Pourquoi les Régions émettent 27 propositions pour la mise en lumière du cinéma
Les collectivités s’inquiètent du désengagement de l’État dans son soutien au 7ème Art. Et émettent une série de propositions.
Philippe Martin
« Les régions font leur cinéma » : tel était le titre du n°135 de Régions Magazine, en février 2017. Un dossier qui faisait le point sur l’action des conseils régionaux en matière de soutien au 7ème art, avec un “grand témoin” exceptionnel, spécialiste des tournages en région : l’immense et regretté Bertrand Tavernier.

Plus de 30 M€ d’aides à la production par les collectivités
Depuis, le soutien des Régions à la production cinématographique ne s’est jamais démenti, bien au contraire. Au dernier Festival de Cannes, ont été présentés seize films soutenus par l’Île-de-France, onze par la Nouvelle-Aquitaine, huit par Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore sept par le Grand Est. Et sur la seule année 2024, les collectivités ont dépensé plus de 30 M€ d’aides à la production. Mais là où le bât blesse, c’est que l’État ne suit plus.

A l’origine en effet, le ratio prévu entre les aides versées par le CNC (Centre National du Cinéma) et les collectivités était de 1 pour 2 : un euro du CNC, deux pour les collectivités. Or, au fil des années, il est tombé à 0,39 : 11,3 M€ pour l’État, contre les 30 M€ déjà évoqués. Ce qui a conduit Régions de France à pousser un cri d’alarme.
Un désengagement de l’État
L’association attire l’attention sur « un modèle de financement qui se fragilise », alors que s’approche le renouvellement des conventions CNC-Collectivités pour la période 2026-2028. D’autant qu’apparaissent des disparités régionales, Régions de France déplorant un dispositif « fléché sur quelques grandes régions et concentré sur de très grands groupes privés ». Et d’émettre une série de 27 propositions destinées notamment à mettre en place un « partenariat plus juste et plus durable » à travers les conventions CNC-Collectivités. La plus importante : l’indexation automatique des dotations du CNC sur leurs propres engagements.

Les Régions appellent également à une gouvernance plus partagée : « concertation structurée avec le CNC, inclusion des agences régionales dans les conventions, coconstruction des critères d’éco-conditionnalité ». Une situation que ne méconnaît d’ailleurs pas le CNC, et son nouveau président Gaëtan Brunel, qui, lors d’une récente audition au Sénat, tout en se réjouissant de la bonne santé du cinéma français (181 millions d’entrées dont 44% parts de marché pour la production française) réclamait lui aussi la fin de ces disparités régionales.
Une seule Région fortement désengagée
Et le patron du CNC de reconnaître au passage l’effort maintenu par les Régions en ce qui concerne l’aide à la diffusion, trois d’entre elles (Bretagne, Hauts-de-France et La Réunion) ayant maintenu le même effort malgré les restrictions budgétaires, une seule (Pays de la Loire) s’étant fortement désengagée.
Reste maintenant à renouer le dialogue entre l’État et les collectivités, pour que les Bertrand Tavernier de demain puissent continuer à s’exprimer dans la patrie du 7ème art.
Retrouvez ici le détail des propositions de Régions de France.
