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Philippe Martin
02/01/2024
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Fabien Felli dans l’usine de télécabines en Isère. Photo POMA.

La télécabine révolutionnaire de Saint-Gervais

La société POMA, installée à Voreppe, en Isère, vient encore d’innover avec son dernier modèle de télécabine. Explications avec son président Fabien Felli.

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Présentation de la future télécabine de Saint-Gervais. Photo POMA P. Deloches.

POMA, référence mondiale du transport urbain par câble, a accueilli récemment une délégation emmenée par Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais, sur son site de Veyrins-Thuellin (Isère), où se trouvent les ateliers Sigmacabins, spécialisés dans la fabrication de télécabines. Lors de cette visite, la cabine qui équipera l’Ascenseur des Thermes a été livrée par POMA à la mairie de Saint-Gervais, en présence notamment de Martial Saddier, président du Conseil Départemental de la Haute-Savoie. Cet équipement révolutionnaire et écologique, fonctionnant notamment grâce aux eaux usées, constitue une première nationale. Son ouverture est prévue au printemps 2024.

Liant le hameau du Fayet au centre de la commune de Saint-Gervais, il s’agit du premier ascenseur incliné à eaux usées de France. Reposant sur une approche technique unique, cet ascenseur a la particularité innovante de tirer profit du réseau d’eaux usées pour son fonctionnement.

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Deux exemples de la présence de POMA à l’étranger : les téléphériques d’Hadong en Corée et de Saint-Domingue. Photos POMA.

Fidèle à la démarche Life R’Way du groupe POMA visant à mettre l’innovation au service de l’environnement, l’Ascenseur des Thermes est écologique dans son fonctionnement. Le projet présente en effet une empreinte carbone réduite avec un système de ballast permettant une montée avec une faible consommation d’énergie et pouvant transporter jusqu’à 16 passagers par trajet. Il gravira en moins de 5 minutes, les 177 mètres de dénivelé qui constituent cette montée avec une pente de 44 degrés.

Ceux qui ont pu admirer Londres vue d’en haut en empruntant la Grande Roue, plus connue sous le nom de “London Eye”, ne savent sans doute pas qu’elle a été conçue et construite en région Auvergne-Rhône-Alpes, très exactement à Voreppe, par une société bien française : POMA. Même chose pour la “High Roller” de Las Vegas et celle de Dubaï, la plus haute du monde puisqu’elle culmine à 250 mètres d’altitude, et dont POMA a conçu les capsules inédites, pouvant accueillir chacune 40 personnes !

Mais il ne s’agit là que de la partie la plus spectaculaire de l’activité de la firme, fondée en 1947 par Jean Pomagalski à Grenoble, créateur du premier téléski de Val d’Isère dès 1936. La société, qui a intégré le groupe italien HTI en 2000, s’est développée autour d’un savoir-faire unique, la fabrication de systèmes de transport par câble. Un transport modal décarboné avant l’heure : « nous avons fait de l’industrie verte bien avant que l’expression existe », sourit son actuel président Fabien Felli, qui a pris la tête de l’entreprise l’an dernier, succédant à Jean Souchal.

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Deux exemples de la présence de POMA à l’étranger : les téléphériques d’Hadong en Corée et de Saint-Domingue. Photos POMA.

Pour ce “jeune ancien” de Matra, Thalès ou Airbus, la vocation de POMA relève d’une « démarche environnementale assumée et déterminée. D’abord en raison de notre production elle-même : nous sommes clairement dans la mobilité douce, qu’elle soit aérienne ou au sol (NDLR : POMA conçoit par exemple des transports intérieurs pour les aéroports de Miami ou du Caire). Ensuite par le type d’énergie que nous utilisons : électricité, biocarburant, hydrogène vert, bio-GLV ».

Enfin, et peut-être surtout, parce que la démarche de production elle-même se veut inscrite dans le durable. « Je prends un exemple, explique Fabien Felli : nous avons travaillé avec Michelin sur un nouveau système de bandage pour les galets des téléphériques, avec à la clef des performances enviables sur le plan de l’environnement : 10 % de gain de consommation, 15 tonnes de CO2 évités par an sur une télécabine urbaine, 15 % de vibrations en moins donc moins de bruit, 16 % de matériaux durables et biosourcés. Et une durée de vie doublée ! »

« De surcroît, s’enthousiasme le chef d’entreprise, ce bandage a fait l’objet de deux brevets déposés par deux entreprises françaises, et même régionales puisque toutes deux installées depuis des décennies en Auvergne-Rhône-Alpes : nous sommes bien sur des circuits courts de conception et de production. Et nous sommes ainsi sans arrêt à la recherche de solutions bénéfiques quant à notre impact environnemental ».

Il faut ajouter à cela qu’un téléphérique comme celui de Toulouse, qui permet de franchir en dix minute une colline, un fleuve et des boulevards périphériques, représente une sacrée économie de carburant, quand on songe qu’il a déjà transporté 1,6 million de Toulousains dès sa première année de fonctionnement (lire le reportage dans le n° de septembre de Régions Magazine). Car la France se met peu à peu à ce mode de transport urbain, avec les télécabines de Saint-Denis de La Réunion ou d’Ajaccio, en attendant la future liaison aérienne par câble de Grenoble.

Même si jusque-là POMA s’était spécialisée dans des destinations plus “exotiques”, comme le téléphérique de New York reliant Manhattan à Roosevelt Island, les télécabines de Medellin en Colombie (6 lignes), ou encore de Saint-Domingue, de Nijni Novgorod en Russie (3,6 km au-dessus de la Volga !). Et bientôt Antananarivo (Madagascar) et la première ligne de transport urbain d’Oulan-Bator, en Mongolie…

« Et tout cela est conçu et élaboré en France, énonce avec une pointe de fierté Fabien Felli, ici on fabrique, on peint, on soude dans un esprit à 100 % “industrie verte” ! La plupart de nos sous-traitants sont également français, voire régionaux. Nous arrivons même, comme à Saint-Gervais à récupérer des eaux usées qui servent de ballast pour notre télésiège débrayable… ». Le tout structuré par LIFE R’Way, démarche d’innovation qui garantit l’approche “faible impact” de POMA.

Philippe Martin

Lire la suite du reportage dans le n°169 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.

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