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Philippe Martin
04/05/2020
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Réunion par vidéoconférence entre le Premier ministre et les présidents de Région.

Le blog de Pierre Weill : En dépit du bon sens…

Pierre Weill revient sur les difficultés de l’exécutif face au coronavirus. Et il pose son diagnostic, implacable.

200331 Pierre Weill

Pierre Weill

Le “cri de colère” que j’ai poussé il y a quelques jours dans Régions Magazine a provoqué chez nos lecteurs un tel nombre de réactions positives que je crois utile d’aller plus loin aujourd’hui, pour compléter l’analyse que je fais de la façon dont la France est gouvernée, par-delà même les circonstances difficiles qu’elle traverse. Je devrais dire plutôt : de la façon dont la France est mal gouvernée. En dépit du bon sens.

Une remarque au préalable, que je me dois de faire par honnêteté intellectuelle : les responsables actuels ont eu à gérer un héritage. Ce ne sont pas eux qui ont créé une administration fondamentalement centralisatrice, couronnée par la forteresse imprenable de Bercy. Ce ne sont pas eux qui ont provoqué la déréliction des partis traditionnels – ils s’y sont employés eux-mêmes – en donnant leur chance aux extrêmes. Ce ne sont pas eux qui ont engendré la “fracture sociale”, ni affaibli la France par les 35 heures ou par un énorme endettement. En revanche, je leur reproche, à ces néophytes, d’avoir dans l’ivresse d’une victoire sans réel adversaire, accentué un à un les traits négatifs du paysage français, en prétendant qu’ils le renouvelleraient. Leur “nouveau monde” devait remplacer l’ancien, et tous ceux qui l’incarnaient.

Le premier résultat est flagrant et désolant au niveau des hommes : sauf quelques exceptions notables, le gouvernement est composé de personnalités sans doute pas plus idiotes qu’ailleurs, mais qui n’ont ni la dimension ni le sens des responsabilités que donne l’expérience. Des insuffisances que leur suffisance, leur arrogance même, ne peuvent dissimuler. Les trois années passées n’ont pas corrigé ce défaut initial. La faute sans doute tient-elle, par mimétisme, à la façon qu’avait le pouvoir élyséen de se comporter, comme si rien de ce qu’il avait décidé ne pouvait être contesté. De Gaulle, à qui l’on reprochait son “exercice solitaire du pouvoir”, avait su pourtant s’entourer de personnalités fortes, capables le cas échéant de lui dire non. Voir Giscard ou Pompidou. Depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron, devant la succession des mouvements populaires – Gilets jaunes, grèves provoquées par la réforme des retraites, protestations contre la réforme de l’assurance chômage – a promis à plusieurs reprises qu’il allait “changer”, personnellement et dans sa pratique des institutions. On n’a rien constaté de tel, une fois le danger conjuré… Il déclare à présent, face à la crise du coronavirus : “Sachons nous réinventer, moi le premier”. Nous ne pouvons qu’en accepter l’augure…

“Si la France était dirigée comme la plupart des Régions le sont, le pays serait depuis longtemps sorti du marasme économique”.

Ce qui est à réinventer, c’est l’organisation même du pays. Problème clé, car le centralisme bureaucratique n’a sans doute jamais été aussi loin dans l’étouffement des initiatives non estampillées “Bercy”. Paris contre le reste de la France, les Enarques contre les praticiens de l’économie ou les ingénieurs nombreux dans les territoires, cela demeure plus que jamais la réalité. Et pourtant, les collectivités locales ont démontré leur capacité à gérer leurs affaires. C’est particulièrement vrai des Régions : si la France était dirigée comme la plupart d’entre elles le sont, le pays serait depuis longtemps sorti du marasme économique, et sa dette aurait été sérieusement réduite – ce qui l’aurait placé en meilleure condition pour affronter le désastre provoqué par le virus.

De leur côté, les maires ont soudain retrouvé une cote qu’ils avaient perdue, comme en témoignait la suppression sans concertation de la taxe d’habitation. On redécouvre qu’ils sont par leur proximité de la population, leur capacité d’adaptation, leur vélocité, en mesure de répondre aux besoins de solidarité, et de combler les manques d’un Etat défaillant. Car la crise a cruellement souligné l’impuissance de celui-ci quand il reste figé dans sa culture jacobine. Comme, dans le même ordre d’idées, elle révèle la nocivité du non-cumul des mandats, qui coupe les élus nationaux de leurs racines nourricières locales.

On le constate maintenant, le diagnostic porté sur l’état de la France par Macron et son équipe n’était pas le bon. L’urgence n’était pas là où ils l’avaient mise, dans leurs cogitations de campagne électorale. Plutôt que de perdre son temps et son énergie à réformer les retraites, c’est d’une part à ce centralisme multiforme et inefficace, et de l’autre à la situation de l’hôpital qu’il fallait s’attaquer en priorité. On rétorquera qu’il est trop facile de le dire après coup, quand la nécessité s’est faite évidence. J’accepte cette critique, tout en rappelant que les avertissements n’avaient pas manqué, s’agissant en particulier de l’hôpital. Mais des origines technocratiques et la volonté obstinée de plaquer sur la société un programme préconçu, interdisent de percevoir la réalité telle qu’elle est, de mettre du bon sens dans les décisions. Cela vaut dans tous les domaines : je pense notamment à la fermeture maintenue de Fessenheim, mesure absurde prise pour complaire aux idéologues de l’écologie.

“La sémillante Sibeth Ndiaye, dont on se demande ce qu’elle fait encore au gouvernement après tant d’erreurs, pour ne pas dire tant de bêtises.”

Il est enfin un sujet qui me tient à cœur. La France n’est pas une dictature, et la communication gouvernementale n’est pas une censure. Mais je suis stupéfait devant la dernière initiative présentée triomphalement par la championne des gaffes en tous genres, j’ai nommé la sémillante Sibeth Ndiaye, dont on se demande ce qu’elle fait encore au gouvernement après tant d’erreurs, pour ne pas dire tant de bêtises. La dame, avec son aplomb habituel, a célébré l’installation sur le site officiel du gouvernement d’un « référencement » des sources d’information. Qu’il faille lutter contre les “fake news”, bien sûr. Les journaux s’y emploient d’ailleurs, c’est leur métier. Mais créer une sorte de “label” de qualité, certifié par le gouvernement, est ridicule, à moins que ce ne soit inquiétant pour l’exécutif lui-même : en prétendant valider une source, il ne fera que la décrédibiliser. J’ajoute qu’il faut de l’audace pour oser se présenter en parangon de vérité, quand on a accumulé les mensonges au début de la crise, quand on avoue soi-même “j’assume parfaitement de mentir pour protéger le président”…

Ainsi, de quelque côté que l’on se tourne, c’est le bon sens qui aura jusqu’ici le plus manqué à ceux qui nous gouvernent. Je leur dédie cette phrase de Napoléon : “La haute politique n’est que le bon sens appliqué aux grandes choses”.

Pierre Weill

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