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Philippe Martin
21/05/2020
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La présidente de la Région Occitanie Carole Delga, répondant ici aux questions de Régions Magazine, a ouvert le débat de la gratuité sur les péages d’autoroute. Photo Hugues-Marie Duclos Régions Magazine.

Double polémique Régions-gouvernement

Les péages autoroutiers et les chèques-vacances ont mis le feu aux poudres. Et c’est Carole Delga (Occitanie) qui a lancé le “débat”.

Renaud Muselier l’avait exigé dès le début de l’épidémie : il n’y aurait pas de polémique entre les présidents de Région et l’exécutif, en tout cas tant que la Covid-19 continuerai à faire des ravages. Et il faut admettre que le président de Régions de France avait été entendu jusqu’ici, les quelques rares escarmouches ayant été très vite étouffées dans l’œuf.

Depuis deux jours, il semble que la trêve soit plus ou moins rompue. C’est d’abord Carole Delga qui a, sans doute involontairement, mis le feu aux poudres. La présidente de l’Occitanie a proposé la gratuité des péages d’autoroute durant tout l’été. « Toutes ces entreprises, qui gèrent les autoroutes pour le compte de l’État, ont de très bons résultats financiers. Il faut qu’elles soient solidaires avec d’autres acteurs économiques en grande difficulté”, estime-t-elle, espérant ainsi “sauver la saison touristique qui est l’un des piliers de l’économie nationale avec près de deux millions d’emplois directs et indirects », et aider les Français dont le pouvoir d’achat est en berne.

Si lesdites sociétés ont jusqu’à présent gardé le silence, le secrétaire d’Etat en charge des Transports Jean-Baptiste Djebbari a immédiatement répondu, et par un “non” cinglant. “Il n’est ni réaliste, ni souhaitable d’exiger cet été la gratuité des péages auprès des sociétés d’autoroutes. Cette position, on le comprend bien, est un peu politique », a-t-il déclaré sur BFMTV, ajoutant : « Sur le plan pratique et contractuel, elle est assez inopérante ».

« Mme Delga sait très bien que tout cela est noué et géré par des contrats qui, d’ailleurs, n’ont pas été négociés par nous mais qui continuent à s’appliquer », a-t-il poursuivi. « Si Mme Delga veut rembourser le niveau de péages aux sociétés concessionnaires en Occitanie, je l’invite à entrer en contact avec les concessionnaires en question », a-t-il ironisé, espérant sans doute mettre fin aux discussions.

C’est bien mal connaître la présidente occitane, dont le territoire accueille chaque année 30 millions de touristes, avec à la clef un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros. “Faire de la politique, c’est s’occuper des gens”, a-t-elle immédiatement rétorqué. « Balayer ma proposition du revers de la main avec cet argument n’est pas très sérieux. Cela mérite au moins un tour de table et je m’étonne du manque de dialogue entre l’Etat et les sociétés autoroutières pour s’adapter à cette situation exceptionnelle ».

Dans la foulée, elle a envoyé un courrier directement aux sociétés concessionnaires, afin de leur demander “un acte de solidarité nationale en modérant leurs tarifs de péage pour l’été 2020″. Et elle a reçu le soutien franc et massif d’un important groupe de pression, l’association “40 millions d’automobilistes”, qui assène : « S’il a été dans un premier temps repoussé d’un revers de main, le sujet mérite d’être discuté au plus haut sommet de l’État ». 

Quant aux sociétés autoroutières, elles ont pour l’instant gardé le silence, mais elles pourront rappeler qu’elles ont perdu 80 % de trafic (et donc d’une grosse partie de leurs ressources) pendant le confinement.

L’annonce “indigne” de Jean-Baptiste Lemoyne

Autre sujet de discorde symbolisé le 20 mai par un communique très sec de Régions de France : l’affaire des chèques vacances. Dans ce texte, les Régionsexpriment leur indignation après l’annonce unilatérale par le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne de la mise en place d’un dispositif national sur les chèques vacances quelles seraient amenées à co-financer.”

Régions de France rappelle que “l’idée de contribuer à la relance du tourisme par un dispositif de chèque vacance est en effet  une idée élaborée et financée par quelques Régions, et notamment la Région Sud qui a été la première à le mettre en place.

L’État s’est montré intéressé par ce dispositif d’initiative régionale au point de proposer aux Régions volontaires un mécanisme permettant d’en faciliter le déploiement. Des réunions de concertation étaient en cours entre les services à cet effet.”

Les Régions sont donc “particulièrement choquées d’apprendre par voie de presse l’annonce unilatérale par le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne d’un dispositif national quelles seraient amenées à co-financer.

C’est une méthode d’autant plus détestable, poursuit le communiqué, que les Régions et l’État collaborent activement sur les plans d’urgence et les mesures de soutien à l’économie, et encore récemment sur le plan tourisme annoncé jeudi dernier et dont les Régions ont salué l’ambition.

Non, Monsieur Lemoyne, les Régions ne sont pas le tiroir-caisse de l’État. Il serait temps d’apprendre ce que partenariat veut dire.

C’est pourquoi nous demandons que le secrétaire d’État revienne immédiatement sur cette annonce et poursuive la discussion qui avait été engagée avec les Régions volontaires afin que la mesure conserve son caractère régional et différencié, avec les Régions qui l’ont initiée, dans le respect de leurs prérogatives.”

A noter que le principal signataire de de texte est évidemment le président de Régions de France (et aussi de la Région Sud) Renaud Muselier. La trêve serait-elle définitivement rompue ?

Quant aux péages d’autoroutes, le ministre Jean-Baptiste Lemoyne interrogé sur ce sujet a prudemment répondu sur RTL qu’il s’agirait plutôt de “quitter l’autoroute” et d’emprunter “les départementales” et “les chemins noirs qui font le charme” de la France…

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