Ces médecins qu’on appelle “Désiré”
Philippe Martin
Le grand combat contre la désertification médicale est lancé depuis des années et commence à porter ses fruits. Mais comme souvent, les initiatives et les solutions sont venues des territoires. A retrouver dans le prochain dossier de Régions Magazine.
Voilà bien un de nos paradoxes français. Alors que notre système de soins est envié dans le monde entier (parlez-en à vos amis étrangers en visite en France…), notre pays se trouve confronté depuis des années à une pénurie attendue et même organisée : celle des médecins. Aujourd’hui, selon le ministère de la Santé lui-même, près de 87 % du territoire national est classé en situation de fragilité médicale. « Cette réalité, poursuit-on au ministère, ne se limite plus aux zones rurales : certaines villes moyennes, et même de périphéries urbaines peinent à garantir un accès rapide à un médecin de proximité ».

En cause, mais pas seulement, le numerus clausus qui, dans les années 70, a limité le nombre d’étudiants en médecine, sans qu’on ne soit réellement livré à une projection vers ce que pourrait être la France 30 ans plus tard : davantage de population, davantage de personnes âgées, davantage de pathologies… mais moins de médecins.
Les gouvernements successifs, prenant enfin conscience du problème, ont entrepris depuis quelques années de s’attaquer au phénomène. Mais outre l’instabilité ministérielle qui règne avenue Duquesne (10 ministres de la Santé sur les 7 dernières années !), qui empêche un dialogue suivi avec les acteurs de la santé, de nombreuses décisions ont été prises sans tenir compte des réalités du terrain, et souvent sans la moindre concertation avec les premiers intéressés : les médecins, ainsi que le dénonce le président du Conseil de l’Ordre, le Pr Stéphane Oustric dans l’interview qu’il a accordée à Régions Magazine (lire dans les pages suivantes).
Mieux : nos gouvernants ont parfois donné l’impression de réinventer le fil à couper le beurre, notamment en décidant de lancer des Maisons de santé, comme si les régions les départements ou les intercommunalités l’avaient attendu pour en créer un peu partout dans l’Hexagone.
Les trésors de volonté et d’inventivité qu’il faut aux uns et aux autres pour redonner une vie médicale à des secteurs abandonnés.
Comme bien souvent en effet, les réponses et les solutions sont venues des territoires. On découvrira dans le dossier publié dans le prochain numéro de Régions Magazine, prochainement en kiosques, les trésors de volonté et d’inventivité qu’il faut aux uns et aux autres pour redonner une vie médicale à des secteurs abandonnés. Soutien massif de médecins retraités à Plougasnou sur le littoral breton ou dans le 13ème arrondissement de Paris, télémédecine dans la Meuse ou télédermatologie en Saône-et-Loire, “médicaux-bus” allant à la rencontre des patients dans le Pays de… Caux, centres de santé hospitaliers dans les quartiers Nord de Marseille, gynécologie en camping-car dans l’Aisne, création d’une “conciergerie” pour accueillir les médecins en Martinique, lutte itinérante contre le diabète qui frappe durement la Réunion… Sans même parler de ces régions qui, à l’image de l’Occitanie ou du Centre-Val de Loire, salarient directement des dizaines de médecins…
Certes, les choses avancent. La levée du numerus clausus, l’arrivée dans les cabinets de “médecins juniors” venus assurer la relève, la création du statut d’infirmer en pratique avancée, le déploiement généralisé de la télémédecine, le “Pacte de lutte contre les déserts médicaux” qui délimite les “zones rouges” à soutenir au plus vite (lire en encadré), la labellisation des Maisons pluridisciplinaires de santé , devraient permettre d’assurer la relève et aux Français de se faire soigner convenablement, a minima en disposant d’un médecin traitant.
Même si les erreurs “technocratiques” ne sont pas abandonnées pour autant : la suppression annoncée du cumul emploi-retraite, sans concertation avec le monde médical, risque de faire sortir du jeu 6.000 médecins retraités en moins de deux ans… Le « grand combat » est loin d’être terminé.
Un dossier de 50 pages à retrouver dans le n°178 de Régions Magazine, prochainement en kiosques.
