Régions de France crée un “Fonds de solidarité pour Mayotte”
Le 13 décembre, Mayotte a été frappée de plein fouet par le cyclone Chido, le plus violent de la région depuis un siècle. Nous republions aujourd'hui une interview datant de septembre 2012, de Daniel Zaïdani, à l’époque président du conseil général de Mayotte. L’île de l’Océan Indien venait en effet d’être transformée à la fois en 101ème Département français, et en 27ème région.
Philippe Martin
Les dégâts sont considérables pour l’ile et pour ses habitants.
Les présidentes et présidents de Région ont souhaité faire part de leur solidarité à toutes les Mahoraises et les Mahorais, et exprimer leurs pensées pour les victimes de ce terrible événement.
Ils ont acté en urgence la création d’un « fonds de solidarité pour Mayotte », qui sera abondé par les Régions, afin de contribuer à l’aide d’urgence et à la reconstruction rapide de l’ile. Les fonds pourront notamment être débloqués au profit du Conseil Départemental de Mayotte, pour contribuer aux différents besoins constatés localement. Ils pourront également être fléchés vers les différents acteurs œuvrant sur place.
La Commission Outre-mer de Régions de France, présidée par Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, sera par ailleurs chargée de coordonner le « fonds de solidarité pour Mayotte », et d’en assurer le suivi opérationnel.
Pour Carole Delga, présidente de Régions de France, présidente de la Région Occitanie : « La situation dramatique que vit Mayotte doit conduire à un très vaste élan de solidarité nationale. C’est notre devoir d’être aux côtés de nos concitoyens dans l’urgence. Toutes les Régions de France y prendront leur part, à travers ce fonds de solidarité, qui a vocation à contribuer en urgence et durablement à la reconstruction de l’ile. »
« La France est riche de ses collectivités, ultramarines comme métropolitaines. Elle doit témoigner, comme pour tout le territoire national, d’un plein soutien lors de catastrophes naturelles et humaines. »
Huguette Bello complète : « La France est riche de ses collectivités, ultramarines comme métropolitaines. Elle doit témoigner, comme pour tout le territoire national, d’un plein soutien lors de catastrophes naturelles et humaines. La Commission Outre-mer de Régions de France, dont Mayotte est membre, assurera un suivi opérationnel, dans le temps, de l’aide apportée ».
En 2012, dans Régions Magazine…
En septembre 2012, au congrès de l’ARF (aujourd’hui Régions de France) à Lyon, Régions Magazine avait rencontré Daniel Zaïdani, à l’époque président du conseil général de Mayotte. L’île de l’Océan Indien venait en effet d’être transformée à la fois en 101ème Département français, et en 27ème région (il y avait à l’époque 23 régions en métropole).
Il nous a paru intéressant de publier l’intégralité de cette interview parue dans le n°110 de Régions Magazine, car elle dit bien le chemin parcouru… et celui qui ne l’a pas été. A l’époque Mayotte comptait 250.000 habitants (on parle de plus de 400.000 aujourd’hui, dont une forte proportion de migrants venus des Comores voisines) et la première urgence était d’allonger la piste de l’aéroport… ce qui n’a jamais été fait depuis.
A noter que le 30 avril 2024, Daniel Zaïdani, qui a été président du conseil départemental de Mayotte jusqu’en 2015, a été condamné par le tribunal de Mamoudzou à un an de prison avec sursis et trois ans de privation de droits civiques pour détournement de fonds publics pendant son mandat. Il a fait appel de cette décision.
Régions Magazine a rencontré le président de la 27ème région « réelle »
Mayotte attend les fonds européens
Ce n’était pas son premier congrès de l’ARF, lui qui était présent l’an dernier à celui de Tours. Mais pour Daniel Zaïdani, 37 ans, président du conseil général de Mayotte, le congrès de Lyon a pris une tout autre tournure.
D’abord parce qu’il commence à « faire son trou » au milieu de ses collègues présidents de régions, lui qui préside à la fois le département et la région mahoraises. « L’ARF, explique-t-il, c’est un l’endroit idéal pour nouer des contacts, renforcer son carnet d’adresses, regarder les expériences qui sont menées ailleurs. Et puis, cette année, ce qui a changé, ce sont les rapports avec le gouvernement : les régions et l’État ne se regardent plus en chiens de faïence, nous sommes désormais écoutés, on peut rencontrer des ministres beaucoup plus facilement », conclut celui qu’on a vu à plusieurs reprises à Lyon en grande conversation avec la ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique Marylise Lebranchu.
