Comment une ETI familiale des Hauts-de-France porte le drapeau du succès : l’exemple Doublet
En partenariat avec KPMG, Régions Magazine lance une série de reportages mettant en lumière le succès d’ETI françaises ancrées dans leurs territoires. La parole à Gaëlle Doublet Colaert, directrice générale du Groupe Doublet, leader dans la conception et la réalisation de drapeaux et solutions de communication visuelle extérieure.
Olivier Grenot
Régions Magazine. Pouvez-vous nous tracer un rapide historique de votre entreprise et nous indiquer quelles sont ses principales activités et implantations ?
Gaëlle Doublet Colaert. Créée en 1832, l’entreprise était au départ spécialisée dans les ornements religieux. Elle a été rachetée par mes arrière-grands-parents en 1932. Et par ma fratrie, en 2008. Après la deuxième guerre mondiale, Doublet s’est orientée vers la fabrication de drapeaux et bannières… Mon grand-père, architecte de formation, a ensuite apporté la partie mécano soudure à une entreprise initialement spécialisée dans le textile.

Dans les années 70, mon père a donné une nouvelle dimension à l’entreprise, avec l’internationalisation, l’ouverture à de nouveaux marchés, collectivités et entreprises, et beaucoup d’innovation. Il a aussi apporté une innovation managériale, considérant que la machine est là pour aider l’humain à valoriser ses capacités et ses compétences. Ces valeurs de l’entreprise sont restées les mêmes aujourd’hui.

Pour ce qui concerne spécifiquement l’activité drapeaux, cela va du drapeau de supporter à une des plus belles réalisations qu’on ait faite l’année dernière, et j’en suis très fière : les bannières pour la réouverture de Notre-Dame de Paris ! Nous proposons des drapeaux nationaux, internationaux et tous les supports textiles imprimés qui servent pour une marque à communiquer, sans contrainte de taille et de matières, si tant est qu’elles soient imprimables. Et nous développons un très grand savoir-faire de drapeaux brodés à la main, par exemple ceux qu’on voit aux cérémonies commémoratives à l’Arc de Triomphe.
Quels sont les facteurs-clés qui ont permis le développement de votre entreprise ?
GDC. Je suis entrée chez Doublet en 2002. J’y ai pris la direction marketing et communication et j’ai beaucoup travaillé avec mon père à la stratégie de marque, à ce qui fait Doublet aujourd’hui. En arrivant en 2014 à la tête du groupe, j’avais une vision très précise de là où je voulais l’emmener. J’ai choisi de le développer à la fois sur des activités et des territoires complémentaires. Nous avons aujourd’hui une filiale à Paris, et quatre à l’étranger, en Allemagne, en Belgique, au Portugal et aux États-Unis, spécialisées dans des métiers différents mais complémentaires.
50.000 clients dans le monde
Doublet propose aujourd’hui des solutions d’affichage dynamique, bâches monumentales, PLV et signalétique, ainsi qu’un large choix de solutions pour mettre en valeur une marque, ses valeurs et promesses auprès de ses clients. Doublet conçoit, fabrique, imprime et installe des supports de visibilité impactants grâce à ses capacités de création et de conseil. Notre développement a été favorisé par la signature de contrats prestigieux : les Jeux Olympiques de Paris 2024, le Tour de France et bien d’autres événements sportifs et culturels : Paris-Nice, Paris-Roubaix, Grand Prix de France de F1, Marathon de New York, UEFA, Ligue de Football Professionnelle, Nuit Blanche, etc.
Vous revendiquez 50 000 clients dans le monde. Comment, avec 300 salariés, parvenez-vous à répondre à leurs exigences en termes de gammes de produits, de qualité, de compétitivité et de délai de fabrication ?
GDC. Nous avons différentes méthodes de vente dans l’entreprise, notamment avec des sociétés de distribution qui vendent produits et services via des canaux Internet et plateformes. Nous avons des chaînes d’approvisionnement de produits négociés qui nous permettent d’avoir une gamme très vaste… La digitalisation de l’ensemble de notre chaîne de production et la mise en place d’outils de planification ultra-performants nous permettent de répondre à beaucoup de clients et de générer du volume. Nous travaillons en projets, et nos équipes accompagnent nos clients dans la mise en place de leurs projets.
