La Réunion face aux défis de l’accès aux soins
Benjamin Postaire
Plutôt bien pourvue en professionnels de santé, La Réunion doit composer avec une grande disparité dans leur répartition sur le territoire. Sur une île où une personne sur dix souffre de diabète, l’inégalité d’accès aux soins est un enjeu de santé publique.
Avec une densité de 98 médecins généralistes pour 100 000 habitants (contre 90 pour 100 000 en métropole), La Réunion n’est officiellement pas considérée comme un désert médical. Mais les chiffres peuvent être trompeurs. Sur une île aux reliefs escarpés et marquée par de fortes disparités économiques, la mauvaise répartition des professionnels de santé sur le territoire est synonyme d’une forte inégalité d’accès aux soins.
« Le défi est de maintenir une densité de professionnels de santé suffisante pour accompagner l’augmentation et le vieillissement de la population dans les prochaines années et disposer d’une couverture médicale adaptée, quels que soient les territoires », explique Jean-Jacques Coiplet, nommé en décembre dernier à la direction générale de l’ARS de La Réunion.
« C’est essentiel pour garantir l’accès aux soins dans un contexte marqué par une importante précarité sociale, une prévalence élevée des maladies chroniques, ainsi que par les contraintes liées à l’insularité et à l’isolement. »
Deux fois plus de cas de diabète qu’en France hexagonale
D’autant que si La Réunion est plutôt bien pourvue en professionnels et établissements de santé, les besoins sont aussi plus importants. 96 % des Réunionnais consultent au moins une fois par an un médecin généraliste contre 84 % sur l’ensemble du territoire national, avec en moyenne plus de six consultations par an, contre quatre à l’échelle nationale. En cause notamment, une explosion des cas de diabète. En 2023, 87 400 Réunionnais étaient pris en charge pour cette pathologie (sur 890 000 habitants). C’est 25 % de plus qu’en 2020 et deux fois plus qu’en métropole. Pire : 2 900 des malades ont moins de 35 ans et 400 moins de 18 ans. Une véritable bombe à retardement sanitaire pour l’île, cette pathologie étant par ailleurs fortement influencée par les déterminants sociaux et économiques. L’ARS a donc logiquement fait de la réduction des inégalités d’accès aux soins un axe prioritaire de son Projet régional de santé (PRS) 2023-2033, proposant même un Programme Régional d’Accès à la Prévention et aux Soins des personnes les plus démunies (PRAPS 2023-2028). Elle développe des mesures « d’aller-vers » (médicobus, dépistobus, équipes mobiles, transports vers les soins…) et déploie des médiateurs en santé, afin de faciliter l’orientation des patients vers l’offre de santé et de prévention.

Un dispositif d’observation de la démographie et de la répartition géographique des professionnels de santé confié à l’Observatoire Régional de la Santé (ORS) a également été mis en place. « Cet outil doit permettre de disposer en continu d’un diagnostic partagé du territoire et de repérer les quartiers fragiles en matière de couverture médicale et soignante », précise Jean-Jacques Coiplet.
Des dispositifs incitatifs d’aide à l’installation
Autre mesure, « le zonage médical, qui identifie les quartiers sous-dotés en médecins afin d’y déployer les dispositifs incitatifs d’aide à l’installation. Cela concerne notamment certains quartiers des Hauts, de l’Est, ainsi que les cirques de Salazie et de Cilaos. Dernièrement, l’ARS a ouvert des discussions avec l’Ordre des médecins et l’Union régionale des médecins libéraux pour identifier les médecins qui seraient volontaires pour exercer quelques journées par mois, en plus de leur cabinet principal, dans les quartiers sous-dotés afin de disposer d’une présence médicale plus régulière sur ces derniers. Ces réflexions devraient aboutir avant la fin de l’année ».
Dernier volet, précise le directeur général de l’ARS, « le soutien à l’installation de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et d’une façon générale de toute forme d’exercice coordonné (CPTS, centre de santé…) favorisant l’exercice coordonné et collectif des professionnels libéraux ». Une organisation qui se veut attractive pour les médecins souhaitant éviter l’isolement.
À ce jour, La Réunion compte 34 MSP et centres de santé, six CPTS et près de cinq nouveaux projets sont accompagnés chaque année. En janvier dernier, les 12 premières maisons France Santé ont été labellisées à La Réunion. Plus que jamais, l’urgence est à la proximité.







