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Philippe Martin
09/08/2020
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Jean-Baptiste Lemoyne est un des assez rares membres du gouvernement à avoir une véritable expérience d’élu local. Il a été conseiller général de l’Yonne, vice-président de la Communauté de communes du Gâtinais en Bourgogne, maire de Vallery (Bourgogne-Franche-Comté), avant d’être élu sénateur de l’Yonne en 2014, fonction qu’il a quittée pour entrer au gouvernement. Il a été l’un des plus proches collaborateurs de Jean-François Copé à l’époque où celui-ci siégeait au gouvernement. Il a également été secrétaire général du groupe UMP à l’Assemblée nationale.

J.-B. Lemoyne : « Cet été, partez en France ! »

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Le secrétaire d’Etat au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, reconduit dans ses fonctions, se bat pour sauver une partie de l’activité touristique estivale, et réaliser une belle arrière-saison. Il explique comment à Régions Magazine.

Beaucoup de professionnels du tourisme n’ont pas compris pourquoi il avait fallu trois semaines pour nommer un membre du gouvernement en charge de ce dossier, alors que le tourisme hexagonal traverse assurément la plus grave crise de toute son histoire contemporaine. C’est pourquoi le retour aux affaires de Jean-Baptiste Lemoyne a été bien accueilli, même si une fois de plus le tourisme et ses deux millions d’emplois ne bénéficie pas d’un ministère à part entière, contrairement à la Mer qui n’en “pèse” que 400.000. Comprenne qui pourra…

Toujours est-il que Jean-Baptiste Lemoyne a immédiatement repris le flambeau… qu’il avait laissé trois semaines avant, en annonçant, à peine revenu aux affaires, que le chômage partiel serait maintenu pour les entreprises du secteur touristique, jsuqu’en décembre 2020. Ce qui devrait leur permettre de tenir jusqu’en mars 2021, après trois mois d’interruption complète et un été plutôt morose…

C’est que, contrairement à ce que sa dénomination pourrait laisser croire, le poste de ministre du tourisme n’est pas forcément de tout repos. Mais rarement, peut-être jamais, un membre du gouvernement en charge de ce dossier aura-t-il été confronté à une telle succession de difficultés. Après les Gilets jaunes et les grèves massives des transports, qui n’ont guère facilité les déplacements ces deux dernières années, voilà Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, en charge du Tourisme, confronté à une pandémie mondiale ! Confinement, fermeture des restaurants, arrêt complet de la filière tourisme d’affaires, règle des 100 km empêchant l’hôtellerie de redémarrer, « plages dynamiques », et on en passe…

Pourtant le secrétaire d’Etat, fidèle à ses racines icaunaises (il a été maire de Vallery, dans l’Yonne), ne se départit jamais de son calme ni de son éternel sourire. Refusant de participer aux polémiques, il a cherché pendant le confinement et depuis le redémarrage de l’activité, à soutenir au maximum les acteurs du tourisme, durement frappés depuis le mois de mars. Il se bat encore aujourd’hui pour un été « bleu, blanc, rouge », et a confié ses ambitions à Régions Magazine.

Régions Magazine : Vous avez fait état d’une perte globale pour le secteur du tourisme, de 30 à 40 milliards d’euros (sur un CA annuel de 170 Md€). A-t-on une première idée du nombre de faillites que cette perte va provoquer dans le monde l’hôtellerie, ou de la restauration ?

Jean-Baptiste Lemoyne : C’est très difficile, voire impossible à calculer pour l’instant. Qui va redémarrer, et comment ? Y aura-t-il une deuxième vague d’épidémie qui serait terrible pour nos entreprises ? Comment va se passer cet été ?

Par ailleurs les aides massives que nous avons injectées dans la filière touristique ont permis d’éviter jusqu’à présent l’essentiel des faillites que vous évoquez. Et il faut que cela continue, d’où notre plan de soutien à la filière de 18 M€, la moitié sous forme d’aides directes, l’autre sous forme de subventions d’investissement. L’idée du gouvernement, et du président de la République qui en a fait une priorité nationale, c’est d’aider au maximum la totalité des entreprises à passer ce cap difficile, au moins jusqu’à la fin de l’année.

J’avais ce matin au téléphone le directeur du château de Cheverny, un site magnifique en Centre-Val de Loire, il me disait qu’il n’attendait pas le retour massif des visiteurs avant mars 2021… Néanmoins, nous entendons bien sauver tout ce qui peut l’être de cet été et de l’arrière-saison, c’est pourquoi avec Atout France nous avons lancé notre campagne sur l’été tricolore, « #CetEtéJeVisitelaFrance. »

Je vois par ailleurs, que la plupart des Régions ont également des campagnes de promotion, c’est toute l’équipe de France, Etat et Régions, qui portent ce message d’un tourisme en circuit court.

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Jean-Baptiste Lemoyne a reçu Régions Magazine dans les locaux du ministère, rue de la Convention.

RM : Quel en est le principe ?

JBL : C’est très simple. Il y a chaque année 9 millions de Français qui partent en vacances à l’étranger, nous leur disons : « cette année, cet été, plus que jamais, restez en France, il y a tout ce dont on peut rêver ! ». Et on communique sur ce thème. Il y a aussi 17 millions d’étrangers qui viennent chez nous, nous agissons pour que les Européens, qui en représentent les deux tiers, se rendent en France cet été et au cours de l’arrière-saison.