Aujourd’hui, le groupe réalise un CA de 60 M€ avec environ 300 salariés. C’est dire que tout doit être structuré et orchestré. Nous sommes une ETI qui garde une agilité de start-up. La souplesse est très importante et c’est ce qui fait le succès de l’entreprise : répondre rapidement à ses clients, trouver des solutions multiples, et pouvoir apporter la totalité du service. En Espagne, par exemple, notre filiale locale équipe tous les aéroports en drapeaux, poteaux de guidage, outils de mesure des bagages, guide files, mobilier, signalétique… Aujourd’hui, Doublet est devenu un groupe intégré des métiers de la communication visuelle, avec plusieurs marques dans son giron qui travaillent sur des métiers différents tout en préservant leurs territoires respectifs.
RM. En quoi votre ancrage dans la Région Hauts-de-France, à Avelin, est important pour vous ? Quelles sont vos interactions avec les instances régionales et en quoi participent-elles au développement du groupe ?
GDC. Cet ancrage est stratégique parce que les Hauts-de-France sont un hub logistique, à la croisée des chemins entre la Belgique, l’Allemagne, l’Europe, c’est important pour la partie business. Après, nous sommes dynamiques dans les instances de notre région. Mon père est partie prenante dans énormément de sujets pour le développement de la région Hauts-de-France : nous avons la chance d’avoir une entreprise, donc il faut pouvoir donner au minimum un cinquième de notre temps à d’autres, gracieusement, pour aider. Nous sommes impliqués dans le développement du territoire, à l’Office du Tourisme de Lille, au Fonds Régional d’Art Contemporain, la Métropole Européenne de Lille (MEL), le CREPS, le fonds de dotation Entreprises et cités, entre autres… Et cette semaine, je clôture avec d’autres chefs d’entreprise du territoire, la semaine de l’entrepreneuriat en Pévèle pour la Communauté de communes de la Pévèle-Carembault.
Favoriser la mixité Senior-jeunes
RM. Quelles sont les perspectives du groupe dans les prochaines années en termes d’innovations, offre produits et nouvelles implantations éventuelles ?
GDC. En 2025-2026, nous allons consolider tout ce qui a été réalisé ces dernières années : on a trouvé la taille du groupe, c’est stable, mais je consolide, avec plusieurs projets en tête. On va continuer à faire du développement. Je souhaiterais que Doublet soit présent à d’autres endroits en France et au niveau international. Après, ce que l’on regarde de plus en plus, c’est tout ce qui touche au recyclage et aux nouveaux matériaux… Dans les appels d’offres, il y a maintenant beaucoup d’éléments liés à la partie RSE ; nous avons ainsi beaucoup travaillé sur le recyclage dans le cadre des Jeux Olympiques et du Tour de France.
Je suis très attachée à la partie fabrication, aux ateliers. Je suis née « avec un drapeau dans les mains ». Maintenant, on sait bien que le coût français n’est pas le coût polonais, ou portugais. Donc, nous gardons nos ateliers en France pour exécuter le travail à forte valeur ajoutée, sur des produits que le client est prêt à payer. Chez nous, l’objectif, c’est d’apporter du conseil, de la gestion de projet, une certaine vision. Chez Doublet, il y a des valeurs, c’est important. Nous respectons les gens avec qui nous travaillons. On fait en sorte que nos équipes se sentent le mieux possible dans toutes les sociétés du groupe. Nous favorisons la mixité seniors-jeunes, car comme le disait Montaigne : « L’ancien éclaire toujours avec sagesse, même s’il chauffe un peu moins. Le jeune, lui, déborde d’ardeur, même s’il n’éclaire pas encore pleinement. Il faut avoir confiance en cette relève : la flamme se transmet. »
KPMG en partenariat avec Régions Magazine
« Au cœur d’une région Hauts-de-France dynamique et humaine, KPMG Région Nord, avec ses 280 collaborateurs, n’accompagne pas seulement ses clients. Le cabinet est fortement engagé aux côtés des acteurs et des institutions qui œuvrent à renforcer le dynamisme territorial.” Jocelyn Scamps, Directeur Régional KPMG






