Comment RATP Dev gagne le cœur des villes
En 23 ans, la filiale de la RATP a remporté de nombreux marchés de transports urbains. Explications avec son directeur France Serge Reynaud.
Philippe Martin
A la RATP, où il est entré dès 1990, il a occupé de nombreuses fonctions, grimpant les échelons de responsable de terminus sur la ligne 1 du métro jusqu’à (aujourd’hui) directeur de la Business Unit France/Suisse RATP Dev. Autant dire que Serge Reynaud connaît sur le bout des doigts les évolutions de l’entreprise, de ses hommes et de ses métiers, de ses réalisations actuelles et de ses projets. Et au bout de 35 ans de maison, le moins que l’on puisse dire est que sa passion ne s’est pas éteinte, bien au contraire.
Régions Magazine : Ces quinze derniers mois, RATP Dev a obtenu quelques succès marquants. Lesquels, et pourquoi ?
Serge Reynaud : Sur cette période, nous avons effectivement décroché ou renouvelé quelques beaux contrats, à commencer par l’ensemble des métros et des tramways de la Métropole de Lyon, que nous opérons sous la marque TCL. C’est un marché extrêmement complet, puisque nous faisons circuler pour le compte de SYTRAL Mobilités, quatre lignes de métro soit 102 rames, sept lignes de tramway, deux funiculaires qui transportent 560.000 voyageurs par an.

Et même, depuis le mois de juin, les navettes fluviales sur la nouvelle ligne Navigône dont les bateaux circulant sur le Rhône seront bientôt remplacés par des bateaux électriques. Le tout avec le même abonnement ! Parmi les marchés remportés ou renouvelés, on peut citer ceux de l’agglomération de Caen (tram et bus) ou de Narbonne (bus).
Et puis il faut mentionner depuis le début de l’année le renouvellement des transports en commun de la ville d’Angers. Et ceux de la communauté d’agglomération de Béziers, où depuis début août nous avons pris le relais de la société espagnole Vectalia placée sous procédure de sauvegarde judiciaire. Sur ce dernier marché, il nous a fallu être particulièrement réactif : la reprise d’exploitation a été effective le 1er août, avec juste derrière la Féria de Béziers du 12 au 16 août !
RM : C’est une année exceptionnelle ?
SR : C’est une bonne année, mais l’année dernière nous avions remporté les marchés des transports en commun des villes de Saintes, de Bayonne, de Quimper ou encore de Brive. Et puis il ne faudrait pas oublier en Île-de-France l’ouverture de la gare Villejuif-Gustave Roussy, station de la ligne 14 qui dès l’an prochain sera desservie par la ligne 5, devenant ainsi une importante station de correspondance. RATP Dev s’est vu confier la gestion de cette ligne.
En fait, RATP Dev, qui existe depuis 23 ans, a régulièrement gagné des contrats d’exploitation, en cherchant à répondre au plus près aux exigences des Autorités Organisatrices de Transports et au cahier des charges de chaque ligne, et à adapter des solutions adaptées à leurs demandes.
RM : Comment travaillez-vous avec les Régions ?
SR : Nous exploitons déjà pour leur compte des autocars interurbains dans les Hauts-de-France, en Centre-Val de Loire, en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce que l’on sait moins, c’est que la RATP est également présente sur le ferroviaire, elle gère des lignes en co-exploitation avec la SNCF, ce qui fait d’elle le deuxième acteur sur le réseau ferré national.
Nous répondons aussi à des appels d’offres en ciblant des marchés, comme nous l’avons fait sur le Sud-Loire, et nous serons très présents sur les projets de SERM (NDLR : RER métropolitains).
RM : Le dossier de Régions Magazine est notamment consacré à la décarbonation dans les transports. Est-ce une préoccupation pour RATP-Dev ?
SR : Bien sûr, c’est même une préoccupation majeure ! Nous allons assister petit à petit à la disparition des autobus diesel dans Paris, et la loi LOM de 2021 nous conduit peu à peu à exploiter des réseaux à 90 % électriques.
Mais il faut savoir qu’une ligne de bus entièrement électrifiée, cela coûte très cher, nous cherchons donc à adapter nos réponses aux clients tout en tenant compte des coûts. Et aussi en mélangeant les différents modes de propulsion. A Lorient par exemple, nous utilisons trois énergies (électrique hydrogène, biogaz) sur un seul dépôt, sous l’enseigne Izilo.
Nous savons tous que 70 % des émissions de CO2 viennent des transports, et notamment des transports en commun. L’ambition de RATP Dev est de faire baisser ce chiffre de façon régulière et constante.
RM : Vous avez près de 35 ans de présence à la RATP. Qu’est-ce qui y a le plus changé à vos yeux ?
SR : Quand j’ai commencé ma carrière au Terminus Château de Vincennes, il y avait 400 préavis de grève déposés chaque année… Et encore bien des années plus tard, l’entreprise a failli mourir après les grèves de 1995. Le climat interne n’a plus rien à voir avec cette époque, les accords sociaux nous ont fait passer dans une autre dimension.
L’organisation est également très différente : fin 2026, il n’y aura plus un seul agent de la RATP qui conduira un bus, l’ensemble de ces prestations étant assuré par des filiales du groupe. Cela concerne près de 18.000 conducteurs, c’est une vraie révolution !
Enfin nous avons appris à faire face à la concurrence, grâce une maîtrise technique hors pair de la part de nos équipes. Et ce n’est pas fini : nous travaillons actuellement à répondre à cinq nouveaux appels d’offres….
Propos recueillis par Philippe Martin
La suite de l’interview est à retrouver dans le n°176 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.
Rendez-vous aux Rencontres nationales du Transport Public, du 4 au 6 novembre à Orléans.
