Transdev : avec les Régions, une « collaboration quotidienne »
Entre les premiers marchés ferroviaires et les transports scolaires, Transdev taille sa place sur tous les territoires. Sans oublier de décarboner partout où c’est possible. Le point avec son directeur général France Édouard Hénaut.
Philippe Martin
Après 21 ans au groupe Suez, Édouard Hénaut a rejoint Transdev en janvier 2018, où il exerce les fonctions de directeur général France. Un excellent poste d’observation, et bien sûr d’action, pour évaluer le travail mené par son groupe en matière de décarbonation des transports. Ainsi que les relations avec les collectivités, à commencer par les Régions.
Régions Magazine : Au premier semestre, Transdev a signé ou renouvelé en quelques semaines quatre délégations de service public à Valence-Romans (Citéa), à Mâcon (TRéMA), à Arcachon-Nord (Alégo) et à Millau Grands Causses (Mio). Est-ce un résultat exceptionnel, ou s’inscrit-il dans la continuité des années précédentes ?
Edouard Hénaut : Nous avons effectivement obtenu de nouveau la confiance de Valence, Mâcon, du Pays basque, de Rochefort, ou encore de Millau, Istres et Mulhouse. Nous sommes également opérateur pressenti sur Chambéry. Nous opérons à nouveau les Bacs de Loire, et avons remporté Nancy-Contrexéville, Vierzon, Lannion, le nord du bassin d’Arcachon (COBAN) et Saint Malo.
Et nous avons encore des offres en attente à Rouen, Dunkerque, Angers…

L’explication est simple : nous étions dans un cycle urbain, auquel nous avons répondu avec succès, et qui s’achève désormais. Mais c’est pour entrer dans un nouveau cycle où s’additionnent les lignes interurbaines, les cars express et le ferroviaire.
Je tiens à le rappeler, nous sommes le groupe le plus présent dans les territoires. Nous avons calqué notre organisation sur celle des régions. Et nous apportons des réponses à chaque problème qui se pose, comme celui de la pénurie de conducteurs : avec la création l’an dernier de l’Academy by Transdev, nous avons formé plus de 900 chauffeurs d’autocars, nous faisons circuler un car spécial dans chaque région pour accélérer encore leur recrutement…
RM : Régions Magazine consacre son supplément de septembre à la Région Grand Est. Transdev a signé avec elle, le 4 juin, la réouverture de la ligne ferroviaire Nancy-Contrexéville, fermée depuis 2016. C’est une première avec une Région. Pouvez-vous en décrypter l’intérêt, pour la région, pour ses habitants, et pour Transdev ?
EH : Une première pour une région, et une grande fierté pour nous. D’abord d’avoir été désignés, avec NGE et la Banque des Territoires, pour ce premier contrat en France opéré sous un modèle nouveau, permettant à un prestataire unique d’assurer l’exploitation du service ferroviaire et la gestion de l’infrastructure. C’est une véritable concession ferroviaire, avec un partenariat signé pour 22 ans.
Ensuite parce que nous allons ainsi participer à la revitalisation de tout un territoire, l’ouest vosgien et le sud Meurthe-et-Moselle, en renforçant son accessibilité et son attractivité. Demain 14 allers-retours quotidiens relieront Nancy à Contrexéville, soit un quadruplement de l’offre par rapport à 2016.
« Dès juin 2025, les rames Omneo d’Alstom, exploitées par Transdev, circuleront sur le trajet Marseille-Nice ».
RM : Y a-t-il d’autres projets du même style à l’étude ?
EH : L’ouverture à la concurrence n’a pas été votée par toutes les régions, mais de nouvelles consultations sont ou seront lancées, l’étoile de Caen et l’étoile de Rouen par la Région Normandie, l’étoile mancelle (Le Mans) par la Région Pays de la Loire, le lot 3 pour la Région Sud, Bruche Piémont Vosges ou l’étoile de Reims par la Région Grand Est, l’étoile de Poitou-Charentes par la Région Nouvelle-Aquitaine…
Notre forte expérience dans le ferroviaire, acquise en Suède et en Allemagne, nous permet d’y répondre avec de vrais espoirs d’être retenus, comme nous l’avons fait avec succès pour Omneo en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
RM : Justement, où en êtes-vous sur ce projet ?
EH : Dès 2021, la Région Sud a été la première à ouvrir son réseau ferroviaire à la concurrence. Nous avons remporté alors l’exploitation de la ligne Marseille-Nice, avec comme matériel roulant les rames Omneo construites par Alstom.
