L’histoire des régions françaises : des provinces aux 13 régions actuelles
Les régions, en tant qu’entités administratives, ont connu plusieurs évolutions. D’abord tracées en fonction de l’histoire des territoires, elles verront leurs contours évoluer pour répondre à des enjeux plus pragmatiques comme la volonté de simplification administrative ou de dynamisme du territoire. Pour comprendre l’histoire de nos treize régions actuelles, Régions Magazine revient sur l’histoire des régions françaises.
Les provinces du Royaume de France
Le Royaume de France était divisé en plusieurs entités administratives aux contours et prérogatives qui ont varié au cours du temps. Appelées rétrospectivement “provinces”, leur nombre variait en fonction de l’extension du territoire du Royaume, elles étaient trente-six en métropole au moment de la Révolution française.

La création des départements à la Révolution française
Les provinces de l’Ancien Régime sont abolies dès le 04 août, celles-ci présentant trop d’inégalités. L’Assemblée nationale constituante souhaite diviser le territoire de façon la plus égalitaire possible. Il est même proposé de diviser le territoire en carrés de 100 km² mais l’Assemblée va finalement plus ou moins épouser les contours des anciens diocèses. Au terme de ces échanges, la France est désormais divisée en 83 départements.
L’émergence des régions administratives
Si les départements assurent la mise en œuvre des politiques publiques, les identités régionales restent fortes. À la fin du XIXe, des premières revendications régionalistes se font entendre. Parmi les figures connues, on retrouve Frédéric Mistral, défendant l’identité culturelle et littéraire liée à l’occitan.
La question des assemblages régionaux intéresse également les géographes. Dès la moitié du XIXe siècle, Pierre Foncin regroupe différents départements dans de grands ensembles et dessine treize territoires. Avec le développement du chemin de fer, la question d’entités administratives plus grandes que les départements se pose également. Quelques propositions de lois pour créer des régions sont faites dès les années 20 mais n’aboutissent pas.
La création des régions administratives en 1960
Durant la première moitié du XXe siècle, la question de la régionalisation revient régulièrement sur le devant de la scène. L’hypercentralisation des pouvoirs à Paris inquiète de plus en plus, d’autant que l’après-guerre est marqué par un exode rural massif. L’Etat devait donc contrebalancer l’attractivité de la capitale en redonnant du pouvoir aux grandes villes régionales. Afin de leur donner plus de poids, l’idée de regrouper les départements et déléguer une partie des pouvoirs à ces grandes villes s’imposa.
Dès 1955, un programme d’action régionale est lancé et aboutit en 1956 à la création de 24 régions dont 22 en métropole. Ces régions n’étaient plus simplement calquées sur des héritages historiques mais ajoutent une dimension pragmatique. Par exemple, la région Midi-Pyrénées, construite autour de Toulouse, n’avait pas d’origine historique mais se justifiait par la présence centrale de la Ville Rose.
C’est en 1960 que les régions obtiennent définitivement leur dimension administrative. Quelques aménagements ont lieu comme la fusion des régions Rhône et Alpes ou le rattachement de quelques départements à la région voisine. Le dernier changement aura lieu en 1970 avec le détachement de la Corse de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Durant ces années, les régions vont gagner peu à peu en autonomie. D’abord créées dans l’optique d’un programme économique, elles vont se doter d’institutions. En 1964, la fonction de préfet de région est mise en place tout comme les CODER, commission de Développement Economique Régionale, une assemblée consultative où se retrouvent des professionnels et des représentants des conseils généraux et du gouvernement.
Les lois Defferre de 1982, l’autonomisation des régions en marche
En 1982, une nouvelle étape dans l’autonomisation des régions est franchie avec les lois Defferre. Les régions deviennent désormais des collectivités territoriales et bénéficient d’un transfert de compétences jusque-là détenues par l’Etat.
Les régions ayant plus de poids dans la conduite de politiques publiques, les conseillers régionaux sont désormais élus au suffrage universel direct. Ils obtiennent un mandat de six ans renouvelable.
Les prérogatives des régions continuent d’augmenter dans les années 1990 et 2000, notamment dans le domaine de l’éducation, du transport ou du développement économique. La question environnementale devient également une prérogative des régions. Ainsi, les CESR, Conseils Économiques et Sociaux Régionaux deviennent les CESER, Conseils Économiques, Sociaux et Environnementaux Régionaux en 2010 à la faveur de la loi portant sur l’engagement national pour l’environnement.
En 2003-2004, le gouvernement Raffarin lance l’acte II de la décentralisation pour renforcer les lois votées en 2002. Les régions obtiennent de nouvelles compétences comme les aides économiques individuelles aux entreprises ou la mise en place de programmes régionaux de santé publique. Par ailleurs, la décentralisation est désormais inscrite dans la Constitution Française.

La réforme de 2016 : un objectif d’efficacité
Le tracé des régions étant régulièrement le sujet de débats, entre réalité historique et pragmatisme administratif, le Comité pour la réforme des collectivités propose de passer de 22 régions à 15 et de redéfinir la distribution des compétences entre régions et départements.
La proposition de réaménager les régions crée de nombreux débats sur le contour des futures régions. Par exemple, il est envisagé de rattacher la région des Pays de la Loire, dont l’existence a toujours suscité de nombreux débats, à la Bretagne. Le cas de la région Poitou-Charentes qui ne dispose d’aucune réalité historique ni d’une grande métropole est l’objet de nombreuses discussions. En Normandie, la réunification de la Basse-Normandie et Haute-Normandie est régulièrement évoquée.
En 2014, le Premier Ministre Manuel Valls annonce le lancement de l’Acte III de la décentralisation avec la volonté de passer de 22 à 14 régions. Les débats sont tendus voire houleux. Les départements n’auront pas la possibilité de quitter leur région actuelle pour adhérer à une future région. La fusion des Pays de la Loire et de la Bretagne est réclamée, la création d’une grande région centrale ne fait pas l’unanimité, tout comme la fusion des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. La question d’une région unifiant La Champagne-Ardenne et la Picardie ne convainc pas non plus, les deux régions n’ayant que peu de synergies.
Après de nombreuses discussions, les fusions sont consolidées au 1er janvier 2016. Le nombre de régions en France métropolitaine est désormais de 13, chaque région choisit alors son nom. Le 29 septembre 2016, le conseil d’État publie des décrets officialisant la nouvelle dénomination des 13 régions métropolitaines, complétées par les 5 régions ultramarines.
Pour connaître le fonctionnement et les prérogatives des régions françaises, n’hésitez pas à découvrir notre article sur le sujet.
