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Propos recueillis par Philippe Martin
27 août 2019
Homepage : pour Régions Magazine, Christian Mantei, président d’Atout France, a fait le point sur la situation du tourisme en France. © Atout France Ci-dessus : les Régions se battent bec et ongles pour promouvoir leurs destinations touristiques. Ici le “workshop” organisé à l’espace Cléry à Paris le 15 novembre dernier, à destination de la presse. Au programme : les innovations 2019 des CRT.

“Il faut investir partout !”

Pour Christian Mantei, président d’Atout France, les résultats exceptionnels du tourisme français en 2018 ne seront confirmés qu’avec des investissements majeurs dans le secteur touristique. 

Le tourisme, il est tombé dedans quand il était petit, ou presque. Christian Mantei a commencé sa carrière comme gérant d’une agence de voyages, avant de travailler pour différents acteurs de ce milieu, de la Fédération de Parcs naturels jusqu’à Maison de la France, en passant par l’Office du Tourisme et des congrès de Paris. Mais son “grand œuvre”, il l’a accompli à partir de 2008, en étant chargé par le gouvernement de l’époque de préfigurer ce qui allait devenir le “bras armé” de la France en matière de tourisme : Atout France.

Tout naturellement, il en est devenu le premier directeur, avant de céder son poste le 18 avril dernier à Caroline Leboucher. Mais il n’en a pas pour autant abandonné son “bébé” : il est devenu, dans la foulée, le président du conseil d’administration d’Atout France.

Une institution qui se trouve aujourd’hui dans une situation pour le moins paradoxale. Les résultats du tourisme français ont atteint en 2018 un niveau exceptionnel, avec 56 Md€ de chiffres d’affaires, mais le gouvernement a décidé de “serre la ceinture” de cet organisme unanimement reconnu, en diminuant son budget d’un tiers ! Comprenne qui pourra…

Le nouveau président d’Atout France se trouve donc placé devant une mission périlleuse : assurer que l’institution pourra accomplir sa tâche au même niveau d’exigence et de qualité, mais avec des moyens très contraints. Sur ce thème, comme sur la relation avec les Régions ou la situation du tourisme d’affaires en France, Christian Mantei fait le point pour Régions Magazine.

Régions Magazine : Quelle est la différence majeure entre être le directeur général d’Atout France et en devenir le président ?

Christian Mantei (sourire) : La première différence, c’est qu’il s’agit d’une fonction non rémunérée ! C’est pourquoi je travaille désormais pour le fonds d’investissement ATREAM, spécialisé dans la gestion de fonds immobiliers, notamment en direction de l’hôtellerie.

Pour le reste, je dirais que le directeur général a la signature, il gère et manage l’équipe. Le président préside le conseil d’administration, il est à l’intersection de la tutelle de l’Etat (Quai d’Orsay et Bercy) du management des équipes et du conseil d’administration où siègent divers acteurs publics et privés. Je souhaite pour ma part travailler en tandem avec la directrice générale qui m’a succédé, qui a de grandes qualités. Je veux lui apporter mon concours, mon appui et l’expérience que j’ai acquise s’agissant du fonctionnement de l’institution.

Régions Magazine : On dit que l’année 2018 a été exceptionnelle pour le tourisme français. Est-ce exact ?

CM : Oui, on peut le dire comme cela. Nous avons atteint 90 millions de visiteurs internationaux (dont 600.000 grâce à l’outremer, je tiens à le préciser), nous avons dépassé les 56 Md€ de chiffre d’affaires, soit une hausse de 5 % par rapport à l’exercice précédent. Nous nous sommes très bien relancés sur de gros marchés qui étaient à la baisse, comme l’Allemagne ou les États-Unis, et le tourisme d’affaires est lui aussi en hausse. Tout cela avec quelques handicaps, dont la grève des chemins de fer qui a quand même été très lourde à subir.

2019 s’annonce un peu moins bien. On a tout de même ressenti un “effet Gilets jaunes” négatif surtout à Paris. Nos parts de marchés sont en baisse d’environ 2 % au premier trimestre par rapport à 2018. Mais il y a le reste de l’année pour améliorer la performance ! Ce qui est positif, c’est que la fréquentation française est en hausse partout. Le marché français est très dynamique, et plusieurs de nos régions sont à la hausse. C’est pourquoi nous pouvons d’ores et déjà envisager que le chiffre d’affaires devait atteindre voire dépasser les 60 M€ en fin d’année.

RM : Et l’objectif des 100 millions de visiteurs internationaux que le gouvernement avait fixé pour 2020 ?

CM : Je pense que ce sera plus difficile. Et puis très franchement, ce qui compte c’est davantage d’améliorer le chiffre d’affaires que d’exploser les records de fréquentation. Je dois dire à cet égard que les Régions font des efforts considérables pour améliorer et faire connaître leur offre. L’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine, les Hauts-de-France, il faudrait les citer toutes, mais certaines villes “cartonnent” vraiment, je pense à Lille ou à Bordeaux par exemple.c

Il faut construire ou rénover des hôtels et des centres de vacances sur tout notre littoral, en particulier celui de l’ouest.”

Nous disposons à cet égard d’un indicateur très précis, puisque nous éditons chaque année le tableau de bord de l’investissement. Depuis deux ans, il est fortement à la hausse : nous serons à 15 milliards d’euros investis en 2019, un de plus qu’en 2017, deux de plus qu’en 2018. Avec une difficulté toutefois : la majorité des fonds investis le sont dans les grandes villes, Bordeaux, Nice, Lille, Nantes ou Lyon. Sans parler de Paris/Ile-de-France qui comptera en fin d’année 72 nouveaux hôtels, soit 10.000 chambres supplémentaires !

Mais il faut investir partout. Les enjeux sont considérables pour les villes moyennes, les littoraux. Il faut construire ou rénover des hôtels et des centres de vacances sur tout notre littoral, en particulier celui de l’ouest, où la clientèle française grimpe mais où la clientèle internationale reflue faute d’établissements hauts-de-gamme, il faut réhabiliter certaines stations de montagne…

RM : On comprend bien ce discours offensif, mais on comprend moins que dans ces circonstances l’Etat, en l’occurrence le ministère des Finances et Bercy, ait décidé de rogner considérablement les moyens d’Atout France (lire en encadré)…

CM : Il faut d’abord dire que le budget “action” d’Atout-France n’est pas concerné par ces annonces, et qu’au contraire nous disposons de moyens accrus grâce à une part de la recette des visas qui nous est désormais reversée. Nous avons ainsi noué des partenariats à hauteur de 38,5 M€, notamment avec les Régions et les Offices de Tourisme, un record en la matière.

En revanche, la division d’un tiers de la masse salariale d’Atout France, telle qu’elle est envisagée, a évidemment suscité des inquiétudes, notamment au niveau des Régions (lire par ailleurs la réaction de Destination Régions, ainsi que l’interview de Pierre-Alain Roiron). Elles rappellent à juste titre que les bureaux d’Atout France installés à l’étranger, et dont le rôle est majeur, sont aussi leurs bureaux. L’an dernier les Régions ont contribué à l’action d’Atout France à hauteur de 17 M€.

(lire la suite dans le n°149 de Régions Magazine, actuellement en vente).

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