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Philippe Martin
07/01/2022
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Le 17 octobre, inauguration par Caroline Cayeux d’un nouvel espace équipé de jeux vidéo coopératifs à la médiathèque de Beauvais. Les villes moyennes ne cessent de renforcer leurs équipements, y compris dans le domaine culturel.

« Nous accompagnons tous les territoires »

Pour la présidente de l’ANCT et maire de Beauvais Caroline Cayeux, les dispositifs mis en place depuis deux ans permettent de remédier aux déséquilibres nés des nouvelles attractivités.

Elle a été sénatrice de l’Oise, conseillère régionale de Picardie et surtout, depuis le 25 mars 2001, maire de Beauvais. Réélue pour la quatrième fois aux dernières municipales de mars 2020, avec plus de 50 % de voix dès le premier tour, Caroline Cayeux (DVD) aurait pu se contenter de ce mandat de maire qui la passionne, d’autant qu’il se double de la présidence de la Communauté d’Agglomération du Beauvais.

Mais ce serait bien mal connaître celle qui préside également, depuis 2014, la Fédération des Villes de France. Lorsqu’en fin 2019 l’exécutif lui a suggéré de prendre la présidence de la toute nouvelle ANCT (Agence nationale de cohésion des territoires), fruit de la fusion de plusieurs organismes d’aménagement jusque-là éparpillés, elle n’a pas hésité, s’est présentée et y a été élue à l’unanimité. Voyant là le moyen de rééquilibrer notre pays au profit de ces “territoires” que l’on dit parfois abandonnés de la République. Depuis, elle n’a pas regretté son choix, et s’en explique pour Régions Magazine.

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Caroline Cayeux a répondu aux questions de Régions Magazine.

Régions Magazine : La pandémie et les confinements successifs ont modifié la façon dont les Français, en particulier les urbains, envisagent les “territoires”, renforçant notamment leur envie de venir habiter dans des villes moyennes, voire des villages. En tant que maire d’une ville de 58.000 habitants et que présidente d’une communauté d’agglomération qui compte 53 communes, dont certaines atteignent à peine 20 habitants, ressentez-vous ce phénomène ?
Caroline Cayeux : Il est clair que la crise sanitaire a suscité chez certaines familles un véritable traumatisme, que les périodes qu’elles ont vécues, enfermées dans de petits appartements à Paris, en banlieue ou plus généralement dans une grande ville, ont laissé des traces très négatives et durables.
Si je prends le cas de Beauvais, il faut d’abord rappeler que nous sommes dans la continuité de ce que nous connaissons déjà depuis plusieurs années : nous avons gagné 1.800 habitants entre 2014 et 2020, en particulier grâce au programme de rénovation urbaine que nous avons mené à bien.
Il est clair que le phénomène s’est amplifié ces derniers mois : les notaires sont assaillis de demandes, surtout pour des maisons avec des petits jardins, et il n’y a pas assez d’offres pour y faire face. Cela ne concerne d’ailleurs pas que Paris. J’ai en tête le cas d’une habitante de l’Oise, dont la mère s’est retrouvée seule à Toulouse. Cette jeune femme avait le choix entre partir rejoindre sa mère à Toulouse, ou la faire venir dans l’Oise. Elle n’a pas eu envie d’aller vivre dans une grande ville comme Toulouse, elle a donc accueilli sa maman chez nous. Même si Toulouse est une très belle ville !
Les explications sont nombreuses : la qualité de l’environnement, de l’enseignement, le fait pour les enfants de pouvoir aller à l’école à pied ou à vélo, la possibilité de consommer des produits sur des circuits courts. Mais pas seulement : nous avons ici une importante plateforme de l’enseignement supérieur qui permet aux jeunes d’effectuer leurs deux premières années de fac sans quitter Beauvais, nous avons une grande école d’ingénieurs en agriculture, une offre culturelle importante avec une Scène Nationale…

Beaucoup de villes moyennes ont réalisé des efforts semblables ces dernières années, renforçant leur attractivité, et le phénomène n’a fait que s’amplifier avec le Covid.
De plus nous pouvons proposer sur place de nombreux emplois. En fait nous n’avons qu’un handicap majeur : en train, il est impossible de faire Paris-Beauvais en moins d’une heure un quart, et c’est trop long ! C’est pourquoi nous attendons beaucoup de l’ouverture à la concurrence pour le ferroviaire, telle que le président de la Région Xavier Bertrand l’a décidée.

