Bouclier sécuritaire : Les Régions s’organisent face au narcotrafic
Régions de France vient de créer un groupe de travail sur les questions de sécurité, avec, parmi ses cibles, la lutte contre le narcotrafic.
Philippe Martin
C’est une annonce passée quelque peu inaperçue au milieu d’un congrès de Régions de France marqué notamment par la visite impromptue du Premier ministre Sébastien Lecornu. Et pourtant elle dit bien à quel point les Régions ont décidé de s’investir davantage dans des domaines qui relèvent en principe des compétences régaliennes, pour pallier ce qu’elles dénoncent souvent comme les carences de l’État. En créant en “groupe de travail consacré aux questions de sécurité de prévention”, les présidents de Région entendent montrer que tout ce qui touche à la vie de leurs habitants les concerne également.
Et puis, voyez comme le calendrier électoral fait (parfois) bien les choses : l’élection récente de Jérôme Durain à la présidence de la Région Bourgogne-Franche-Comté voit accéder à cette réunion des présidents un spécialiste du narcotrafic, cible prioritaire du nouveau groupe de travail. A l’époque sénateur, Jérôme Durain (PS) est en effet, aux côtés de son collègue Etienne Blanc (LR), à l’origine du projet de texte transpartisan ayant débouché sur la loi du 13 juin 2025 « visant à sortir la France du piège du narcotrafic ».

Un texte qui, rappelons-le, réorganise la lutte contre la criminalité organisée liée au narcotrafic, avec la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), et le regroupement des services d’enquête regroupés au sein d’un “état-major” interministériel basé à Nanterre (Hauts-de-Seine). Rien d’étonnant après cela que Jérôme Durain ait été désigné pour conduire les travaux du nouveau groupe de travail instauré par les Régions.
L’élu de Bourgogne-Franche-Comté a déjà annoncé vouloir émettre des propositions « pour renforcer la sécurité et la prévention de la délinquance dans les lycées et les établissements de formation professionnelle ». Et ce même si les Régions ne disposent pas de la compétence explicite en matière de sécurité.
Le premier « bouclier sécuritaire » dès 2016 en Île-de-France
Des Régions qui n’ont pourtant pas attendu pour s’intéresser aux différents phénomènes liés à l’insécurité. On pense évidemment au « bouclier sécuritaire » adopté dès 2016 par la Région Île-de-France, avec un budget régional de plus de 42 M€ pour la seule année 2025, et plusieurs objectifs ciblés : participer au financement de la vidéoprotection dans les communs (732 en ont déjà bénéficié, représentant 90 % de la population francilienne) ainsi que des centres de surveillance municipaux et de l’équipement des polices municipales. Mais aussi améliorer l’équipement des forces de sécurité, ou encore sécuriser un certain nombre d’équipements publics dont les lycées et les transports.
Un investissement qui avait été fortement renforcé à l’occasion des JOP, avec la création d’une Brigade régionale de sûreté des transports, dotée d’une cinquantaine d’agents et placée sous l’autorité d’Île-de-France Mobilités ; et le renforcement de la vidéosurveillance avec 500 caméras supplémentaires, portant à 80.000 le nombre de caméras quadrillant les gares et stations du réseau.
D’autres Régions ont fait le choix d’investir massivement dans ce domaine, c’est le cas par exemple d’Auvergne-Rhône-Alpes qui y consacrera plus de 300 M€ sur la mandature 2021-2028, soit près de 10 % de son budget d’investissement. Avec, parmi les priorités fixées par la majorité régionale, l’installation de 10.000 caméras de vidéosurveillance supplémentaires, ou encore le renforcement des contrôles dans les transports.
Et ce n’est pas le récent sondage commandé à l’IFOP par la société de vidéoprotection Vizia en amont du Salon des maires, qui dissuadera les élus régionaux de poursuivre dans cette voie : 88 % des Français soutiendraient aujourd’hui les maires dans l’installation de vidéoprotection, contre 71 % en 2008 (+17 points, lire en encadré).
Voilà qui devrait mettre du baume au cœur de Valérie Pécresse : au mois de juillet dernier, le rapporteur public du Tribunal administratif de Montreuil, saisi notamment par des élus communistes d’Île-de-France, avait demandé l’annulation de délibérations mettant en place le bouclier sécuritaire régional, estimant qu’elles excédaient les compétences régionales… Pour les Régions, la sécurité reste un combat.
En Bourgogne-Franche-Comté, les « conduites addictives » aux premiers rendez-vous de Castan
Au moment où l’essor du narcotrafic facilite les consommations, les Régions entendent jouer pleinement son rôle contre ce phénomène destructeur. Sous l’impulsion de son nouveau pésident Jérôme Durain, la Région Bourgogne-Franche-Comté a choisi cette thématique pour animer les premiers “rendez-vous de Castan”. Un nouveau rendez-vous pour « créer du lien entre experts, citoyens, institutions et acteurs de terrain sur des sujets d’actualité ».
Parmi les sujets évoqués lors de la première rencontre qui a eu lieu le 12 novembre au siège du conseil régional de Besançon, quelle est la réalité des risques dans nos lycées de Bourgogne-Franche-Comté ? Comment protéger la jeunesse de l’entrée dans la consommation de drogues ? Quels dispositifs de prévention déployer ?
Avec comme Grand témoin, Nicolas Prisse, président de la MILDECA (mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives).
