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LA VIE DES RÉGIONS
Philippe Martin
26/03/2020
Élisabeth Borne et sa secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, le 21 février à Colmar.

L’après-Fessenheim

Le premier réacteur de la doyenne des centrales nucléaires françaises s’est arrêté le 22 février. En principe, le second cessera également de fonctionner le 30 juin prochain. Une décision historique, puisque c’est la première fois dans notre pays qu’une centrale en parfait état de marche est ainsi « débranchée ». La décision avait été prise par François Hollande, dès le début de son quinquennat, elle a finalement été appliquée par Emmanuel Macron. « Victoire pour l’environnement » pour certains, « gâchis industriel » pour d’autres : quel que soit l’avis que l’on porte, il faut maintenir faire face à l’après-Fessenheim.

Car les conséquences pour l’emploi local et pour l’activité économique de tout un territoire sont évidemment énormes. Fessenheim, mise en service en 1978, c’était 12 milliards de KWh (soit 80 % de la consommation électrique de l’Alsace), c’était aussi 850 salariés à EDF, 350 salariés permanents d’entreprises prestataires, et jusqu’à 3.000 salariés lors des nombreuses opérations de maintenance. Si les agents EDF ne sont pas licenciés, ils sont déployés sur d’autres sites à travers la France, ou « recasés » dans d’autres entreprises.

Poumon économique

Pour les collectivités locales, c’est un poumon économique et financier qui disparaît. Si l’Etat s’est engagé à indemniser EDF à hauteur de 400 M€ d’ici 2025, les élus locaux, qui vont se trouver privés de 14 M€ de recettes fiscales, n’ont jusqu’à présent rien vu venir. « Presque un an après la signature par l’Etat et les collectivités locales du projet de territoire qui se voulait le point de départ d’un nouvel élan pour l’avenir de notre bassin de vie, force est de constater qu’il n’en est rien », ont affirmé le 18 février les élus de Fessenheim et du Pays Rhin-Brisach (29 communes). « Comment est-ce qu’on va vivre ? », avait lancé le maire de Fessenheim Claude Brender.

Etaient notamment prévus dans ce « projet de territoire » signé par le ministre de l’époque François de Rugy, la création d’une zone économique franco-allemande longeant le Rhin, ou le développement de port fluvial de Colmar-Neuf-Brisach. Mais il ne s’est strictement rien passé depuis, et aucune entreprise n’est venue s’installer.

Le 21 février, la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne s’est rendue en urgence à Colmar, pour y confirmer la création d’un « technocentre pour le recyclage des matériaux métalliques », permettant de valoriser les déchets à très faible activité radioactive. Elle a également annoncé la désignation d’un « commissaire à la reconversion du territoire de Fessenheim », chargé de l’animation de l’ensemble des actions de reconversion. Des annonces qui ont laissé les élus locaux sur leur faim.

La phase préparatoire au démantèlement devrait durer jusqu’en 2025, avec notamment l’évacuation du combustible nucléaire. A terme, il devrait rester 60 salariés sur le site.

Ph.M.

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