Bocage bressuirais : le pari des jeunes médecins
Amélie Kolk
Le territoire rural du Bocage bressuirais, dans les Deux-Sèvres, fait face à la baisse de médecins depuis plus de 15 ans. Pour fidéliser les jeunes soignants, le logement de stagiaires et le tutorat semblent porter leurs fruits.
En 2010, le département des Deux-Sèvres comptait 136 médecins généralistes pour 100 000 habitants. Il en compte 102 aujourd’hui. « Au fil du temps, les médecins ont pris leur retraite, mais ils ne sont pas remplacés », souffle André Guillermic, vice-président en charge de la santé à la Communauté d’agglomération du Bocage bressuirais, petite intercommunalité rurale située à une heure de route de Nantes et de La Rochelle.
Pour l’élu, ce premier constat se complique par un autre phénomène : « Un médecin qui arrête avait entre 2 000 et 2 500 patients. Un médecin qui s’installe aujourd’hui en prend environ 1 000 ».
Comme ses voisines du département, la Communauté d’agglomération du Bocage bressuirais (33 communes, 74 000 habitants) a depuis longtemps pris la mesure du problème. Une première Maison de santé a ouvert ses portes en 2012, à Moncoutant-sur-Sèvres (5 000 habitants). Dans la foulée, le contrat local de santé signé en 2014 entre l’EPCI, l’Agence régionale de santé et l’État, avait comme priorité l’installation de nouveaux professionnels et l’accueil de stagiaires.
Des logements pour accueillir les jeunes médecins
Douze ans plus tard, le territoire compte cinq maisons de santé pluridisciplinaires (MSP), la petite dernière venant d’être inaugurée en janvier 2026, à Mauléon (8 500 habitants). « Une chose est sûre, en dehors de ces maisons de santé, point d’installation de nouveaux médecins », déplore André Guillermic. Une tendance au regroupement qui se comprend aisément. Mutualisation des locaux, travail en équipe, horaires flexibles, partage des charges et de l’administratif, réduction de l’isolement : la liste des avantages de ces structures est longue pour les praticiens.
À 15 kilomètres de Bressuire, la maison de santé de Cerizay (4 800 habitants) a ouvert en 2015. « Deux jeunes médecins stagiaires s’y sont installées à l’ouverture, et elles ont attiré d’autres médecins. Aujourd’hui elles sont cinq. Deux d’entre elles sont issues du territoire », se réjouit l’élu, qui met en avant l’importance du tutorat pour fidéliser les médecins en zone rurale. « Les soignants installés depuis plusieurs années dans la MSP partagent leur connaissance du territoire et soutiennent leurs jeunes collègues, ce qui rassure et facilite l’intégration des nouveaux arrivants », remarque André Guillermic.

Forte de ce constat, la Communauté d’agglomération a eu l’idée d’aménager des logements pour les stagiaires en médecine : deux logements sont aujourd’hui mis à disposition gratuitement pour les internes arrivant sur le territoire. Par ailleurs le centre hospitalier de Bressuire dispose d’un appartement de quatre chambres, et la nouvelle MSP de Mauléon propose également depuis peu un logement de deux chambres à loyer très modéré (13 € le m²) à destination des internes, projet pour lequel la Région Nouvelle-Aquitaine a participé à hauteur de 30 %.
Garde d’enfants et accompagnement personnalisé
« La lutte contre la désertification s’inscrit dans une problématique centrale dans nos territoires : l’attractivité », pose Anne-Charlotte Michenaud, directrice de la communication de la Communauté d’agglomération. D’où le lancement, l’an dernier, de la campagne de communication et du site internet dédié, « Bienvenue chez vous en Bocage Bressuirais ! ».
S’installer, se déplacer, trouver un mode de garde : le site donne toutes les informations utiles pour les nouveaux arrivants, ainsi que des idées de sortie et de loisirs. L’EPCI organise également des soirées de bienvenue et des mises en lien de nouveaux habitants.
En parallèle, depuis 2022, sous l’impulsion du contrat local de santé, la communauté professionnelle en santé (CPTS) du Bocage bressuirais, qui regroupe 238 praticiens des 33 communes, propose un accompagnement personnalisé aux soignants et paramédicaux souhaitant s’installer.
En 2025, 15 professionnels ont ainsi été accompagnés, et sept d’entre eux se sont installés dans le bocage. « Même si on manque toujours de médecins, notamment dans les EHPADs, c’est enthousiasmant de voir la mobilisation des professionnels pour remédier à la situation », conclut l’élu.