Après des essais dynamiques en République tchèque, les rames sont en cours de finition dans les ateliers Alstom de Crespin (Hauts-de-France). Depuis la rentrée, nous formons les conducteurs, à la fin de l’année nous livrons le centre de maintenance et de remisage à Nice, pour une mise en exploitation le 29 juin 2025.
Avec à la clef un trafic doublé (14 allers-retours quotidiens) un engagement de 40 % de baisse des retards, 16 nouvelles rames climatisées équipées du wifi ou de machines de snacking ; et encore 150 recrutements dans tous les métiers du ferroviaire.
« Le premier enjeu pour les Régions, c’est d’accroître la mobilité en périphérie des agglomérations, dans le périurbain et la ruralité. »
RM : D’autres projets avec les Régions ?
EH : Le premier enjeu pour les Régions, c’est d’accroître la mobilité en périphérie des agglomérations, dans le périurbain et la ruralité. C’est ce qui ressortait fortement de notre enquête réalisée avec Ipsos et Régions de France, et présentée lors du congrès des Régions à Saint-Malo l’an dernier. Avec comme conséquences la montée en puissance des cars express, mais aussi une prise en compte plus forte de la route dans la loi relative aux services express régionaux métropolitains (SERM).
Ce qui débouche sur le développement de l’offre multimodale : cars à haut niveau de service, pistes cyclables, pôles d’échanges multimodaux nouveaux ou réhabilités, venant compléter la création des liges express.
Quant aux Régions, notre collaboration avec elles est quotidienne : chaque matin nous véhiculons 700.000 scolaires, tous niveaux confondus ! Nous opérons pour le compte des Régions de nombreuses lignes interurbaines mais également les premières lignes de cars express.
RM : Le dossier de notre numéro de septembre est consacré à “la décarbonation en marche”. Autocars rétrofités en Normandie, flotte de bus électriques dans l’agglomération de Roanne, soutien à la recherche pour faire baisser la pollution de l’air générée par les autobus : Transdev s’y montre très active. Pouvez-vous décrire votre stratégie dans ce domaine ?
EH : Nous cherchons partout à proposer le mi-énergétique le plus adapté aux spécificités de chaque territoire. Et nous nous appuyons sur notre expérience internationale pour être à la pointe de savoir-faire : aux Pays-Bas avec 200 bus électriques sur la concession de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol ; ou encore en Colombie avec la mise en service de 400 bus électriques à Bogota…
Et pour revenir en France, si l’on prend l’exemple du nouveau contrat du Grand Reims, remporté en 2023, nous avons proposé de remplacer le gazole par du HVO sur les véhicules existants (rétrofit biocarburants). Mais aussi de compléter avec des véhicules électriques pour les 2 lignes à haut niveau de service en centre-ville. Et de poursuivre l’équipement de la flotte en bioGNV pour offrir un mix énergétique performant économiquement et en termes de gaz à effet de serre.
RM : D’autres exemples ?
EH : Nous innovons beaucoup avec les régions. On peut citer le Rétrofit diesel-électrique en Région Centre-Val de Loire (cars scolaires), avec une première expérimentation réussie en juin 2023 sur un autocar rétrofité électrique, et une commande de 20 véhicules supplémentaires par le conseil régional.
Ou le Rétrofit diesel-hydrogène en Région Normandie. Homologué par les services de l’Etat le 1er février 2024, le premier car rétrofité à hydrogène a effectué le 22 avril son premier transport de voyageurs, sur la ligne régionale express Nomad Car, 216, qui relie Evreux à Rouen.
Ou encore la Région Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux Métropole, pionnières en mettant en place des lignes de car express que nous opérons. La première ligne de cars a été lancée en 2019 entre les villes de Créon et Bordeaux, avec plus de 1.000 passagers transportés par jour.
Son succès s’explique notamment par sa fréquence et sa ponctualité (un car tous les quarts d’heure), son prix très attractif (2,30 € le voyage et 43 € l’abonnement mensuel), son interconnexion avec des parkings relais et d’autres services de transports en commun, ainsi qu’un vrai confort à bord.
Et de nombreuses expériences de liaisons pour anticiper le développement du SERM : connexion de pôle à pôle Aix-en-Provence/Marseille-Saint-Charles ; connexion inter-régions (Cap Cotentin avec la ligne Cherbourg-Rennes, un gros succès) ; liaison périphérie bordelaise-centre depuis Blaye. Sur ce terrain-là aussi, nous sommes prêts !
Propos recueillis par Philippe Martin
Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le n°172 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.