 RM : Quels sont les aspects négatifs de ce phénomène ?
CC : Il nous faut nous montrer très attentifs à plusieurs conséquences. D’abord, l’offre de service public doit être renforcée et diversifiée. Par exemple, nous ouvrons une crèche en centre-ville de Beauvais, ce qui n’existait pas jusqu’alors car nous n’en avions pas besoin.

Ensuite il nous faut veiller aux conséquences de ce que j’appelle la nouvelle attractivité invisible, en particulier à la hausse brutale du prix des logements. Dans l’Oise, des villes comme Senlis, Compiègne, Chantilly sont déjà concernées, et cela commence à Beauvais. C’est à surveiller de près, si nous voulons conserver un équilibre au sein de nos populations.

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Le Pôle Mobilités du Beauvaisis, un exemple original de soutien aux habitants.

RM : Vous avez été conseillère régionale de Picardie, avant la fusion. Pensez-vous que les Régions ont un rôle prééminent à jouer dans l’équilibrage de leurs territoires et dans les actions mener, par exemple contre la désertification médicale, ou les zones blanches ? Disposent-elles des compétences suffisantes ?
CC : D’abord, je dois reconnaître que je ne vois pas bien l’intérêt d’avoir agrandi les régions. Et je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que je trouve que Xavier Bertrand est un bon président de Région, un président qui écoute, qui a mis en place des dispositifs efficaces pour relancer l’emploi… Mais la Picardie offrait davantage de proximité que les Hauts-de-France, et, ici comme ailleurs, de nombreux agents publics ont quitté les anciennes villes-préfectures pour rejoindre les préfectures de région. Je pense qu’il faudrait revoir la répartition des compétences, et je trouve par exemple que les départements se sont trouvés requalifiés par la crise sanitaire et les confinements.
En revanche, sur le plan de la santé, nous avons pu constater que s’il y avait beaucoup de volonté de faire dans les territoires, il y avait beaucoup d’administration dans les ARS… Les Régions, mais aussi les maires, devront avoir un rôle plus important à jouer, notamment dans les hôpitaux, où nous, les maires qui y siégeons, ne sommes généralement que de simples potiches ! Les Régions doivent pouvoir intervenir davantage, mais les villes aussi : à Beauvais nous avons mis en place des aides pour le recrutement des médecins, nous avons créé des logements spécifiques pour accueillir de nouveaux médecins. Il nous faut lutter par tous les moyens contre le phénomène de désertification médicale.


RM : Pouvez-vous dire quelques mots sur le Pôle Mobilité du Beauvaisis, une initiative originale en soutien des habitants ?
CC: Bien sûr, c’est un endroit où nous réfléchissons aux besoins du territoire en termes de mobilité, à destination des personnes en difficulté d’insertion professionnelle, afin de les aider à trouver le bon service d’autocars, les bons trains…

Dans ce Pôle créé dès 2016, non pas au niveau de la ville de Beauvais mais de l’agglomération, nous allons plus loin, par exemple en prêtant des scooters électriques, en proposant une aide pour l’achat de vélos, ou en créant le “permis-citoyen”. Il s’agit d’une aide au permis de conduire, à destination des jeunes : en échange d’un travail dans une association ou un service public, nous lui payons le permis de conduire ! Toutes ces initiatives procèdent également de l’attractivité d’un territoire.

Propos recueillis par Philippe Martin

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le n°161 de Régions Magazine, actuellement en kiosque.

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