Les Régions en force à Eurosatory
Philippe Martin
Il occupe en Région Grand Est un poste un peu spécial : “Chef de projet stratégique Défense”. Pourtant, Thierry Pérardel est bien salarié du conseil régional. Mais sa mission la rapproche davantage des réalités de l’Armée. « Avec 23 régiments, deux bases aériennes, 36.000 militaires, le Grand Est demeure une grande région sur le plan de la Défense, explique-t-il. Même si nous avons souffert en 2008-2010 de la réforme de la carte militaire, qui a provoqué un véritable massacre territorial, notamment en zone rurale ».
A Eurosatory, le Salon Mondial de la Défense et de la Sécurité, un salon “record” cette année de l’avis de tous les observateurs, Thierry Pérardel ne s’est pas déplacé seul. Sur le pavillon du Grand Est installé au cœur de Villepinte, 24 entreprises l’accompagnent, mais 60 sont présentes sur la totalité du Salon. « Contrairement à d’autres régions comme l’Occitanie, nous n’avons pas de grosses entreprises du secteur. C’est un choix historique de la France pour faire face aux “invasions” : beaucoup de militaires à l’est, beaucoup d’industries à l’ouest et au sud ! Raison de plus pour montrer nos savoir-faire industriels, nos capacités d’innovation, profiter aussi de nos zones frontalières ». Et avec ses quatre pays limitrophes, le Grand Est demeure bien le recordman de France en la matière.

Ainsi son pavillon a-t-il reçu par exemple la visite conjointe de Pierre-Yves Jeholet, ministre de l’Economie du gouvernement wallon (Belgique), et d’André Wimes, président de LuxDefence (Luxembourg), mais aussi de représentants des Länder allemands, et même… du Québec et de l’Ontario.
« Il s’agit ici de valoriser le savoir-faire industriel de nos 250 TPE. Mais aussi de rappeler à quel point la Région soutient ses militaires, qu’il s’agisse de les accompagner dans la recherche d’un emploi ou d’un logement pour les conjoints, de les aider dans leurs déplacements… » (à lire également dans le dossier “L’Armée dans les territoires”, dans le n°179 de Régions Magazine actuellement en kiosques).

Photo Christian/DICoD/Ministère des Armées
Autre ambiance à quelques mètres de là, où le pavillon de l’Île-de-France s’apparente davantage à une petite ville. Pour la première fois à Eurosatory, la Région et la CCI franciliennes ont décidé de faire cause commune, et ça se voit. « Nous accueillons ici plus de soixante entreprises de toutes tailles, même si les très grosses ont évidemment leur propre stand », explique Silvia Popa, en charge de l’événementiel et du développement international à la CCI Paris Île-de-France.

Avec quelques spécialités notables : « nous avons des entreprises de pointe dans des secteurs comme la mécanique de précision, la construction de drones, les capteurs de surveillance infrarouge, l’ensemble des technologies duales » (NDLR : qui peuvent être utilisées aussi bien à des fins civiles que militaires).
« Et les rencontres avec les représentants des autres pays fournissent évidemment une raison importante à notre présence ici, complète Christophe Bellanger, directeur-adjoint à l’international à la CCI Paris-Ile-de-France. Le militaire constitue un vecteur de croissance très fort pour l’industrie régionale, et je suis frappé de la qualité et la quantité des rencontres cette année ».
L’union de trois Régions
A Eurosatory, trois autres Régions ont carrément délégué leurs… présidents respectifs. Carole Delga,présidente de la Région Occitanie et de l’association des Régions de France,Loïg Chesnais-Girard,président de la Région Bretagne,et Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, yont en effet annoncé la création d’un nouveau fonds interrégional dédié aux PME et ETI stratégiques de l’industrie duale et de la défense.

Souscrit conjointement par les trois Régions avec le soutien de grands industriels de la défense, d’investisseurs institutionnels et de banques, ce fonds majoritairement privé, dont la taille cible pourra atteindre 150 M€, constitue « le principal levier d’investissement interrégional dédié aux PME et ETI stratégiques de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD). »

Ce dispositif permettra de répondre aux besoins de financement des entreprises engagées dans l’effort de souveraineté nationale et européenne. L’objectif : « renforcer durablement la structure financière de ces entreprises pour accompagner leur montée en cadence industrielle et faciliter l’innovation, en ciblant notamment l’émergence et l’industrialisation de technologies civiles et militaires. »
En s’appuyant sur les complémentarités industrielles des trois régions, qui concentrent plus de 1.300 entreprises de la BITD, ce doit permettre de « mobiliser une capacité d’intervention à la hauteur des enjeux actuels de réindustrialisation, d’innovation et de renforcement de la souveraineté stratégique. »

Photo Région IDF.




