Grâce à Dunkerque, un pas vers la paix
Philippe Martin
Le Réseau des villes-mémoires et le Comité européen des régions ont signé “L’engagement de Bruxelles”, pour favoriser le dialogue pacifique entre les jeunes Européens.
Quel est le point commun entre Gdansk en Pologne, Volgograd en Russie, Bizerte en Tunisie, Hiroshima au Japon, Oradour-sur-Glane et Dunkerque en France ? Il est évidemment lié aux pages les plus tragiques de l’histoire de l’humanité. Toutes ces villes ont été meurtries par la guerre, ont subi des souffrances et des destructions abominables, puis ont entrepris de se reconstruire, pour offrir à leurs habitants un nouvel horizon, et pas seulement architectural.
Le grand port des Hauts-de-France, s’il a été le théâtre de célèbres combats en juin 40, a également été dévasté par les bombardements et les combats de 1944 et 1945. Et l’on oublie souvent que Dunkerque n’a été libérée que le 9 mai 1945, soit près d’un an après le Débarquement de Normandie ! A cet ultime moment tragique, la ville était détruite à 90 %, et il n’y restait que 300 habitants…
C’est là qu’est née en 2016 une initiative consistant à réunir toutes ces villes qui sont parvenues à renaître de leurs cendres. Une initiative couronnée de succès, puisque 18 d’entre elles ont très vite répondu et ont adhéré à ce mouvement, devenu depuis le “Réseau des Villes mémoires” (lire en encadré), acceptant de nouer un dialogue « approfondi et fidèle », selon le vœu de leurs promoteurs. Quatre colloques internationaux ont ensuite été organisés, à Dunkerque en 2016 et 2019, à Volgograd en 2017 et à Rostock en 2018.

Les jeunes ont été dès le départ les principales cibles de cette initiative : participation à des colloques, à des séminaires interculturels, à des voyages autour du devoir de mémoire. Avec en point d’orgue le projet européen Memory, qui associe les citoyens de Dunkerque, Gdansk, Ypres (Belgique) et Rostock (Allemagne) autour d’actions communes et d’événements interculturels.
Une nouvelle étape a été franchie le 7 mai à Bruxelles, où la ville de Dunkerque et le Comité européen des Régions ont signé un manifeste européen pour la paix, en présence de 40 maires venus de toute l’Europe.
“L’engagement de Bruxelles” s’articule autour de trois priorités : « protéger les personnes et promouvoir le dialogue entre jeunes Européens sur l’importance des valeurs universelles portées par l’unité européenne née de l’après-guerre ; apporter une assistance opérationnelle et promouvoir la solidarité entre les villes d’Europe et de son voisinage ; contribuer à la co-construction, depuis nos villes et leurs histoires, d’une Europe souveraine, résiliente et de paix sur la base du dialogue et du prendre soin. »
Le maire de Dunkerque Patrice Vergriete avertit : « Aujourd’hui, nous, Villes Mémoires, nous posons en lanceurs d’alerte. Nous percevons en effet, peut-être mieux que quiconque, un vent qui monte. Celui-là même qui, hier, devait conduire aux désastres et aux funestes destructions de nos villes durant le XXème siècle. Alors nous pensons qu’il est temps, plus que jamais, d’agir ensemble. De sortir d’une inertie collective. Il nous manquait un lien avec l’Union européenne : c’est fait aujourd’hui ».
Une collaboration entre lycéens de Dunkerque et de Boutcha
De son côté, Kata Tüttő, présidente du Comité européen des Régions, a tenu à rappeler que « la mémoire, c’est tisser des liens. Ensemble, nous écrivons l’Histoire et veillons à ce que les nouvelles générations puissent rebondir après un traumatisme comme un conflit. Les villes sont des enceintes de choix pour guérir les traumatismes. »
La signature du manifeste européen s’est déroulée en présence des élèves d’une classe internationale du lycée Jean-Bart de Dunkerque, à l’initiative du projet MAPAix, lancé en mars 2025 en collaboration avec des lycéens originaires de Boutcha, ville martyre d’Ukraine.
Ensemble, ils et elles ont échangé pour construire une carte interactive présentant les lieux de mémoire à Dunkerque, en Ukraine et au-delà, à travers l’Europe. Cartographie finalisée et présentée en février dernier à Dunkerque lors d’un séjour “de répit” proposé aux jeunes de Boutcha par la Communauté Urbaine de Dunkerque.
Prochain rendez-vous : le 7ème colloque des Villes Mémoires, qui se déroulera à Bologne et Marzabotto du 2 au 4 octobre. Malgré la guerre qui la ravage, l’Europe de la paix continue à avancer.
18 Villes-mémoires
Peu après le lancement du “réseau des villes-mémoire”, y ont adhéré les villes de Rostock (Allemagne), Ypres (Belgique), Szczecin (Pologne), Gdansk (Pologne), Coventry (Royaume-Uni) Guernica (Espagne), Saint-Pétersbourg (Russie), Volgograd (Russie), Bizerte (Tunisie), Caen, Le Havre, Oradour-sur-Glane, Ouistreham, Saint-Nazaire, Hwaseong (Corée du Sud), Krefeld (Allemagne), Boutcha (Ukraine) ou encore Hiroshima (Japon).
La liste n’est malheureusement pas exhaustive…
Retrouvez ici le texte de L’engagement de Bruxelles
