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Philippe Martin
17/07/2020
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Au moment de son élection à la présidence du CdR en février dernier.

« La politique de cohésion est la clef de l’Europe ! »

Dans une interview exclusive à Régions Magazine, le président du CdR Apostolos Tsitsikostas commente le plan de relance adopté par la Commission européenne, et exprime sa vision de la décentralisation.

Lors de son élection le 12 février dernier à la tête du Comité européen des Régions, le Grec Apostolos Tsitsikostas, qui est aussi gouverneur de la région de Macédoine Centrale, avait adopté un ton résolument offensif, laissant apparaître sa volonté de faire entendre de façon puissante et soutenue la voix des régions et des villes d’Europe, au moment où s’ouvraient de difficiles négociations sur l’avenir des fonds européens, le tout sur fond de Brexit.

Depuis, l’épidémie de Covid-19 est passée par là, frappant de plein fouet les économies mondiales, et rendant plus cruciaux que jamais les accords financiers entre les partenaires européens. Pour Régions Magazine, Apostolos Tsitsikostas a accepté, dans un français parfait, de commenter le plan de relance présenté par la Commission européenne, et d’envisager l’avenir au nom du million d’élus locaux et régionaux de l’Union européenne.

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Le président en compagnie d’une des élues françaises du CdR, Isabelle Boudineau, vice-présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Régions Magazine : Le plan de relance et le cadre financier pluriannuel proposés par la Commission européenne semblent avoir satisfait les membres du Comité européen des régions. Pouvez-vous le confirmer ?

Apostolos Tzitzikostas : Nous sommes d’autant plus satisfaits, que le plan de relance présenté par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a intégré la grande majorité des éléments-clés que nous avions réclamés. Et qu’il constitue une réponse claire aux populistes, en démontrant la valeur ajoutée de l’Union européenne.

Nous avons travaillé sans cesse, avec les élus régionaux et locaux, pour soumettre nos propositions, et nous sommes réellement contents de l’impact que celles-ci ont eu sur les autres institutions européennes, à commencer par la Commission

Je vous rappelle que ce plan de relance prévoit 500 milliards d’euros sous forme de subventions, auxquelles vient s’ajouter un plan spécifique pour la santé, permettant d’améliorer les équipements sanitaires des villes de l’UE. Il faut y ajouter un investissement de 373 Md€ consacré à la politique de cohésion, avec des ajouts significatifs sur le développement rural, mais aussi tout un train de propositions concernant le tourisme, la culture, le soutien aux PME.

Je pense pouvoir affirmer qu’avec ce plan, nous sommes sur le bon chemin.

RM : Les régions et les villes vous semblent-elles constituer l’échelon pertinent pour décliner les mesures économiques décidées par l’Europe ?

AT : Non seulement elles sont l’échelon pertinent, mais elles sont le seul échelon qui permette de décliner ce plan localement, et d’éviter toute centralisation excessive ! Il est indispensable à nos yeux que les collectivités régionales et locales soient pleinement et étroitement impliquées dans la mise en œuvre de ce plan.

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Le comité européen des régions et des villes siège à Bruxelles (ici en assemblée plénière).

En 2021, le Comité européen des régions va participer en France, avec les grandes associations d’élus, à un vaste débat sur le rôle de la décentralisation.

Je dois dire que l’on vit actuellement un mouvement de fond : tous les pays, je dis bien tous les pays, ceux du Nord comme ceux du Sud, semblent prêts à accepter une étape de décentralisation supplémentaire. Si je prends le cas de la France, que je connais bien, nous avons décidé d’organiser dans le courant de l’année 2021 un large débat en nous appuyant sur les trois niveaux de collectivités – régions, départements, villes – et leurs associations représentatives, afin de dégager ensemble des moyens d’aider à cette décentralisation, de la rendre la plus efficace possible.

Mais nous avons déjà commencé à travailler ensemble. Par exemple le Comité européen des régions a créé une « plateforme anti-Covid » qui a reçu plus de 240 contributions de toute l’Europe, dont 25 de la France. Nous sommes à présent en train de résumer tout cela pour faire remonter à Bruxelles les bonnes pratiques et les solutions mises en œuvre. En octobre nous allons créer un « baromètre régional et local » focalisé sur le Covid, qui permettra d’avoir une vision instantanée du virus, et de ses conséquences dans les régions et les villes.

Nous participerons évidemment à la conférence sur le futur de l’Europe, en apportant la contribution du million d’élus régionaux et locaux de l’UE que nous représentons.

RM : Lors de votre élection, vous avez donné l’impression de vouloir peser davantage sur les décisions de l’UE. Comment mieux peser au niveau des instances européennes ?

AT : Comme je vous l’ai dit, le plan présenté par la Commission répond en grande partie à nos attentes. Encore une fois, il met en valeur la politique de cohésion, outil indispensable pour favoriser la reprise économique, et lutter contre les disparités régionales. Avec notre million d’élus, nous sommes fermement décidés à faire avancer l’Europe dans ce sens.

Propos recueillis par Philippe Martin

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le numéro 154 de Régions Magazine, actuellement en kiosques.

Avec notre numéro de décembre, un supplément exceptionnel de Régions Magazine consacré à l’Europe

Notre revue publiera avec son numéro de fin d’année (parution début décembre) un supplément exceptionnel réalisé en coopération avec le Comité européen des régions. Ce numéro présentera en détail l’action du CdR, les élus locaux, départementaux et régionaux qui y siègent au titre de la France, et reviendra sur l’action de l’UE et ses conséquences dans nos différentes régions.

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