Comment Lille est devenue un “hub” de la cyber
Entre le Forum INCYBER et le Campus Cyber Hauts-de-France, la capitale des Flandres, la Métropole de Lille et la Région Hauts-de-France sont à la pointe du dispositif national.
Philippe Martin
Au Forum INCYBER, la Métropole Européenne de Lille et la Région Hauts-de-France jouent, en quelque sorte, à domicile. Depuis l’origine, le plus grand événement européen de la cybersécurité s’est en effet installé dans la capitale des Flandres, et sa 17ème édition n’a pas dérogé à la règle. Rien d’étonnant donc à ce que les deux collectivités et le Campus Cyber Hauts-de-France Lille Métropole, opéré par Euratechnologies, aient présenté un maximum d’exposants mettant à l’honneur les champions cyber de la région.
Plus de 200 m² pour accueillir 27 entreprises, start-ups, établissements d’enseignement supérieur ou encore associations professionnelles de l’écosystème régional. De très jeunes pousses donc, comme Dynatrust, Oversoc ou OpenCVE. Mais aussi des PME déjà bien installées sur leur marché, à l’image de Roxys (Arras, 70 salariés, spécialisée dans la transformation numérique) ; d’Allistic (Lille, 20 salariés, consultant cybersécurité), d’Aquastar Consulting (Mons-en-Barœul, 30 salariés, sécurité des réseaux), de Roxys (Arras, 70 salariés, transformation numérique), PRIZM (Villeneuve d’Ascq, 20 salariés, conseil en gestion des identités numériques ; ou de Wakers (Lille, 60 salariés, sécurisation coud).

« Il y a aujourd’hui dans la région des Hauts-de-France, près de 150 entreprises spécialisées dans la cyber, auxquelles il faut ajouter environ 25 start-ups, explique Adrien Fatibene, directeur des opérations du Campus Cyber Hauts-de-France Lille Métropole. C’est aussi pour nous l’occasion de fêter les deux ans d’existence de notre Campus, le premier à avoir été labellisé en France par le Campus Cyber national (NDLR : dont le siège est à Paris, à la Défense). L’atout d’être abrité dans l’enceinte d’EuraTechnologies fait de nous un incubateur de premier rang, un véritable hub de start-ups et d’innovation, avec aujourd’hui 70 adhérents et 60 événements organisés depuis sa création ».
Au-delà de l’aspect économique, le Campus Cyber joue également un rôle prééminent en matière de cybersécurité puisqu’il abrite également le CSIRT (NDLR : Centre de réponse aux incidents cyber) qui met en relation les victimes de cyberattaques et les prestataires de proximité.
Depuis son ouverture en avril 2023, le CSIRT Hauts-de-France a ainsi traité 248 signalements et incidents, dont 115 sur la seule année écoulée, sachant que 70 % des interventions concernent des entreprises du territoire régional.
Formation des gendarmes et cyberattaque sur l’hôpital
Autre spécificité du Campus régional, le Cyber Range, qui permet aux entreprises et collectivités de se former en immersion grâce à des simulations de crises cyber, et ainsi d’apprendre à anticiper de futures attaques. « Grâce à cet équipement de pointe, 110 professionnels de 47 entreprises et collectivités ont été formés à la gestion de crise cyber en 2024, précise Adrien Fatibene. Ce sont aussi 100 étudiants provenant de 4 écoles distinctes (Ecole du Numérique, Polytech, Université de Lille, Ynov) qui ont pu monter en compétence grâce à cet outil, permettant de faire émerger les champions cyber de demain. »
A noter que l’an dernier, le Cyber Range a servi d’outil de formation pour l’ensemble de gendarmes nationaux spécialisés en cybersécurité.
Et comme si cela ne suffisait pas, le Campus Cyber organisera les 16 et 17 octobre prochains son deuxième Campus Cyber Summit : « l’idée, précise Adrien Fatibene, est de rassembler près de 300 acteurs de la cybersécurité pour échanger sur les retours d’expériences suite à des cyberattaques subies par des entreprises ou des collectivités. L’an dernier, nous avions ainsi travaillé sur la cyberattaque subie par l’Hôpital d’Armentières. »
Dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 février 2024, le Centre Hospitalier d’Armentières avait subi un piratage via rançongiciel, qui l’avait conduit à fermer ses urgences pendant 72 heures et à fonctionner en “mode dégradé”, refusant de payer la rançon réclamée par les cybercriminels. 18 Go de dossiers, comprenant des données médicales de 230.000 patients, avaient alors été diffusées sur le darkweb. La facture pour remise en état du système étant évaluée à 2,5 M€.
« Il est évidemment très important de sensibiliser entreprises et collectivités à ce type d’agressions graves », poursuit le directeur des Opérations. Nous sommes là au cœur de nos missions-phares, symbolisées par notre programme Learning Expedition, une offre de formation et de mobilisation qui concerne aussi bien le Medef Lille Métropole qu’Entreprises & Cités, mais qui nous conduit aussi à accompagner des délégations néerlandaise et même québécoise ! ».
Comme quoi Lille est bien devenue une capitale de la cyber, et pas seulement à cause du Forum INCYBER.
