Fricoteaux. On veut valoriser les médecins qui prennent cette initiative. » Tous les généralistes s’engageant dans les deux jours de formation obligatoires se voient alors dotés de 1 500 euros, l’équivalent de ce qu’ils perdent, en n’exerçant pas la médecine pendant cet apprentissage. Depuis 2021, 20 professionnels en ont bénéficié. 202 internes ont par ailleurs touché la prime de 1 000 euros.
La collectivité finance aussi les projets d’installation de maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) à hauteur de 20 %. Leur réussite dépend néanmoins « de la dynamique entre les médecins et la collectivité qui porte le projet », soutient-il. L’analyse est similaire du côté d’Aimeric Lefetz, gérant de la MSP de la Faïencerie, dans la commune de Sinceny : « La communauté d’agglomération a vraiment été à l’écoute des professionnels de santé locaux », se souvient-il.
L’Ains déploie un arsenal de solutions contre les déserts médicaux
Depuis son ouverture en 2019, la MSP s’est développée et accueille aujourd’hui 30 praticiens, dont cinq généralistes, un cardiologue, quatre infirmiers et trois kinésithérapeutes. « Maintenant, on arrive à prendre de nouveaux patients, se réjouit le porteur du projet. Et les internes sont toujours émerveillés de travailler dans de telles conditions. » Médecin axonais depuis 2004, Aimerci Lefetz estime que cette infrastructure « a tout changé dans [sa] pratique » : « La qualité de travail est importante, et on peut accueillir les internes correctement. »
Aujourd’hui, l’Aisne compte 33 maisons de santé pluridisciplinaires. « On a un réseau assez conséquent, on est bien équipés », se réjouit Nicolas Fricoteaux. Même s’il conçoit qu’elles restent insuffisantes « pour avoir assez de médecins ». Pour lutter efficacement contre la désertification médicale, le président insiste sur la somme d’incitations à l’installation, en soulignant également le travail de l’ARS qui accorde par exemple des aides financières aux futurs praticiens.

Et une fois le médecin installé, le président du Département aime à penser qu’il est moins nécessaire de le chouchouter : « C’est comme dans Bienvenue chez les Ch’tis. Quand les gens se rendent dans l’Aisne pour la première fois, ils ont des a priori. Mais ils découvrent un territoire intéressant, de beaux paysages, un cadre de vie apaisé… et finalement ils ont du mal à partir du département. » Pas de quoi convaincre entièrement William Thomas, qui « [se] verrai[t] bien travailler de temps en temps sur le territoire pour aider [s]es collègues », mais qui ne se projette pas sur le long terme. « J’aime beaucoup trop ma vie lilloise pour changer mes habitudes, confie-t-il. C’est mon côté citadin. » Qui ne l’empêche pas d’exercer aussi comme un médecin de campagne.







