Ryanair abandonne Bergerac, Brive et Strasbourg
La compagnie low-cost entend protester contre la hausse de la taxe sur les billets d’avion décidée par le gouvernement français.
Philippe Martin
La nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe dans le monde du tourisme aérien en région : la compagnie aérienne irlandaise low-cost Ryanair a annoncé le 30 juillet une « réduction majeure de ses opérations en France pour l’hiver prochain ». Conséquences : une baisse de 13 % de sa capacité sur le territoire français, l’annulation de 25 lignes et la suppression de près de 750.000 sièges. Et aussi le retrait complet de ses activités sur trois aéroports régionaux, Bergerac, Brive et Strasbourg.
Pour justifier cette décision, la direction de la compagnie reproche au gouvernement français d’augmenter la TSBS (taxe de solidarité sur les billets d’avion) « de 180 %, une hausse astronomique » selon le directeur commercial de Ryanair Jason McGuiness. Cette taxe, entrée en vigueur le 15 mars, est en effet passée de 3 € à 7,51 € par passager en classe économique.

Le transporteur déplore la « perte de compétitivité de la France par rapport à d’autres marchés européens » tels que l’Irlande, l’Espagne oula Pologne où aucune taxe n’est appliquée.
Parmi les aéroports français les plus touchés, outre les trois précités, figurent Paris-Beauvais (baisse du nombre de vols de 8 %), Toulouse (-4 %) et Marseille (-9 %), soit environ un million de passagers en moins sur les 12 millions annuels.
N’hésitant pas à faire pression directement sur le gouvernement, le patron de Ryanair Michael O’Leary laisse entendre qu’en cas d’abandon ou de baisse de cette taxe, la compagnie pourrait se lancer dans un « ambitieux programme d’investissement à hauteur de 2,5 milliards de dollars », doublant le trafic via 25 avions supplémentaire et créant 750 emplois directs.
Faute de quoi, « Cette perte complètement évitable aura un impact sévère sur la connectivité régionale, le tourisme et l’emploi local. Alors que Ryanair a toujours soutenu et investi dans les aéroports régionaux français, favorisant les tarifs bas et le développement économique », selon Jason McGuiness.
L’UAF dénonce « une fiscalité excessive »
Parmi les premières réactions, celle de l’UAF (Union des aéroports français, qui rassemble 150 adhérents dont les plus gros aéroports français mais aussi de petits équipements en région) appelle à « la réduction de la fiscalité sur le transport aérien. Il en va de la pérennité de nos aéroports régionaux, de la cohésion territoriale, et de l’attractivité touristique de la France ».
Pour Thomas Juin, président de l’UAF, « On ne pouvait pas dire que l’on ne savait pas. Aujourd’hui, une fiscalité excessive sur le transport aérien pousse la première compagnie aérienne européenne à déserter totalement certains aéroports comme Strasbourg, Bergerac ou Brive, à fermer brutalement des lignes vitales pour nos territoires, et à privilégier nos concurrents européens. La France s’isole fiscalement en Europe. Ce choix politique est une faute lourde aux conséquences directes : isolement croissant de nombreux territoires, destruction d’emplois, affaiblissement du tourisme et perte sèche pour l’économie française. Il est temps de tourner la page d’une fiscalité punitive et de redonner à nos régions les moyens de rayonner, d’innover et d’accueillir le monde ».
Et l’UAF de poursuivre : « Cette politique fiscale apparaît d’autant plus paradoxale et contre-productive qu’elle va frontalement à l’encontre des ambitions portées par le Plan Bayrou pour le tourisme, tout juste dévoilé par le Premier ministre. Ce plan entend attirer davantage de visiteurs étrangers et accroître les retombées économiques, notamment en diversifiant l’offre touristique et en renforçant la qualité des services.
Or, près de 40 % des revenus du tourisme international en France proviennent de voyageurs arrivant par avion. Comment prétendre développer le tourisme tout en faisant fuir les compagnies aériennes qui permettent à ces touristes de venir ? Comment promouvoir un tourisme équilibré, responsable et durable, tout en pénalisant les acteurs essentiels à son dynamisme ? C’est l’ensemble du tissu territorial qui se voit fragilisé, au risque de voir s’éloigner investissements, créations d’emplois et bénéfices économiques, au profit de destinations concurrentes.
Face à ce constat, il est urgent de rétablir une cohérence entre les ambitions nationales et les mesures fiscales appliquées, sous peine de compromettre durablement le développement équilibré et l’attractivité internationale de la France ».
Menace sur l’aéroport de Bergerac
Pour sa part, le président de la CCI de la Dordogne Christophe Fauvel n’a pas exclu l’hypothèse d’une fermeture complète de l’aéroport : « Ryanair pèse à peu près 70 % du trafic de l’aéroport de Bergerac en année pleine, a-t-il déclaré. C’est la suite qui nous inquiète : si Ryanair décide d’aller au bout de sa menace, et quitte définitivement Bergerac, on pourrait parler de la fermeture de l’aéroport. La menace existe depuis que le gouvernement a décidé, contre tous les avis, d’augmenter cette taxe. »
