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Propos recueillis par Philippe Martin
1 juillet 2018
Homepage : En septembre dernier, Stéphane Bern était un des invités du congrès de Régions de France, ici dans un de ses sites préférés, le château de Chambord. Ci-dessus : Stéphane Bern a pris l’habitude de travailler avec les présidents de région. Ici avec Philippe Richert, ancien président de la région Grand Est, et François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire. © Hugues-Marie Duclos Régions Magazine.

Les quatre vérités de M. Patrimoine

Nommé par le président de la République, l’animateur de télévision s’est lancé dans un inventaire des richesses de nos territoires. Stéphane Bern a reçu beaucoup de soutiens, mais aussi pas mal de coups. Il s’est confié à Régions Magazine.

Stéphane Bern est un amoureux du beau langage. Mais c’est aussi un homme de parole. Au dernier congrès de Régions de France, à Orléans, où nous l’avions rencontré, il s’était engagé à faire pour Régions Magazine, un point précis sur la mission que lui a confiée le président de la République Emmanuel Macron, celle d’établir une liste des monuments et des sites en péril. Engagement tenu : huit mois après le démarrage de ce travail de bénédictin, Stéphane Bern est revenu sur ses tenants et ses aboutissants, sur les obstacles qu’il a rencontrés, et aussi sur son amour pour les territoires.

C’est qu’elle n’est pas de tout repos, cette mission. Le populaire animateur, l’ami des grands de ce monde et des têtes couronnées, le pétulant présentateur de “Secrets d’Histoires” ou du “Village préféré des français”,n’est pas un homme du sérail. Il n’est pas historien, n’émarge pas au ministère de la Culture, bref il n’est pas un de ces “professionnels du patrimoine” qui l’ont violemment attaqué et dont il n’a pas hésité à dénoncer les lacunes : “si ces professionnels avaient autant de talent, sans doute notre patrimoine serait en bonne santé”, avait-il lancé en septembre dernier, répondant aux historiens pour qui sa nomination était “une véritable gifle aux professionnels qui travaillent dans l’ombre sur ces thématiques” (Nicolas Offenstadt, maître de conférences à la Sorbonne). Or le tableau que dresse le journaliste-présentateur-écrivain est des plus inquiétants. Notre petit patrimoine historique est en piètre état. Pire : derrière lui, ce sont nos territoires ruraux qui dépérissent, ceux dont il s’est fait depuis longtemps le défenseur.

Régions Magazine : Qu’est-ce qui vous amené à accepter la mission que vous a confiée le président de la République ?

Stéphane Bern : Il faut d’abord partir d’une idée toute simple : le patrimoine ne représente ni une charge, ni un coût. C’est une ressource, un investissement. Un patrimoine en bon état fait venir du monde, redonne de la fierté aux habitants. Un site restauré devient aussitôt une destination touristique qui génère du chiffre d’affaires. C’est évidemment très positif que nos collectivités consacrent autant d’argent au social et au développement économique. C’est dommage qu’elles en consacrent aussi peu à la conservation et à la rénovation de leur patrimoine. Dès lors que l’on me proposait, au plus haut niveau de l’Etat, de leur venir en aide, il m’était bien difficile de refuser. Car je tiens à le rappeler, je suis là pour aider, pas autre chose.

RM : Justement, où en êtes-vous de cette mission ?

SB : Je crois pouvoir affirmer que l’on avance bien. D’abord, nous avons répertorié un certain nombre de monuments ou de sites à sauver, puis nous avons établi des priorités, pour parvenir à une première liste de 250 qui vont être aidés. Et contrairement à ce que l’on a raconté, il n’y a pas que des châteaux et des églises, mais aussi des ponts, des fours à pains, des lavoirs, des moulins… Parallèlement, j’ai pu mettre en place l’idée d’un “Loto patrimoine” (lire en encadré), pour lequel nous attendons des retombées financières d’environ 15 M€. Ce n’est évidemment qu’une mise de départ, mais nous espérons que cette somme créera en quelque sorte un effet-levier pour la suite.

RM : Apparemment cela n’a pas été simple…

SB : Non, en effet ! Il a fallu en convaincre du monde pour concrétiser une idée qui paraissait pourtant de bon aloi, mais que personne n’avait réussi à mettre en place jusqu’à présent. Les blocages étaient nombreux, en particulier au niveau du ministère des Finances… Alors que nous devions signer la convention avec nos partenaires (Française des Jeux, Fondation du Patrimoine), nous avons appris que la signature était remise, sans aucune explication ! Il a fallu un soutien très prononcé du chef de l’Etat pour débloquer la situation et franchement, ç’aurait été dommage de ne pas y arriver.

