Avec Draisy, une révolution sur les rails
Présenté au congrès de Régions de France à Strasbourg, le train autorail léger conçu par la société Lohr doit permettre de relancer les petites lignes ferroviaires tout en conciliant écologie et réduction des coûts d'exploitation.
Philippe Martin
Ce fut le moment le plus ensoleillé et, à coup sûr, le plus convivial du dernier congrès de Régions de France. Le 25 septembre, devant le Palais des Congrès de Strasbourg, de nombreux invités ont assisté à un moment à la fois sympathique et solennel : le dévoilement de la nouvelle rame Draisy, conçue par la société Lohr spécialement à l’usage des territoires ruraux.

Sympathique car cette Draisy (ses concepteurs ont décidé qu’elle serait du genre féminin) a une bonne bouille, tout en hauteur et en couleur, en l’occurrence un bleu-vert du plus bel effet. Ceux qui ont eu la chance de monter à l’intérieur de ce prototype ont pu assister à une projection en 3D de la Draisy en train de rouler sur des voies campagnardes, le paysage verdoyant défilant tout de même assez vite (elle peut atteindre les 100km/h) et les larges baies vitrées permettant aux passagers de l’apprécier en toute quiétude.
Confort, mobilité douce et adaptation aux passagers
Le tout dans un confort bien pensé, avec emplacements pour les vélos, zones de plain-pied pour les poussettes et les personnes à mobilité réduite, nombre de sièges modulable en fonction du nombre de passagers…
Solennel parce que, mine de rien, la Draisy sera appelée dans les années qui viennent à relancer les petites lignes ferroviaires, à répondre aux besoins de mobilité des territoires ruraux et à proposer un transport en commun particulièrement écologique : excusez du peu !
A présent que la structure est dévoilée, on peut aussi fournir quelques chiffres. La Draisy qui mesure 14 mètres pourra embarquer 80 passagers, dont 30 assis, à une vitesse maximale de 100 km/h. Son poids (20 tonnes) est inférieur de plus de la moitié à celui d’un autorail classique (pour mémoire un Train Express Régional pèse 160 tonnes !), ce qui épargnera les voies et réduira du même coup les frais de maintenance. Et son coût d’exploitation sera inférieur de 60 % à celui d’un train classique.

Dotée d’une autonomie de 100 km, la Draisy pourra se recharger en gare en moins de deux minutes. Et on ne parle pas là d’un véhicule de science-fiction : Lohr, qui l’a conçu, et la SNCF, qui va l’exploiter, ont annoncé le début des essais roulants “réels” pour début 2027 sur la ligne Sarralbe-Kalhausen, et une commercialisation à partir de 2028, au prix d’environ 1 M€ l’unité.
Si les essais s’avèrent fructueux, le Grand Est qui l’accueille depuis le début sera évidemment le mieux placé pour faire circuler ses Draisy sur les lignes dites de “desserte fine”. Mais on peut imaginer que d’autres Régions vont s’engouffrer dans la brèche : les petites lignes, généralement peu électrifiées, représentent 9.000 km de voies, dont 5.700 ne sont plus exploitées, soit un tiers du réseau ferré français !
Des trains électriques à batteries
Ces nouvelles “rames sur batteries” ont donc toutes les chances de répondre à un réel besoin, et de révolutionner le transport en commun en secteur rural. « Nous avons fait le pari d’un véhicule qui embarque une batterie, proche d’une batterie de bus en quelque sorte, et qui donc permet de ne pas réinvestir sur des infrastructures coûteuses que sont les caténaires », précise Marie-José Navarre, vice-présidente de Lohr au moment de la présentation.
Et pour Franck Leroy, président de la Région Grand Est, qui soutient le projet depuis les origines (projet cofinancé par l’Etat dans le cadre de France 2030), « c’est une attente et même un véritable espoir pour nos habitants de revoir ces trains circuler ». Il faudra juste encore un peu de patience.
Des usines Lohr sur trois continents
La société Lohr, dotée d’usines installées sur trois continents, emploie 2.000 collaborateurs dans la conception, la fabrication et la commercialisation de systèmes de transports de biens et de personnes. Son siège social est à Hangenbieten, et son premier site industriel à Duppigheim, deux commune situées dans la périphérie de Strasbourg.