RM : Toutes les régions ne sont pas touchées de la même façon…

JBL : C’est clair ! Si vous prenez le cas de l’Île-de-France, par exemple, il est évident que cette région, dans laquelle le tourisme d’affaires est florissant, subit un impact encore plus fort que les régions littorales par exemple. D’où la mise en place des PGE, les Prêts Garantis par l’Etat, qui doivent permettre de franchir cette passe difficile. Nous sommes même prêts à aller plus loin : nous travaillons avec Bercy sur un dispositif qui permettrait de transformer ces prêts en quasi-fonds propres, de manière à consolider les entreprises touristiques concernées. Les crédits octroyés pourraient à terme être convertis en obligations, ce qui éviterait des remboursements trop délicats dans la conjoncture.

Je vous rappelle que le dispositif des PGE se monte à 8 milliards d’euros, qu’aujourd’hui 90.000 entreprises en bénéficient, et que les deux tiers relèvent des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration.

Pour un « Plan Marshall européen du tourisme »

RM : Vous avez évoqué, avec le commissaire européen Thierry Breton, l’idée d’un “plan Marshall européen” pour soutenir le tourisme dans toute l’UE. Pouvez-vous en préciser les axes ?

JBL : Oui, c’est vrai, nous travaillons ensemble sur ce projet. Il faut rappeler que les chefs d’Etat de l’UE se sont mis d’accord pour que, sur l’ensemble des aides accordées, 20 % soient réservées au tourisme. En juillet, les chefs d’Etat vont finaliser ce plan.

Je tiens à rappeler deux points importants. D’abord, la France est la première nation touristique dans le monde par le nombre de visiteurs qu’elle accueille chaque année. Ensuite, le tourisme représente plus de 10 % du PIB européen. La crise a au moins permis cette prise de conscience de l’importance du tourisme, et son effet d’entraînement sur beaucoup d’autres secteurs d’activités. On a vu à quel point la fermeture des restaurants affectait directement l’agriculture, à quel point la limitation des déplacements impactait la filière transports. Il y a peu de domaines dans lesquels un seul euro investi ou dépensé entraîne un tel effet-levier !

A ce sujet je dois saluer l’action de Thierry Breton qui est parvenu à réunir l’ensemble des ministres européens du tourisme, ce qui n’était pas arrivé une seule fois en trois ans ! Je dois dire que nous avons remarquablement travaillé en commun, que nous sommes tombés d’accord pour réaffirmer à quel point le tourisme était important dans nos économies et qu’il fallait tout faire pour le préserver. J’ai beaucoup échangé, dans un esprit réellement constructif, avec mes collègues italien, espagnol ou grec. Je suis persuadé que tout cela va porter ses fruits dans la relance de notre filière, à l’échelon européen et bien sûr en France.

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« Nous sommes allés aussi vite que nous le pouvions, dans le respect des contraintes sanitaires. »

RM : Certaines Régions, notamment celles de l’ouest, très peu touchées par l’épidémie de Covid-19, se plaignent d’un déconfinement top tardif. Compte tenu des conditions sanitaires, n’aurait-il vraiment pas été possible d’aller plus vite, ce qui aurait pu permettre de sauver des milliers d’emplois ?

JBL : Je pense que nous sommes allés aussi vite que nous le pouvions, dans le respect des contraintes sanitaires. Dès le 13 avril, le président de la République a donné la date du 11 mai comme première étape du déconfinement, si la situation nous permettait de faire repartir la machine bien entendu. La règle des 100 kilomètres a été édictée pour éviter les gros brassages de population, mais elle n’a pas empêché le tourisme de proximité de redémarrer, certes doucement dans un premier temps, même si nous avons vu arriver les premières réservations dans les gîtes par exemple.

Il faut quand même se souvenir qu’à ce moment-là beaucoup de choses n’étaient pas cernées et qu’on ne joue pas avec la santé des Français ! Ensuite tout s’est accéléré, avec une phase beaucoup plus ouverte dès le 2 juin, où nous avons annulé la règle des 100 kilomètres, ce qui a permis à l’hôtellerie de repartir, et une troisième le 22 juin, avec d’ailleurs une semaine d’avance sur ce qui était prévu, notamment pour les restaurants.

Au final, quand on regarde ce qui s’est passé autour de nous en Europe, nous avons tous avancé au même rythme, avec parfois une ou deux semaines d’avance ou de retard, en fonction du moment où l’épidémie avait frappé tel ou tel pays.

RM : Comment travaillez-vous avec les Régions, qui ont été à la manœuvre depuis trois mois ? Et avec l’ensemble des acteurs du territoire national ?

JBL : Je crois pouvoir affirmer que nous travaillons main dans la main avec l’ensemble des territoires, et évidemment beaucoup avec les Régions. Je dialogue régulièrement avec leur président de régions de France Renaud Muselier, et avec l’appui de Jean-Yves Le Drian, nous avons coconstruit le plan de relance tourisme avec les Régions, qui occupent toute leur place au sein d’Atout France.

J’ai moi-même entrepris un véritable Tour de France des régions, j’ai rencontré la plupart des présidents de conseils régionaux et des vice-présidents en charge du tourisme, nous avons mis au point ensemble un dispositif commun avec l’ANCV pour faire bénéficier un maximum de Français de chèque-vacances cet été.

Bien entendu, je regarde de près les différents plans de relance adoptés dans le Grand Est, en Nouvelle-Aquitaine, dans les Hauts-de-France, en Région Sud pour n’en citer que quelques-uns, afin de voir comment nous pouvons encore mieux articuler nos dispositifs. Il est clair que les Régions fixent chacune leur cap, et que ce faisant elles sont pleinement dans leurs attributions.

Propos recueillis par Philippe Martin
Photos Régions Magazine Hugues-Marie Duclos

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le numéro 154 de Régions Magazine, actuellement en kiosque.

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