Les Jeux ne sont pas faits
Philippe Martin
Après la réussite des Jeux d’Hiver de Milan-Cortina, la balle est désormais dans les pieds des “Alpes françaises 2030”. Qui traversent une sacrée zone de turbulences. Explications.
La cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d’Hiver 2026 de Milan-Cortina n’a pas manqué d’allure. Dans le décor mythique des Arènes de Vérone, le spectacle grandiose s’est achevé sur une remise de drapeau, symbole d’une passation de pouvoirs : Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et Fabrice Pannekoucke, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, ont reçu le drapeau des mains de Kirsty Coventry, présidente du Comité International Olympique. Et dès le lendemain, l’emblème olympique est arrivé à Albertville, la ville hôte des Jeux d’hiver 1992, comme un symbole d’une fête dont personne n’a oublié la réussite.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Avec 23 médailles, soit 53 % de plus que lors des Jeux précédents, la France a battu son record absolu et atteint la sixième place au classement des nations, et au passage quelques moments inoubliables, comme les médailles d’or en biathlon ou en danse sur glace. Il reste quatre ans pour améliorer ce score, on pense notamment au ski alpin qui revient avec une seule médaille d’argent.

Seulement voilà : quatre ans, c’est beaucoup… et très peu quand il s’agit d’organiser des Jeux olympiques. D’autant que le comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030 (Cojop), en charge de cette lourde tâche, a enregistré de nombreuses turbulences au cours des semaines écoulées. Démission de la directrice des opérations Anne Murac, puis du directeur de la communication Arthur Richer, et encore du président du comité des rémunérations (et ancien président du groupe Canal+) Bertrand Méheut. Et enfin, cerise sur le gâteau, du directeur général Cyril Linette, en complet désaccord avec le président du Cojop Edgard Grospiron… qui l’avait pourtant choisi !
L’ancien champion olympique de ski de bosses se trouve plongé dans une tourmente dont il se serait bien passé. Auditionné par une commission sénatoriale le 25 février, il a d’ailleurs reconnu que ces départs en cascade ne pouvaient qu’entraîner des conséquences négatives sur le fonctionnement du Cojop. « Un mois et demi de retard sur la partie organisation, et près de quatre mois sur la finalisation de la carte des sites », a-t-il admis devant des sénateurs quelque peu éberlués.
Pas un seul partenaire financier à ce jour
Plus grave peut-être, la signature des premiers partenaires financiers prend également du retard, alors que l’objectif est d’aller chercher 591 M€ de sponsoring sur un budget global de 2,132 Md€. Six catégories de partenariats sont ouvertes à la commercialisation, avec un résultat nul à ce jour.
Les présidents des deux Régions concernées, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, qui ont porté le drapeau des Jeux lors de la passation, et qui siègent au Cojop, sont évidemment très attentifs à la situation. Renaud Muselier, président de la Région Sud, continue pour le moment d’apporter son soutien à Edgard Grospiron : « Il progresse, il est champion olympique, il a la confiance du CIO, de tous les organisateurs des Jeux. Il prend de l’étoffe, petit à petit », a-t-il déclaré à ce sujet.

Un bureau du Cojop Alpes françaises, prévu le 19 mars, devra « fournir un nouvel organigramme, accélérer sa structuration et faciliter son fonctionnement ». Il ne sera que temps, comme l’a souligné le premier ministre Sébastien Lecornu : « tout le monde à son poste de combat et tirons tous dans le même sens pour y arriver en 2030 ! », a-t-il lancé. Car en matière de Jeux Olympiques, quatre ans, c’est très court.
Les quatrièmes de l’histoire
Après Chamonix 1924, Grenoble 1968 et Albertville 1992, les Jeux Olympiques d’hiver vont être organisés en France pour la quatrième fois de l’histoire, du 1er au 17 février 2030. Lors de la 145ème Session du Comité International Olympique (CIO) organisée à Milan juste avant le début de Milan-Cortina 2026, les organisateurs des Alpes françaises 2030 ont réaffirmé leur ambition d’offrir des JO d’hiver « spectaculaires, profondément ancrés dans les territoires et guidés par une forte exigence de responsabilité environnementale. »
Les JO d’hiver des Alpes françaises vont chercher à s’inspirer d’une des grandes réussites des JO de Paris 2024, l’utilisation de structures déjà existantes ou temporaires. Elles compteront pour 93 % des sites olympiques, comme le tremplin de saut à ski de Courchevel, la piste de bobsleigh de La Plagne (déjà utilisée en 1992) ou le stade de biathlon du Grand-Bornand qui accueille la Coupe du monde chaque année.
Les sites seront répartis en quatre grandes zones : Haute-Savoie, Savoie, Briançon et Nice. La carte des sites, ainsi que le programme exact, doivent encore être finalisés. En juillet dernier, le conseil d’administration du Cojop a notamment validé la candidature de Val d’Isère de préférence à Méribel, à qui l’on a proposé l’organisation des épreuves de neige des Jeux Paralympiques.
Pour les infrastructures de glace qui verront le jour à Nice, le stade de football de l’Allianz Riviera sera transformé pour accueillir deux patinoires sur une capacité de plus de 30.000 places. Une nouvelle patinoire de 5.000 places sera aussi construite dans la plaine du Var pour le patinage artistique et le short-track.
La cérémonie d’ouverture aura lieu en Auvergne-Rhône-Alpes, dans un site non encore arrêté. La cérémonie de clôture aura lieu à Nice.
