Décarbonation et transports en commun : le savoir-faire de la RATP en région
Présidente du directoire de RATP Dev, Hiba Farès évoque le processus de décarbonation de nos transports en commun. Explications.
Philippe Martin
Après des passages remarqués chez Air France et au sein du groupe Accor, Hiba Farès est entrée au groupe RATP en 2018 et a pris, dès janvier 2022, la présidence du directoire de RATP Dev. Une trajectoire fulgurante, à l’image de cette filiale du groupe RATP qui n’en finit pas de remporter des marchés en France comme à l’étranger, et a inscrit la décarbonation des transports dans son ADN. La présidente de RATP Dev livre quelques-unes des raisons de ce succès.
Régions Magazine : Pouvez-vous en quelques mots, situer RATP Dev au sein du groupe RATP ? Son rôle, ses spécificités ?
Hiba Farès : Il s’agit d’une filiale à 100 % du groupe RATP, créée il y a vingt ans dans le but d’exporter les savoir-faire de la RATP depuis l’Île-de-France vers les autres régions françaises, et vers l’international. Qu’il s’agisse d’un rôle d’opérateur de transports, notamment de grande capacité, de maintenance, de gestion de projets complexes, d’accompagnement d’évènements sportifs ou culturels, ou de conseil amont.
Nous avons connu une croissance moyenne d’environ 10 % par an, pour atteindre aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de près de deux milliards d’euros, avec un total de 23.000 collaborateurs en France et dans le monde, ce qui représente un tiers du CA et des effectifs du groupe RATP.

RATP Dev est aujourd’hui présente dans 15 pays, en Asie, au Moyen-Orient, aux USA, en Australie et bien sûr en Europe, et nous assurons les transports pour 800 villes du monde, bus bien sûr, et de plus en plus trams, métro et trains, en quelque sorte le ferroviaire du quotidien. Et nous sommes bien entendu présents dans l’ensemble des régions françaises.
Je voudrais signaler un point qui me paraît important, c’est l’étendue du champ de nos compétences, notamment en ce qui concerne l’expertise en amont des projets de transports en commun. Nous travaillons actuellement en Serbie, sur le futur métro de Belgrade, exactement dans cet esprit de vision globale d’un projet, de la conception jusqu’à sa réalisation, son exploitation et sa maintenance sur le long terme.
A ce titre, je crois pouvoir dire que le groupe RATP est aujourd’hui n°1 dans le monde pour le rail urbain de haute capacité.
RM : Vous avez décroché, ou prolongé, ces derniers mois, de nombreux marchés d’exploitation dans plusieurs régions et villes de France, à Brest, à Brive, à Lorient, au Pays basque… Comment expliquez-vous ce succès ?
HF : C’est vrai que l’on enregistre une forme d’accélération depuis ces trois dernières années, dans la mesure où, comme je vous l’ai dit, nous apparaissons comme une entreprise qui « sait tout faire de A à Z » : on conçoit, on contractualise avec les fabricants de matériel roulant, on « designe » les gares, on gère les infrastructures… On gère les nouveaux équipements, mais on sait aussi maintenir les réseaux historiques (nos premières lignes parisiennes ont 120 ans !).
On s’inscrit également dans les grands événements comme nous l’avons fait à Paris pour les JOP, ou un peu avant lors de la Coupe du Monde de football au Qatar.

Nous pouvons aussi nous appuyer sur la puissance du groupe RATP, avec qui nous partageons la compétence de ses 2.000 ingénieurs, experts dans tous les sujets. C’est cet ensemble de savoir-faire très variés qui, je le pense, contribue à nous faire remporter un certain nombre de marchés lors d’appels d’offres auxquels nous répondons, en France et à l’international. Et bien sûr, je n’oublie pas l’état d’esprit de nos équipes, à la fois pragmatique et humble.
RM : Vous êtes un des “grands témoins” du dossier que Régions Magazine consacre à “La décarbonation en région”, dans son numéro 172 actuellement en kiosques. Que représente l’objectif de décarbonation pour RATP Dev ?
HF : Le secteur des transports en commun est, par nature, vertueux sur ce plan. Savez-vous que l’impact carbone par passager et par kilomètre d’une voiture électrique est 25 fois plus fort que celui d’un métro ? Nous avons, bien sûr, notre projet d’entreprise qui doit nous amener à la neutralité carbone en 2050, pour l’ensemble du groupe RATP.
Pour le reste nous travaillons, notamment avec les régions, dans deux domaines. Le TER, pour lequel nous n’opérons pas encore – mais on y travaille ! Et les transports scolaires et interurbains.
S’agissant du TER, nous travaillons avec les régions, répondons à des appels d’offres, en tâchant d’aller au-delà d’une réponse classique, en intégrant notamment les réductions d’énergie, le renouvelable, la sobriété énergétique…et bien sûr l’amélioration du service. Nous sommes prêts, dans le cadre de l’ouverture à la concurrence.
Pour les bus et autocars, nous opérons dans sept régions, sur tous les types de véhicules : électrique, biogaz, gaz naturel, hydrogène… Pour accompagner les ambitions de décarbonation de nos clients, nous cherchons à adapter notre offre en intégrant les impacts opérationnels et financiers : il faut savoir qu’un autobus thermique coûte à l’achat 250.000 €, un électrique et sa batterie 400.000, un bus à hydrogène 600.000…
Quelle est la bonne trajectoire pour optimiser les coûts et décarboner les flottes ? La route est encore longue : la proportion de bus fonctionnant avec d’autres énergies que les hydrocarbures n’est aujourd’hui que de 10 % ! Mais je suis persuadée que les choses vont s’accélérer, en commençant notamment par les grandes villes, comme Paris où le processus est bien engagé, puis certainement Lyon : dans cinq ans, le paysage aura complètement changé.
Dans l’immédiat, nous sommes sur une belle dynamique, que ce soit dans les agglomérations de 100.000 à 200.000 habitants, et dans les métropoles. Nous adaptons nos offres aux implications locales, construisons des solutions sur mesure. Et notre présence en région s’accroît constamment : Hauts-de-France, Centre-Val de Loire, Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes. Sans oublier bien entendu l’Île-de-France où tout a commencé pour la RATP !
Propos recueillis par Philippe Martin
Lire la suite de cette interview dans le n°172 de Régions Magazine actuellement en kiosque.
