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Par Philippe Martin
21 juillet 2018
Homepage : les futurs dirigeables sont conçus pour travailler en forêt, sur le transport du bois. Ci-dessus : voilà à quoi ressembleront les ballons lorsqu’ils ne seront plus… d’essai. © Flying Whales.

La Nouvelle Aquitaine monte en ballon

La Région est entrée au capital de Flying Whales, une société qui développe un projet de construction de dirigeables dédiés au transport des charges lourdes. Provence-Alpes-Côte d’Azur et Île-de-France sont également sur le coup.

La nouvelle est passée quelque peu inaperçue, et pourtant elle symbolise assez bien la stratégie de développement économique des Régions en matière de transport. Non les Régions, ce n’est pas que les trains (même si cela pèse singulièrement dans les budgets régionaux !). C’est ainsi que la Nouvelle-Aquitaine a décidé d’investir dans une société installée en banlieue parisienne, Flying Whales, qui s’est spécialisée dans la conception de dirigeables pour transport de charges lourdes.

Le point de départ ? Une demande émanant de l’ONF (Office National des Forêts). Il ‘agissait de répondre à un besoin vital pour l’industrie du bois : accélérer le transport de bois depuis les lieux de coupe jusqu’aux scieries. Impossible de créer des routes à travers des forêts, l’hélicoptère était trop coûteux. C’est alors qu’est venue l’idée de créer un dirigeable susceptible à la fois de supporter de lourdes charges et de rester en vol stationnaire le temps du chargement.

La société Flying Whales est alors créée à Colombes (Hauts-de-Seine) par Sébastien Bougon, en 2013. Au départ, un bureau d’études, chargé de répondre à plusieurs défis de conception, puisqu’il s’agit de faire voler un dirigeable de 150 mètres de long, haut comme un immeuble de douze étages, et capable de supporter une charge utile supérieure de vingt fois à ce que peut transporter un hélicoptère ! Cette phase d’ingénierie s’est achevée l’an dernier avec succès, mais pour passer à celle de la production industrielle, la petite société a besoin de financements.

C’est alors qu’interviennent deux partenaires de choix. Bpifrance accepte de participer à hauteur de 25 M€, en subventions et avances remboursables, dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’est vu attribuer le “pôle dirigeables” au titre de la “Nouvelle France industrielle”, donne aussi un coup de pouce, d’autant que, depuis le départ, la future usine d’assemblage des dirigeables est censée s’installer à Istres (Bouches-du-Rhône), non loin de la base militaire 125.

Plus surprenant, la région Nouvelle-Aquitaine décide elle aussi de s’insérer dans le tour de table. Le 17 novembre 2017, la Commission permanente du conseil régional souscrit un montant de 2,6 M€ sous forme d’actions, aux côtés de l’Office national des Forêts, et de la société chinoise AVIC General France, filiale d’Aviation Corporation of China General, spécialisée dans la construction aéronautique militaire et civile. Pour prendre sa décision, la Région s’est fondée sur une “analyse poussée de la situation financière de l’entreprise et de ses perspectives d’évolution”, sur la base d’un rapport établi par le Cabinet Deloitte Finance.

Mais qu’est-ce que la Nouvelle-Aquitaine vient faire à bord de ce voyage en ballon ?“Tout simplement, explique-t-on à la Région, parce que la majeure partie des coûts de développement sera confiée à des sous-traitants locaux, répartis à travers le territoire régional (lire en encadré). De plus notre programme de recherche et développement nous permet de collaborer à travers ce projet avec des leaders nationaux comme l’ONERA (Office national d’études et de recherches aérospatiales sur l’aérodynamique), avec Zodiac Aerospace sur la fabrication de l’enveloppe, ou encore avec Air Liquide sur le gaz des ballasts.”

Quelle région accueillera la ligne de production ?

Il y a encore une autre raison à cet intérêt : c’est le souhait d’accueillir soit la future ligne de production, soit la prestation de services, sur le territoire néo-aquitain. “Nous sommes historiquement redevables à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui nous a soutenus dès le démarrage du projet, explique Clément Barthe, directeur de la production à Flying Wheels. Mais l’implantation sur le site d’Istres n’est plus forcément avérée aujourd’hui. Nous nous heurtons en effet à deux handicaps. La proximité de la base aérienne n’est finalement pas un atout, la cohabitation dirigeables-avions de chasse n’était pas évidente à gérer. De plus c’est une zone très sensible au mistral, ce qui n’est pas un atout pour les tests de vol. Pour autant, et malgré l’intérêt que nous porte le président du conseil régional Alain Rousset, nous n’avons pas pris l’engagement de nous installer en Nouvelle Aquitaine. Par ailleurs nous avons également des contacts avec la région Île-de-France, où nous sommes implantés depuis l’origine”.

On le voit, les Régions jouent et joueront un rôle actif dans le développement futur de ce mode de transport écologique. Dont on attend avec impatience de le voir fonctionner autrement que sur les photos présentées par la firme.“Actuellement nous sommes en train de franchir les étapes de certification pour pouvoir voler, précise Clément Barthe. Nous y travaillons avec le concours des techniciens d’Airbus, et de spécialistes chinois de la société AVIC. Nous passerons ensuite à la validation définitive du concept, puis au design 3D, puis à la phase de critical design, avant d’enclencher les phases de construction (2021), de vol (2022) et de mise en service (2023). L’objectif est de produire à cette date une douzaine de dirigeables en France, et à peu près le même nombre sur un site de production en Chine”.

D’ici là, les discussions se poursuivront avec les Régions intéressées par l’implantation des lignes de production”,complète Romain Schalkemarketing managerde la firme. Sans que l’on puisse dire pour l’instant qui sera du voyage… en ballon.

 


Un écosystème favorable

On ne sait pas encore si les dirigeables seront effectivement assemblés en Nouvelle-Aquitaine, mais si c’est le cas, ils s’insèreront dans un écosystème favorable. En effet, on trouve déjà dans la région plusieurs entreprises qui, d’une façon ou d’une autre, œuvrent dans ce secteur d’activités. A commencer par Epsilon Composite, un des leaders européens des matériaux composites, installé à Gaillan-en-Médoc (Gironde). Grâce à une technologie protégée de tissage de la fibre de carbone (dite carbone pultrudé), indispensable dans la structure rigide des dirigeables, la société réalise aujourd’hui 23 M€ de chiffre d’affaires et emploie plus de 220 salariés. Une véritable pépite qui a reçu l’an dernier le Prix de l’Eco Néo-Aquitain, pour ses performances à l’export, et a été élue “plasturgiste de l’année” en 2017.

Autre entreprise concernée, le groupe Réel, qui conçoit des systèmes de levage industriel et de manutention notamment pour l’aéronautique ou le nucléaire (CA 213 M€, 1.200 salariés), et qui a inauguré en 2015 une unité de production flambant neuve à La Rochelle. Ou encore la société Price Induction, installée à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), spécialisée dans la fabrication de moteurs destinés aux avions légers de voyage. Des moteurs 100 % basques qui pourraient se décliner dans les futurs dirigeables…

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