Voyage dans les médicobus normands
Marie Herblot
La Manche fait partie des départements définis comme déserts médicaux prioritaires. Pour pallier le manque de praticiens, le Cotentin s’organise, autour d’une médecine itinérante.
Dans le Cotentin, à Saint-Pierre-Église, c’est le médecin qui vient à la rencontre des patients. Face au manque cruel d’accès aux soins dans le Val-de-Saire, le Département a inauguré, le 5 décembre dernier, le médicobus, un véhicule entièrement aménagé en véritable cabinet. Ainsi, les consultations de médecine générale se font-elles au plus près des habitants. Son but : améliorer l’accès aux soins dans les communes où beaucoup d’habitants n’ont tout simplement pas de médecin traitant. Une solution née d’un appel à projets lancé par l’ARS en 2024.
« L’expérimentation vise prioritairement à organiser, en articulation avec le projet de santé du territoire, un dispositif “d’aller-vers”, via une offre de médecine générale ou de spécialité itinérante, destinée à réinsérer en priorité les patients sans médecin traitant dans un parcours de soins », explique Kévin Lullien, directeur de l’offre de soins de l’ARS Normandie.
Un cabinet médical entièrement équipé
Le médicobus apporte une solution aux 13 000 habitants du Cotentin sans médecin traitant. « Toute la partie Est de la Manche souffre d’une démographie médicale très faible. Nous avons profité de l’appel à projets de l’ARS pour travailler sur ce dispositif mobile pour le Val-de-Saire », complète Lavinia Lempérière, directrice du médicobus.
« Il s’agit d’un cabinet médical mobile, complètement équipé. Le médecin consulte dans le médicobus, garé à côté d’une salle fixe où une assistance médicale reçoit les patients pour préparer le dossier médical. Nous avons voulu laisser un maximum de temps au médecin pour la consultation », ajoute-t-elle. Sous une apparence de simple « van » aménagé se cache un cabinet médical entièrement équipé. À bord, les médecins se relaient pour toujours offrir un accès aux soins aux patients.
« Il y a quatre médecins, précise la directrice. Nous misons beaucoup sur les retraités : c’est une ressource qui existe sur le territoire et qui est peu utilisée, donc nous essayons de les mobiliser. Nous disposons de deux retraités, et de deux jeunes qui n’ont pas leur propre cabinet et qui font donc des remplacements. »
Un projet fonctionnel sur l’ensemble du territoire
Le médicobus du Val-de-Saire est loin d’être le seul cabinet de ce type en Normandie, comme le précise le directeur de l’offre de soins de l’ARS Normandie. « L’ARS soutient huit médicobus sur le territoire », ajoute-t-il.
L’Eure en compte déjà deux. Dans l’Orne circule également le tout premier médicobus, « en fonctionnement depuis septembre 2020 », explique Kévin Lullien. « En Seine-Maritime, le médicobus déployé sur le territoire de santé de Dieppe depuis le 2 avril 2024 est porté par l’association Appui Santé Caux Bray Albâtre. Enfin, dans le Calvados, un médicobus sera prochainement déployé sur le territoire de la Vire-au-Noireau. »
« Par des consultations itinérantes, ce système apporte un complément essentiel là où la mise en place d’une maison de santé n’est pas possible, ou encore là où toute autre forme d’exercice coordonné est insuffisante », précise l’ARS Normandie.
« Les médicobus soutenus par l’ARS Normandie dans le cadre de cette expérimentation bénéficient d’un soutien à hauteur de 75 000 euros par an, pendant trois ans. »
Autre solution pour pallier le manque de médecins : les consultations solidaires. L’ARS Normandie a mis en place le dispositif « Un médecin près de chez vous ». Les professionnels de santé s’engagent volontairement et ponctuellement pour renforcer l’offre de soins dans des zones définies comme très prioritaires. Leur investissement est reconnu à travers une indemnisation forfaitaire de 200 euros par jour. Un soutien qui n’a pas de prix.







