Remettre en lumière l’héritage de Pasquale Paoli
2025 marque le tricentenaire de la naissance du personnage phare de l’Histoire de l’île. À cette occasion, la Collectivité de Corse met en place un cycle de commémorations tout au long de l’année, qui commence le 6 avril.
Manon Perelli
On le surnomme « u Babbu di a patria » (le père de la patrie). C’est dire l’importance de Pasquale Paoli sur l’île. À l’occasion du tricentenaire de sa naissance, la Collectivité de Corse a décidé d’organiser un cycle de commémorations pour rendre hommage à ce personnage dont l’empreinte a marqué de façon indélébile l’Histoire de la Corse.

Relativement inconnu au niveau national à côté de Napoléon, c’est pourtant grâce à lui que la destinée de l’île va connaître un tournant majeur. « On lui doit la création d’un État corse », souligne l’historien Antoine-Marie Graziani, spécialiste de cette figure centrale de l’Histoire corse. Alors que depuis 1729, la Corse connait une série de révolutions contre la République de Gênes, sous la domination de laquelle elle est placée depuis le XIIIème siècle, le 14 juillet 1755 Pascal Paoli est élu Général de la Nation corse au couvent de Saint Antoine de Casabianca.
Pasquale Paoli, père de la patrie Corse
Dans la foulée, il proclame la Corse nation souveraine et indépendante et dote l’île d’une Constitution lors de la Cunsulta generale di Corti. « C’est une modernité qu’il apporte à une population d’un État qui était jusque-là sous domination génoise et considéré comme une région archaïque », explique Antoine-Marie Graziani.
Pleinement imprégné de l’esprit des Lumières, Pasquale Paoli a passé son adolescence à s’instruire à Naples où il a notamment étudié les langues et les arts de la guerre. « Il a été l’élève d’Antonio Genovesi à Naples, il a lu des auteurs comme Machiavel, Montesquieu ou Rousseau. Il a une connaissance véritable de ce qui se fait à l’époque », précise l’historien.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Ainsi, dans cette Constitution en avance sur son temps, Pasquale Paoli revendique notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, instaure une séparation des pouvoirs et reconnait le droit de vote aux personnes de plus de 25 ans, y compris aux femmes (qui sont veuves ou célibataires), pour élire la Diète, l’assemblée législative.
Au point que ce texte est aujourd’hui considéré comme la première Constitution démocratique au monde. Les révolutionnaires américains s’en sont eux-mêmes inspirés. En outre, pendant les 14 années que dure la République corse, le Général de la nation corse lui donnera tous les attributs d’un État en faisant frapper une monnaie, en établissant des lois, en donnant officiellement à l’île des armes et un drapeau, ou encore en mettant en place une armée et une flotte.

En 1765, il crée même l’Université de Corte avec le projet de former les cadres du nouvel État corse. Mais la bataille de Ponte-Novu, le 8 mai 1769, qui permet aux troupes françaises de conquérir l’île, mettra fin à son indépendance et aux ambitions du Général qui partira en exil en Angleterre. Malgré tout aujourd’hui son héritage perdure.
« C’était quelqu’un qui avait comme valeurs l’éducation, la prévention, la non-stigmatisation et l’ouverture d’esprit », relève la conseillère exécutive Bianca Fazi. Passionnée d’Histoire et en particulier de celle Pascal Paoli, elle a été chargée par le président du conseil exécutif de faire de 2025 « une grande année de commémorations ». Aux côtés d’un comité de pilotage, elle a élaboré le programme de ce cycle qui débutera le 6 avril, jour de la naissance de Pasquale Paoli. « Beaucoup d’actions sont tout au long de l’année jusqu’au 8 décembre avec la Festa di a Nazione (fête de la nation) qui va clôturer le cycle du tricentenaire », dévoile-t-elle en révélant qu’un « grand focus » sera fait sur l’itinéraire « a Strada Paolina », et que des événements seront également organisés en Italie et au Royaume-Uni.
Une nouvelle plateforme pédagogique
Outre les actions menées par la direction du patrimoine de la Collectivité de Corse, un travail a aussi été entrepris avec l’Université de Corse, et du côté des écoles. L’Académie de Corse a notamment dévoilé en début d’année une nouvelle plateforme pédagogique, « Paoli in lumi » (Paoli en lumière), destinée à transmettre l’histoire du Général de la nation corse aux élèves de l’île.
Pendant le mois de février, la population a pour sa part été sollicitée pour choisir le logo du label « Pasquale Paoli 2025 » qui identifiera « les événements et initiatives qui marqueront cette année de commémoration ». Un processus participatif qui vise à démontrer que le conseil exécutif de Corse souhaite « faire du tricentenaire de Pasquale Paoli un moment fédérateur et populaire, à l’image de l’héritage démocratique laissé par le Babbu di Patria ».
Quelques dates du programme
– 6 avril : inauguration de l’exposition temporaire “Pasquale Paoli 300 anni ! Divintà un Capu di Statu” au Musée de Merusaglia.
– Jusqu’au 15 avil : exposition de documents inédits sur l’Università di Corsica, 1765/1768 à la médiathèque de Penta di Casinca-Folelli.
– 21 avril : exposition et table ronde à Castifau autour des actes de la Consulte de Caccia.
– Du 2 au 31 mai : « l’ora di u ritornu » (l’heure du retour), manifestations organisées par l’association « l’Amichi di i Fochi Paoli » – (arrivée d’une flamme à Lisula, en voilier, flamme qui sera acheminée dans différents villages jusqu’au village natal de P. Paoli).
– De mars à l’automne 2025 : accueil au Centre de conservation et de restauration du patrimoine mobilier au Fort Charlet de Calvi (opérations de conservation/restauration de tableau, documents anciens, collections ethnologiques), dont la restauration d’un tableau de Henry Benbridge, représentant Pasquale Paoli en grandeur nature.
Retrouvez l’intégralité de l’article dans le supplément Corse de Régions Magazine, en kiosque dès cette semaine.