Et les contacts, c’est important quand on représente une population très isolée sur son archipel, à 10.000 km de la métropole. Une population aux caractéristiques bien particulières. « Nous avons un taux de natalité élevé : entre les recensements de 2007 et 2010 nous sommes passés de 185.000 à environ 250.000 habitants ». Une population extrêmement jeune, donc : « 60 % des habitants de Mayotte ont moins de 21 ans, nous avons plus de 86.000 élèves scolarisés sur l’ensemble de l’archipel » (NDLR : Mayotte est composée de plusieurs îles dont les deux principales sont Grande-Terre, siège de la préfecture Mamoudzou, et Petite-Terre).
Priorité : la piste de l’aéroport !
Un taux de chômage important, un niveau de vie extrêmement bas, une population à majorité musulmane, l’attente de la mise en place des minimas sociaux, caractérisent ce petit morceau de France et d’Océan Indien.
Une des raisons de son isolement réside dans l’absence de vol direct vers la métropole, obligeant par exemple les touristes, encore peu nombreux, à passer par la Réunion. « Il nous faut allonger la piste d’environ 500 mètres, pris sur la mer », explique Daniel Zaïdani. Une dépense évaluée à 200 millions d’euros, soit quatre fois le budget annuel pour l’ensemble de nos investissements ! » Autant dire impossible jusqu’ici, sauf que, désormais, Mayotte va pouvoir bénéficier des fonds européens, en tant que région ultrapériphérique, ce qui devrait lui permettre de récupérer 400 millions d’euros en quatre ans, 80 % de ces fonds étant bien entendu consacrés à l’aéroport.

« Il faudra une volonté politique forte pour y arriver », explique celui qui a été élu à la tête d’une coalition divers gauche, puis a bénéficié du soutien d’élus UMP, a soutenu François Bayrou lors de l’élection présidentielle, et se positionne désormais lui-même « au sein de l’actuelle majorité ».
L’autre combat important à ses yeux étant « d’arriver à ce que les services de L’État et du département travaillent mieux ensemble, dans ce domaine il y a encore des efforts à faire, des doublons à supprimer. Pour l’instant, chez nous, les collèges et les lycées relèvent toujours de la compétence de l’État. Tout cela va évoluer, notre position en tant que territoire va s’en trouver confortée ». La 27ème région existe bien, elle n’a sûrement pas fini de grandir.
Mayotte, département, région, et « ultrapériphérique »
Pas si simple de s’y retrouver dans l’entrelacs administratif, dès qu’il s’agit de Mayotte. 101ème département français ? 27ème région française ? Région « ultrapériphérique » de l’Union européenne ? Mayotte est…tout cela à la fois !
Colonie française depuis son achat au sultan Andriantsoly en 1841, rattachée au sein des Comores au gouvernement général de Madagascar dès 1908, Mayotte est devenu un TOM (Territoire d’Outre-Mer) en 1946. Mais si les Comores votent pour leur indépendance lors du référendum de 1974, Mayotte demande à rester rattachée à la France. Choix confirmé par un deuxième référendum en 1976, puis par celui du 29 mars 2009 où 95 % des votants réaffirment leur volonté de devenir le 101ème département français.
La deuxième étape s’appuie donc sur la loi du 31 mars 2011, qui fait de Mayotte à la fois un département et une région d’outre-mer. La même assemblée exerce désormais les compétences du conseil régional et du conseil général. Son président est à la fois celui de la région et celui du département.
L’étape la plus récente n’est pas la moins importante. Depuis le 12 juillet dernier, et une décision du Conseil européen, Mayotte a enfin pu accéder au statut de région « ultrapériphérique » de l’UE. Au 1er janvier 2014, Mayotte pourra ainsi bénéficier des fonds européens d’aide sectorielle, dans des domaines essentiels comme le développement régional, la pêche, l’agriculture et la formation. Le délai entre cette décision et l’entrée effective dans le statut s’explique par le nombre important de textes et règlements à adopter par les autorités mahoraises.
Mayotte est ainsi devenue la 8ème région ultrapériphérique (ou RUP) de l’Europe, au même titre que les quatre DOM français (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion), ou encore que les Canaries (Espagne), les Açores et Madère (Portugal). Le droit communautaire s’applique au sein des RUP, avec des dérogations liées à leurs éventuels handicaps (aide de l’État, agriculture, pêche ou fiscalité).
