Cybersécurité : la Nouvelle-Aquitaine contre-attaque
Philippe Martin
En Nouvelle-Aquitaine, de nombreuses PME et start-up ont tissé un ensemble puissant dédié à la lutte contre la cybercriminalité. Rencontres avec quelques-unes des plus emblématiques, au dernier Forum InCyber de Lille.
On peut avoir décidé de s’installer à Mortagne-sur-Gironde, un village de 911 habitants bordant l’estuaire, et se retrouver néanmoins à la pointe du combat contre la cyberdélinquance.
« Nous formons les développeurs et les équipes techniques à la cybersécurité des systèmes embarqués, en leur apprenant à penser comme des attaquants », explique Arnaud Courty, le patron de DVID, société implantée donc en Charente-Maritime. Les clients ? Des industriels, des écoles d’ingénieurs, de grosses firmes comme Décathlon, auxquelles DVID propose une plateforme « qui permet de tester la vulnérabilité de leurs systèmes, et d’anticiper les attaques », complète le PDG.
DVID fait partie des entreprises de Nouvelle-Aquitaine sélectionnées par le conseil régional, qui ont participé du 31 mars au 2 avril au dernier Forum InCyber à Lille, le plus gros événement européen de la cybersécurité. Sur le même stand néo-aquitain, on rencontre IS-Décision, PME basque installée à Bidart, qui développe des logiciels de sécurité permettant de gérer sans risques les accès aux documents le plus confidentiels. Une solution tellement fiable qu’elle compte parmi ses clients… le FBI en personne, si l’on peut dire !
Non loin de là, Hugues Thiebauld s’emploie à présenter les mérites d’eShard, PME en plein développement (elle compte aujourd’hui plus de 40 salariés) dont le siège est à Pessac, dans la banlieue bordelaise, où l’on trouve également celui du Campus Cyber. La petite firme propose des solutions clefs en mains, y compris à de grands groupes internationaux dans le monde du spatial ou de la Défense.
« Les attaques sont de plus en plus complexes, explique le fondateur de la société, ce qui nous a conduit à éditer des logiciels qui facilitent le travail des analystes. Il faut savoir que rien n’est inviolable ! ». eShard élabore donc des scénarios de défense en cas d’attaque, permet-tant à ses clients d’y faire face et de « maîtriser le risque à défaut de l’éradiquer ».
Un écosystème cybersécurité porté par un campus
La forte présence néo-aquitaine à Lille est évidemment liée à la réussite du Campus cyber de Pessac (Gironde), un lieu d’innovation et de formation qui rassemble aujourd’hui « plus de 250 adhérents, spécialisés dans la cyber, mais venant aussi d’autres secteurs d’activités qui ont compris l’intérêt de la filière », explique Yann Pennec, directeur de la Délégation numérique de Nouvelle-Aquitaine.
« Ce succès est renforcé par notre volonté de travailler avec l’ensemble des territoires régionaux, avec des antennes à Niort, Limoges, Périgueux, Mont-de-Marsan ou Pau. » Avec aussi la volonté d’innover constamment. Comme la création du programme Star Hack (à ne pas confondre avec une célèbre émission…) qui réunit une quinzaine d’écoles d’ingénieurs de la région, sélectionne un groupe de 70 étudiants qui se livrent à des « tests de vulnérabilité» sur des systèmes réels, comme celui du SDIS 33 par exemple. Ils produisent ensuite « un rapport documenté pour un coût modique, et réalisent ainsi un travail pratique grandeur nature ».
Confiance numérique
Cette volonté d’innover s’est manifestée à Lille tout au long d’un Forum dont le thème était justement « la confiance numérique en question ». Comme l’a rappelé le général de division Patrick Touak, grand témoin de l’action étatique, soulignant en ouverture des travaux que celle-ci est « pleinement mobilisée et volontariste, œuvrant à renforcer l’indépendance numérique française, enjeu stratégique ».
Et le général d’insister sur « l’enjeu majeur que constitue aujourd’hui le vol de données, qui concerne individuellement chacun d’entre nous, mais également les acteurs institutionnels, publics et privés. Pour répondre à cette menace, il s’agit de rehausser les actuels niveaux de sécurité de nos systèmes numériques, mais aussi d’améliorer le niveau d’exigences en matière d’hygiène numérique, et de faire œuvre de sensibilisation. La prévention doit être valorisée », a-t-il asséné. Le combat ne fait certes que commencer, et il concerne aussi le monde politique. Dès à présent, les organisateurs ont justement annoncé une « édition plus politique pour 2027, ouvrant un focus sur les candidats à l’élection présidentielle » et leurs projets en matière de cybersécurité.







