Vinci Airports en pointe sur la décarbonation de l’aérien
Souvent attaqué sur le plan environnemental, le transport aérien fait face et consacre de gros moyens à la décarbonation. Le point avec Nicolas Notebaert, président de Vinci Airports.
Philippe Martin
C’est un événement qui est passé quelque peu inaperçu du grand public, et pourtant il est révélateur du travail accompli par Vinci Airports en matière de décarbonation. Le 3 juillet, à Istanbul, le prix Eco-Innovation décerné par l’ACI (Airports Council International), référence mondiale de l’industrie aéroportuaire, a été remis à l’entreprise française pour les performances environnementales exemplaires de l’aéroport Toulon-Hyères.
Nicolas Notebaert, directeur général Concessions de Vinci, président de VINCI Airports, a reçu ce trophée envié, et en explique les enjeux à Régions Magazine.
Régions Magazine : Vinci Airports a reçu le 3 juillet, le prix « Eco-Innovation » de l’ACI (Airport Council International) pour ses efforts en matière d’environnement et de décarbonation sur l’aéroport de Hyères-Toulon. Pour quelles raisons ?
Nicolas Notebaert : Il faut d’abord rappeler que dès 2015, nous avons accéléré sur la thématique de la décarbonation, pour une raison très simple : l’aviation est très attaquée dans ce domaine, ce qui nous amène à être leader dans la transformation environnementale de nos activités, à rendre compatibles le besoin essentiel de mobilité et l’impératif de décarbonation. À devenir la solution plutôt que le problème.
Si vous prenez le cas de Hyères-Toulon, nous avons commencé par faire tout ce qui dépend de nous au niveau de l’aéroport : remplacement de tous les éclairages par des LED intégrés ; chauffage au biogaz ; engin de pistes électriques ; production photovoltaïque locale, avec la construction d’une centrale en ombrières permettant de produire jusqu’à 690 MWh et de couvrir plus de 30 % des besoins en électricité de la plateforme.

C’est comme cela qu’à la COP de Dubaï, Toulon-Hyères s’est retrouvé dans les 10 premiers au monde les plus décarbonés : notre plan d’action nous a permis d’atteindre zéro émission nette de CO2 sur son périmètre d’activités, soit une réduction de 92,5 % de ses émissions directes entre 2018 et 2022. Et comme il est impossible d’atteindre les 100 %, nous compétons avec la compensation via la reforestation, aux côtés de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur : nous avons replanté des arbres dans la forêt la plus proche de l’aéroport, et endommagée par les incendies de l’été, en l’occurrence au Lavandou.
Désormais, Toulon-Hyères fait partie des 14 aéroports dans le monde les plus avancés en matière de décarbonation et a obtenu en 2023 le plus haut niveau de reconnaissance du programme ACA de l’ACI, le niveau 5, aux côtés de trois autres aéroports du réseau VINCI Airports (Beja, Ponta Delgada et Madeira au Portugal).
RM : Et sur un plan plus général, pouvez-vous préciser votre action ?
NN : Nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux, via un “plan de route global” adopté en 2018 : faire baisser nos émissions de carbone et de GES (gaz à effet de serre) de 50 % d’ici à 2030. Mais cet objectif, nous l’avons déjà atteint ! Et pas seulement en France : l’aéroport d’Edimbourg, qui vient de joindre le réseau Vinci Airports, vient d’atteindre le niveau 4 « Transformation » du programme ACA.
Je rappelle que nous gérons 73 aéroports dans le monde, et que tous sont concernés par cette démarche, avec un puissant effet d’accélération. Auquel le personnel apporte son concours, via les objectifs de sobriété fixés en interne : sur nos plateformes, la température ne dépasse plus 17°, et l’on se rend compte que c’est parfaitement supportable. Je ne parle pas des bureaux, bien sûr.
« A Lyon Saint-Exupéry, nous avons construit la plus grande centrale solaire de France, l’équivalent d’une quinzaine de terrains de football ! »
RM : L’un de vos chantiers majeurs dans ce domaine, c’est celui de Lyon-Saint-Exupéry. Pouvez-vous en rappeler les contours ?
NN : Il s’agit évidemment d’un des plus grands aéroports français, le deuxième après Paris, avec 10 millions de passagers par an, où notre démarche environnementale est déjà très engagée. Nous y avons construit la plus grande centrale solaire de France : 14 hectares, soit l’équivalent d’une quinzaine de terrains de football, ou de 6.000 places de parking ! Nous sommes entièrement passés à l’éclairage LED, avons installé 800 bornes de recharge électrique, avons réalisé de la séquestration de forêts dans le Beaujolais tout proche.
Et nous sommes déjà passé à l’étape suivante : limiter l’usage du kérozène sur les vols. Nous y travaillons avec les Régions, en particulier avec Auvergne-Rhône-Alpes, très engagée dans l’hydrogène via son programme Hympulsion, avec aussi Airbus et Air Liquide, en vue de la construction du premier avion à hydrogène, pour une mise en fonctionnement en 2035-2040.
A Lyon, nous avons à la fois la dimension du temps, puisque notre concession d’exploitation est signée jusqu’à fin 2047 ; et nous bénéficions d’un environnement favorable avec un écosystème hydrogène déjà important. Et déjà des stations de distribution d’hydrogène pour les véhicules légers.
Nous travaillons également en parfaite harmonie avec les Régions Bretagne et Pays de la Loire, notamment sur les aéroports de Rennes et Nantes.
Je tiens enfin à préciser deux autres éléments importants. D’abord, cette démarche volontariste nous aide beaucoup dans nos recrutements, notamment auprès des jeunes générations. Ensuite, nous proposons des solutions qui marient le global et le local, et que nous autofinançons entièrement.
Pas seulement l’avion
Vinci Airports gère une douzaine d’aéroports en France, de très gros comme Lyon-Saint-Exupéry, Nantes-Atlantique, Rennes-Bretagne ou Clermont-Ferrand-Auvergne, et des plus petits comme Chambéry, Dinard ou Pays d’Ancenis. Et au total 70 aéroports dans 14 pays.
Mais son activité en région s’étend aussi au ferroviaire comme la voie ferrée Sud Europe-Atlantique entre Tours et Bordeaux depuis 2017, première ligne ferroviaire sous concession privée en France (contrat signé dès 2011). Ou encore au routier, comme l’autoroute Aix-Marseille.
Propos recueillis par Philippe Martin
