« France Santé, ce n’est pas qu’un label ! »
Philippe Martin
Nommée en octobre dernier, Stéphanie Rist s’est immédiatement lancée dans la mise en place du plan France Santé. Pour Régions Magazine, la ministre de la Santé fait le point sur ses avancées.
Régions Magazine : Six millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Au mois de septembre 2025, le Premier ministre a annoncé la création d’un réseau France Santé, avec à la clef la labellisation de 5.000 structures France Santé d’ici fin 2027. Où en est-on aujourd’hui ?
Stéphanie Rist : Le déploiement du réseau France Santé avance conformément aux engagements. À ce jour, 1.550 structures ont été identifiées et près de 1.300 sont déjà labellisées. L’objectif est d’atteindre 2.000 structures d’ici l’été 2026, avec une deuxième phase de labellisation en cours.
Nous entrons dans une phase structurante. Les négociations conventionnelles avec les professionnels de santé exerçant en maisons de santé pluriprofessionnelles ou centres de santé visent à établir un accord interprofessionnel, fixant les modalités de financement des structures France Santé. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 prévoit 150 M€ d’euros pour soutenir ce réseau.

Au-delà de la labellisation, France Santé met en œuvre plusieurs leviers pour améliorer concrètement l’accès aux soins : l’équipement en solutions de télémédecine et télé-expertise, et le développement d’initiatives d’“aller vers”, comme les médicobus ou les consultations à domicile. L’objectif est de proposer une offre de soins de proximité plus lisible, coordonnée et adaptée aux besoins des patients, en particulier dans les territoires les plus isolés.
RM : Ces maisons pluridisciplinaires existent depuis des années. Cela ne donne-t-il pas l’impression que l’État valide simplement ce qui fonctionnait déjà ?
SR : Il est vrai que de nombreuses maisons de santé pluriprofessionnelles ont été créées grâce aux collectivités locales et aux professionnels, et je tiens à saluer ce travail de terrain, qui a été essentiel pour maintenir l’accès aux soins dans de nombreux territoires.
Mais France Santé ne se limite pas à une simple labellisation. Le dispositif vise à structurer une véritable offre coordonnée, en intégrant maisons de santé, centres de santé et équipes de soins primaires. La labellisation répond à un enjeu de lisibilité pour les patients, en leur permettant de reconnaître des structures où les professionnels travaillent ensemble de manière organisée, avec un engagement sur l’accès aux soins.
Par ailleurs, ce dispositif accompagne et renforce ces structures par des financements, des outils de télé-expertise, le renforcement de la formation dans les territoires. L’État organise, consolide et valorise l’offre de proximité, pour répondre plus efficacement aux déserts médicaux et garantir une présence médicale partout sur le territoire.
Jeunes médecins : « la contrainte n’est pas la voie privilégiée »
RM : Face à la pénurie de dermatologues – 3 000 pour 68 millions d’habitants – vous avez évoqué la télé-expertise. Est-ce suffisant ?
SR : La pénurie est réelle et préoccupante, surtout pour certaines pathologies comme le mélanome, qui nécessitent un diagnostic précoce. Plusieurs leviers sont mobilisés : libérer du temps médical, réguler certaines pratiques mobilisant les spécialistes, augmenter le nombre de postes d’internes (91 en 2024, 102 en 2025), et valoriser la prévention, avec la revalorisation de la consultation de dépistage du mélanome à 60 euros depuis janvier 2026.
La télé-expertise est un levier stratégique. Elle permet aux médecins généralistes ou aux autres professionnels de santé de solliciter rapidement l’avis d’un dermatologue à distance, à partir de données cliniques ou d’images. Bien sûr, ce n’est pas la seule solution, mais elle fait gagner du temps aux spécialistes et accélère l’orientation des patients, notamment dans les territoires où l’accès à une expertise est limité.
RM : Le plan France Santé prévoit un stage obligatoire pour les étudiants en médecine dans les zones sous-denses (NDLR : dispositif “docteurs juniors”). Cela fonctionne-t-il ? La coercition n’est-elle pas souhaitable ?
SR : La quatrième année d’internat de médecine générale se déroulera dans les territoires à forts besoins, permettant de déployer 3.700 docteurs juniors à partir de novembre 2026, soit près de 15 millions de consultations supplémentaires par an.
Il ne s’agit pas d’une obligation d’installation, mais d’une opportunité de formation. L’expérience montre que les étudiants qui découvrent un territoire sont beaucoup plus susceptibles de s’y installer ensuite.
Plus largement, la stratégie repose sur l’attractivité de l’offre : améliorer les conditions de travail, favoriser le travail en équipe dans des structures coordonnées, développer la télémédecine et renforcer la formation locale. La contrainte n’est pas la voie privilégiée ; nous misons sur des solutions durables et incitatives pour rapprocher durablement les professionnels des territoires qui en ont le plus besoin.
Propos recueillis par Philippe Martin
Lire l’intégralité de l’interview dans le n°178 de Régions Magazine, actuellement en kiosques