“Les Français se sont formidablement mobilisés. Je travaille aussi avec des maires, des présidents de région…”

 

Les Français vont pouvoir jouer, et, sur la base d’une mise de départ un peu élevée, 15 euros, réaliser un geste citoyen. Cela nous permet de toucher un autre public, qui se sent concerné par les “vieilles pierres” mais ne sait pas comment contribuer à leur rénovation. Les monuments qui seront ainsi aidés seront fléchés, région par région, avec en priorité une quinzaine de lieux emblématiques extrêmement variés, qui vont du site archéologique au patrimoine ouvrier. Dans cette opération nous avons bénéficié du soutien actif de la Fondation du Patrimoine, et nous avons donc signé une convention commune avec elle et la Française des Jeux.

RM : Qu’est-ce qui vous a le plus étonné depuis que vous avez commencé ce travail ?

SB : Sans hésiter, la formidable mobilisation des Français ! Quand on leur parle de leur patrimoine, cela fait immédiatement écho. De nombreux élus m’ont également aidé en m’envoyant des dossiers qui restaient bloqués jusque-là. Je travaille avec des maires, avec des présidents de région. Je suis souvent en Auvergne-Rhône-Alpes, dans les Hauts-de-France, là je pars pour la Normandie pour l’émission “Le village préféré des Français”. Tenez, dans les Hauts-de-France, je me passionne pour des sites comme Château-Thierry et Villers-Cotterêts dans l’Aisne, il y a moyen d’y créer un pôle qui va faire rayonner toute une région autour de monuments historiques et d’écrivains comme La Fontaine et Alexandre Dumas.

La presse locale me soutient aussi en relayant nos initiatives ; quand nous avons publié la liste des 250 premiers sites, beaucoup ont été repris par les antennes régionales de France 3. Surtout, au-delà de toute ceci, on sent que le patrimoine est en train de redevenir un sujet d’intérêt général.

“J’ai été ressenti dès le départ comme un corps étranger aux yeux de cette aristocratie de hauts fonctionnaires qui vivent parfois complètement hors-sol, très, très loin des territoires et de leurs réalités…”

 

RM : Et votre principale déception ?

SB : Celle d’avoir été ressenti dès le départ comme un corps étranger aux yeux de cette aristocratie de hauts fonctionnaires qui se cooptent les uns les autres et qui vivent parfois complètement hors-sol, très, très loin des territoires et de leurs réalités…

Mais il y a plus grave : c’est l’état de notre patrimoine. Il est très dense, très riche, très varié, mais souvent dans un bien triste état. Vous savez comment je m’en rends compte ? C’est que j’ai de plus en plus de mal à trouver des bonnes candidatures pour l’émission “Le village préféré des Français”. On a détruit des centres-villes, on a massacré la beauté de nos villages par goût du profit.

Moi, j’ai la passion de nos territoires ruraux, il faut absolument les protéger, rééquilibrer l’investissement qui part vers les grandes métropoles au détriment de nos campagnes. Il faut convaincre l’Etat et les élus de protéger davantage nos centres-bourgs, de les restaurer. Notre patrimoine rural, c’est une chance, c’est une industrie, cela procède de l’attractivité de la France. C’est un enjeu majeur d’aménagement du territoire.

 


Lire la suite de l’interview dans le numéro 143 de Régions Magazine, en vente en kiosque.


 

Un Loto “spécial patrimoine”

Cela peut paraître anodin, mais c’est une des principales victoires de Stéphane Bern dans le cadre de sa mission : à l’occasion des Journées européennes du patrimoine au mois de septembre, un jeu de grattage et un tirage spécial du Loto seront destinés au patrimoine. Les tickets vendus 15 euros seront imprimés à l’effigie d’une quinzaine de monuments à sauver en priorité. La part des recettes revenant à l’Etat, estimée à 15 M€, sera reversée pour moitié à la Fondation du Patrimoine, afin de financer rapidement les travaux dans les monuments jugés prioritaires. La seconde moitié sera répartie entre une centaine d’autres sites. L’idée étant, à partir de cette première initiative, de lancer d’autres projets de mécénat populaire.

Le 13 février à l’Elysée, signature de la convention par Guillaume Poitrinal, président de la Fondation du Patrimoine (assis à gauche) et Stéphane Pallez, PDG de la Française des Jeux (debout à droite), en présence d’Emmanuel Macron, de Stéphane Bern et de la ministre de la Culture Françoise Nyssen.
© Ministère de la Culture.

 

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