Depuis Ajaccio, la Corse dit non à la mafia
À l’appel des deux collectifs anti-mafia de l’île, une manifestation était organisée le samedi 8 mars à Ajaccio sous le mot d’ordre « Assassini, Maffiosi : Fora ». Un rassemblement inédit pendant lequel le préfet de Corse a notamment prononcé des mots forts.
Manon Perelli
« Assassini, Maffiosi : Fora » (assassins, mafieux : dehors). « A maffia tomba, u silenziu dinò » (la mafia tue, le silence aussi). C’est derrière ces deux banderoles que plusieurs centaines de personnes – 1.500 selon la préfecture, 3.000 selon les organisateurs – ont défilé le samedi 8 mars à Ajaccio. Une manifestation inédite pour dire non à la prolifération du crime organisé en Corse, organisée à l’appel des deux collectifs anti-mafia de l’île : le collectif Massimu Susini – du nom d’un jeune militant nationaliste assassiné en 2019 – et a Maffia nò, a vita iè.

Alors que l’Assemblée de Corse a adopté la semaine passée un rapport visant à porter des mesures de lutte contre les pratiques mafieuses, cette fois c’est la société civile qui est descendue dans la rue pour briser le silence et dire non à cette criminalité pernicieuse qui gangrène la vie de l’île. Dans la foule, parmi les anonymes, on distinguait de nombreux acteurs associatifs, mais aussi des élus de tous bords, parmi lesquels trois députés sur les quatre que compte l’île, le sénateur de Haute-Corse, des membres du conseil exécutif de Corse, ou encore la présidente de l’Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis.
Briser le silence et dire non à cette criminalité pernicieuse
Pour les collectifs, cette première mobilisation populaire semble avoir entrouvert une porte et laisse espérer le « sursaut collectif » qu’ils demandent de longue date, alors que les assassinats, incendies criminels et autres actes d’extorsion et de racket marquent la vie de l’île de beauté depuis de trop nombreuses années.
« La mafia, c’est une ou plusieurs organisations qui veulent prendre le pouvoir. »
Le préfet de Corse, Jérôme Filippini, a d’ailleurs tenu à encourager cette mobilisation populaire, en prononçant un discours fort et inédit au mégaphone, perché sur la benne d’un camion, devant les grilles de la préfecture. « La mafia il faut l’appeler comme tel », a-t-il lancé en déroulant : « La mafia, ce n’est pas simplement quelques personnes qui font leurs petites affaires. La mafia, c’est une ou plusieurs organisations qui veulent prendre le pouvoir. Mais dans une démocratie, le pouvoir ne doit pas appartenir aux criminels, il doit appartenir aux institutions légitiment désignées par le peuple, c’est-à-dire aux élus désignés par la volonté populaire ».
Une intervention courageuse du préfet de Corse
Plus loin, il a appelé à tourner la page du passé, allant jusqu’à reconnaitre certains torts de l’État, afin que la Corse et la République réapprennent à se faire confiance, pour lutter main dans la main et plus efficacement contre la mafia. « Si nous ne nous faisons pas confiance, alors le crime a déjà gagné. Il s’est déjà logé depuis des années dans les interstices de cette défiance qu’il pouvait y avoir entre nous. Si nous travaillons ensemble, la Corse et l’État, nous pouvons triompher de la mafia ».
Une prise de parole longuement applaudie par la foule, qui sera qualifiée de « courageuse » par les collectifs qui souligneront pour leur part que « cette journée a amorcé une autre ère » face « au silence et à la soumission que veulent imposer les mafieux ».
