Comment la Région Bourgogne-Franche-Comté travaille avec le secteur de la défense
Philippe Martin
Le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté Jérôme Durain met en avant le potentiel industriel de son territoire, et sa capacité à répondre aux besoins en matière militaire.
Régions Magazine : En mai 2025, la Région Bourgogne-Franche-Comté a signé avec le ministère des Armées une convention-cadre de partenariat, destinée notamment à accompagner les entreprises du territoire pour les aider à gagner des marchés publics dans le secteur de la Défense. Pouvez-vous rappeler les grandes lignes de ce partenariat ?
Jérôme Durain : Cette convention répond à trois objectifs principaux. D’abord, renforcer la BITD (Base industrielle et technologique de défense), où 550 de nos entreprises sont référencées, car il ne faut jamais oublier que la Région Bourgogne-Franche-Comté est une grande région industrielle. Ensuite, travailler au lien Armée-Nation, et cela passe aussi par la Région.
Enfin, et là on entre davantage dans le champ de nos attributions directes, développer davantage les compétences, via nos politiques de l’emploi, de la formation, de l’orientation.
Si notre tissu industriel s’est développé autour de grands groupes comme Alstom, Schneider, Framatome ou Peugeot, il se compose aussi de centaines d’ETI et surtout de PME-TPE, souvent à très haute technicité, autour de la microtechnique, de la robotique, de la mécanique de précision, de l’horlogerie comme à Besançon, qui ont besoin d’un soutien actif notamment dans le domaine de la formation.
C’est important de le signaler, car nous avons ici une culture de l’exigence et de la sécurité, qui sont exactement les qualités industrielles requises pour travailler dans le secteur de la défense.
Il ne faut pas non plus oublier que nous sommes une grande région nucléaire : des équipements issus de BFC sont présents dans près de 50 % du parc nucléaire mondial. Comme le seront un certain nombre d’éléments de notre futur porte-avions nucléaire. Sans parler de la culture industrielle très forte dans nos territoires : nous avons encore ici, autour de bassins comme le nord de la Franche-Comté, la Saône-et-Loire, le Doubs, près de 17 % d’emplois dans l’industrie, contre 5 % en moyenne nationale.
RM : L’Armée est très présente dans votre région frontalière : deux états-majors, six régiments, des camps de manœuvres, un lycée militaire, etc. Comment la Région peut-elle accompagner ces sites qui sont des pôles d’activité, qui génèrent des emplois (8.600 personnels directs) ?
JD : Et n’oubliez pas la BA116 qui va voir le retour de l’avion Rafale à Luxeuil !
Je l’ai dit, c’est dans le domaine de l’orientation et de la formation que nous pouvons le mieux accompagner ces métiers. C’est pourquoi la Région a créé la plateforme “Explore Demain”, qui offre des parcours personnalisés, ouverts notamment aux lycéens de Première et de Terminale. A travers aussi des événements comme les Nuits de l’Orientation, la Semaine de l’Industrie, mais aussi l’annuaire des structures d’orientation, nous mobilisons les services de la Région pour permettre aux jeunes de découvrir les métiers de l’industrie, et particulièrement ceux de la défense.
Il nous appartient aussi de clarifier les débouchés dans ce secteur d’activité, afin de créer des formations qui y soient adaptées. Sans oublier la filière automobile, très présente dans la région, qui qui va être appelée à intervenir également dans ces programmes.
RM : Le 5 juin 2025, une Journée “Découverte des opportunités de marchés dans l’industrie de la défense” a rassemblé plus de 330 chefs d’entreprises de Bourgogne-Franche-Comté sur le site du 1er Régiment d’Artillerie de Bourogne (Territoire de Belfort). D’autres événements de ce type sont-ils prévus, pour soutenir les industriels régionaux ?
JD : Oui, avec le Grand Belfort nous avons organisé le 2 juillet, et sur le même site, une nouvelle “Journée Marchés de la Défense”.
Les participants ont pu échanger notamment avec des acheteurs du ministère des Armées et de la BITD, afin de présenter leurs solutions, de mieux cerner les besoins du secteur et d’identifier de nouvelles perspectives de collaboration. Et aussi de faire face à la montée en puissance des commandes dans le domaine militaire.
RM : Plus globalement, et au-delà de l’industrie de défense, quelle est la stratégie de la Région pour développer et amplifier son attractivité économique ?
JD : Nous travaillons bien évidemment avec nos services et notre Agence économique régionale qui accompagne le développement des entreprises, l’emploi et la promotion de notre territoire pour attirer de nouveaux projets. Ce travail prospectif vient en appui de ce qui est fait pour accompagner des filières en mutation comme la filière automobile.
L’enjeu principal, c’est pour moi la démographie. L’une de de nos principales préoccupations est de ralentir le départ des jeunes qui quittent la région faute d’avoir trouvé le débouché qu’ils cherchent. Avec le concours d’une trentaine d’intercommunalités, nous avons créé une boîte à outils, une sorte de ”conciergerie+++”, pour aider des familles à venir découvrir notre magnifique région : Venez vivre en Bourgogne-Franche-Comté.
Via ce dispositif, nous avons déjà pu accueillir 240 familles venues s’installer chez nous pour y travailler et y vivre. Et ce n’est évidemment qu’un début.
Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le n°179 de Régions Magazine, actuellement en kiosques






