Avec 5 milliards de téléspectateurs des Jeux, le tourisme francilien surfe sur une visibilité exceptionnelle
Après une année 2024 hors normes (Jeux Olympiques et Paralympiques, 150 ans de l’Impressionnisme et réouverture de Notre-Dame), le tourisme à Paris et en Île-de-France entend bien surfer sur la vague pour attirer toujours plus de visiteurs internationaux et renforcer la qualité de l’accueil de la destination. Décryptage avec le nouveau directeur général de Choose Paris Region Baptiste Orlandini.
Philippe Martin
Les régions, il les connaît de l’intérieur. Au moins une d’entre elles. La plus grosse. Avant d’être nommé le 25 mars directeur général de Choose Paris Region, l’agence de l’attractivité internationale de la région Île-de-France, Baptiste Orlandini a travaillé pendant plusieurs années au cabinet de Valérie Pécresse, présidente de la Région, où il pilotait les politiques économiques, d’innovation et d’emploi. Le voilà à présent à la tête de cette “machine de guerre” destinée à valoriser les atouts du territoire francilien à l’étranger. Le tourisme figure très logiquement au premier rang de ses priorités.
Régions Magazine : L’année 2024 restera exceptionnelle pour le tourisme francilien. Il y a eu les JOP bien sûr, mais aussi les 150 ans de l’Impressionnisme, la réouverture de Notre-Dame… Quels enseignements tirez-vous de cette réussite ?
Baptiste Orlandini : C’est une réussite qui ne faiblit pas. Depuis le début de l’année, Notre-Dame continue d’attirer les foules, avec plus de 30.000 visiteurs par jour !
Notre objectif principal pour 2025 est de prolonger cette dynamique amorcée en 2024. Nous souhaitons capitaliser sur les efforts de promotion et la visibilité acquise par la destination afin d’en récolter les bénéfices durant plusieurs années encore.
Valoriser les atouts du territoire francilien
Il faut aussi saluer l’impact majeur des Jeux Olympiques de Paris, qui ont entraîné une hausse de 15 % de la fréquentation touristique à Paris et en Île-de-France. Certes, une baisse d’activité avant et après l’événement était prévisible, mais cette réussite a prouvé qu’avec de la volonté, tout est possible. L’alignement des institutions — État, Région, Métropole et Ville — malgré les divergences politiques, a été une démonstration de coopération exemplaire.
Au-delà de l’audience planétaire des Jeux (5 milliards de téléspectateurs) et des 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires généré, l’héritage laissé est considérable. La transformation de la Seine-Saint-Denis en est un exemple emblématique, avec 80 % des investissements publics consacrés à ce territoire.
Autre exemple, les avancées majeures en matière de transports.

La nouvelle ligne 14, qui relie désormais Saint-Denis-Pleyel à l’aéroport d’Orly, marque un premier jalon concret. Ce grand hub du nord parisien préfigure le Grand Paris Express, qui d’ici 2030 ajoutera 350 km de lignes et de nombreuses gares modernes, véritables pôles de vie. Ces infrastructures rendront l’ensemble de l’Île-de-France accessible à 100 % sans voiture, bien au-delà de Paris intra-muros. Le potentiel d’impact économique et touristique de ces transformations est encore largement sous-estimé.
Une vitrine internationale
Enfin, les Jeux Olympiques de Paris ont aussi été une vitrine internationale pour la région.
L’image de Paris et de sa région a été magnifiée pendant les Jeux. Des sites emblématiques tels que le Grand Palais, la Butte Montmartre, Saint-Quentin-en-Yvelines ou encore Vaires-sur-Marne ont été mis en lumière à l’échelle mondiale, offrant une opportunité unique de valorisation du territoire.

Notre mission désormais est de pérenniser cette dynamique touristique en continuant de promouvoir les offres emblématiques du territoire : de Disneyland Paris à Auvers-sur-Oise, en passant par Provins et bien sûr Versailles. Il est également crucial de mieux gérer les flux touristiques pour garantir la qualité de l’accueil et prévenir le risque de « surtourisme » qui pourrait fragiliser certains sites.
RM : Comment, concrètement, surfer sur cette vague ?
BO : Il faut se fixer un objectif ambitieux. Disons, pour faire simple, que nous sommes déjà la première destination touristique mondiale, nous voulons être à présent la meilleure destination touristique mondiale ! Cela passe par un effort soutenu sur la qualité de l’accueil, un travail de fond mené avec les professionnels du tourisme pour les faire passer de la visite à la “re-visite”.
A ce titre, les nouveaux équipements hôteliers viennent renforcer l’offre en périphérie de Paris, dans toutes les gammes de prix, de l’Aparthotel Adagio à Saint-Denis Pleyel jusqu’à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay récemment rénovée, près du château de Rambouillet.
Concrètement, nous pouvons également citer les Points Information Tourisme, qui sont dès l’arrivée à l’aéroport, à Roissy ou Orly, susceptibles de proposer des recommandations de qualité, avec des parcours construits autour de la gastronomie, du tourisme fluvial, du cinéma, du cyclotourisme …
Déjà des délégations de Los Angeles…
BO : Tout l’été durant, nous renforçons aussi la présence des Volontaires du tourisme, près de 300 répartis sur tous les sites pour renseigner les touristes. Même effort sur le contenu numérique, renforcé et diversifié, sur les actions de formation menées notamment avec la CCI Île-de-France, en particulier sur les langues et notre programme désormais rôdé “Do You Speak Touriste ?”à l’usage des professionnels.
Ajoutons-y de nouveaux produits, tels que le “Parcours JOP”. Mais aussi, dans un registre totalement différent, le “Tour Explorer” destiné à montrer la qualité de l’écosystème francilien et à décliner le savoir-faire acquis pendant les JOP 2024. Cela nous amène déjà à recevoir des délégations institutionnelles de Los Angeles, très intéressées par notre réussite, mais aussi de l’Indonésie, de l’Inde, des Emirats Arabes Unis qui s’apprêtent à accueillir d’autres événements sportifs dans le futur.
Ils viennent observer ce que nous avons mis en place autour des transports (Los Angeles rêve de parvenir à des Jeux 100 % décarbonés comme les nôtres…), l’accueil des athlètes, la santé, l’intelligence artificielle, la gestion de l’eau (très importante après les incendies de Los Angeles…). Ils viennent voir comment nous avons mis en place une flotte de 1.000 taxis à hydrogène pendant la période des Jeux, mais aussi rencontrer nos start-ups les plus dynamiques dans tous ces secteurs d’activités : les Jeux ont incontestablement boosté nos savoir-faire.
Consultez ici le guide Do you speak touriste ?
Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le n°175 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.
