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Philippe Martin
29/04/2020
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Christelle Morançais, ici au congrès de Régions de France, a répondu aux questions de Régions Magazine. Photo Régions Magazine Hugues-Marie Duclos.

Christelle Morançais : “Une crise économique majeure”

La présidente des Pays de la Loire fait le point sur la situation sanitaire et économique de sa région, l’une des moins touchées par l’épidémie.

Confinée dès le début de l’épidémie pour avoir été en contact avec un malade atteint du Convid-19, Christelle Morançais retrouve ces jours-ci un des éléments qu’elle préfère dans la vie politique : le terrain, et les contacts humains qui vont avec. La présidente (LR) des Pays de la Loire a répondu aux questions de Régions Magazine.

Régions Magazine : Votre région a été une des moins touchées par l’épidémie. Pouvez-vous faire un point sur sa situation sanitaire ?

Christelle Morançais : Au moment où je vous parle, nous recensons 320 décès des suites de la maladie. C’est certes dramatique, mais c’est évidemment beaucoup moins que les régions les plus touchées. Et nous n’avons que 1,9 % de la population qui a été contaminée, ce qui est également très faible.

En revanche, notre activité économique a subi le choc de plein fouet, avec une baisse de 36 % depuis le 15 mars. Par comparaison, le Grand Est, qui a de son côté près de 12 % de personnes contaminées, a vu son activité économique chuter de 35 %, c’est-à-dire à peu de choses près comme la nôtre. Au-delà de la crise sanitaire, il y a donc bien une crise économique majeure, y compris dans les régions les moins concernées par l’épidémie.

RM :  Selon une étude de scientifiques confirmée par l’ARS, le confinement aurait évité 7.000 décès supplémentaires en Pays de la Loire. Partagez-vous cette analyse ?

CM : Je ne conteste évidemment pas l’intérêt du confinement. Je dis simplement qu’on ne peut pas rester confiné à vie. Il y a de belles avancées dans la lutte contre l’épidémie, mais il est clair que le virus est toujours là, et pour longtemps, et qu’il va falloir vivre avec.

Soyons clairs : la vie d’avant n’existe plus. Raison de plus pour sortir le plus vite possible de cette séquence à la fois pour la population et pour notre économie. C’est pourquoi j’avais demandé au Premier ministre un déconfinement accéléré pour les Pays de la Loire, l’une des régions les moins touchées, avec bien entendu des règles sanitaires strictes, et les moyens de les appliquer : il faut que les habitants disposent très vite de masques. A ce titre, je trouve également que le déconfinement par départements, annoncé ce 28 avril, est une bonne mesure.

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Christelle Morançais ici aux côtés du directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire Jean-Jacques Coiplet. Photo Région Pays de la Loire S. Dacher.

“Le déconfinement par départements est une bonne mesure. Mais pour le tourisme, les décisions sont trop tardives.”

RM : Quels retours avez-vous sur la situation économique régionale, en particulier celle des PME et TPE ?

CM : Les secteurs les plus touchés sont évidemment le tourisme, qui est totalement à l’arrêt, les BTP qui ont vu leur activité chuter de 88 %, le commerce de 56 %. Nous avons actuellement 475.000 salariés au chômage partiel, et cela concerne 44.000 entreprises. De grosses entreprises comme les chantiers navals sont à l’arrêt, même s’ils vont commencer à reprendre doucement. Je rappelle au passage que le tourisme représente 7,5 % du PIB régional.

C’est pourquoi j’avais fait plusieurs propositions concrètes au ministre de l’Economie Bruno Le Maire. D’abord une vraie visibilité avec des dates de réouverture pour les établissements touristiques. Ensuite un fonds de compensation spécifique qui couvre pour partie la perte du chiffre d’affaires. Enfin la suppression des charges fiscales.

Il faut aussi que nous puissions accompagner les fleurons de note tourisme comme par exemple le Puy du Fou ou le zoo de La Flèche, qui ont réalisé de gros investissements en vue leur réouverture et restent fermés jusqu’à nouvel ordre.

RM : Les Pays de la Loire sont une grande région touristique, balnéaire mais pas seulement. Peut-on y envisager un été sans touristes ?

CM : cela paraît difficilement envisageable. Dans ce secteur économique particulier, tout ce qui est perdu est perdu, et ne revient jamais. A ce titre, attendre le 2 juin pour les acteurs du tourisme n’est pas une bonne chose. Pour les cafés et restaurants, un rapport de l’Assemblée nationale préconisait une réouverture mi-mai. Pourquoi ne pas tester, expérimenter, ce qui aurait rassuré les professionnels ?

RM : Vous avez décidé de lancer une souscription pour créer un fonds de solidarité au bénéfice des entreprises, en complément du plan de 56 M€ déjà adopté par la Région. Pourquoi ?

CM : Nous avons créé le Fonds Résilience qui correspond je pense à une véritable attente des entreprises, au-delà de toute une série de dispositifs comme les prêts à taux zéro mis en place avec Bpifrance, et du Fonds National de Solidarité que nous abondons comme les autres Régions.

Ce fonds est notamment destiné à résorber ce que j’appelle les “trous dans la raquette”, ces entreprises qui, pour raison ou une autre, qu’elles soient trop petites, de création trop récente, pas assez informées, ne peuvent bénéficier des dispositifs classiques et sont donc ne très grande difficulté. Nous avons déjà de nombreuses demandes. Je tiens des réunions régulières avec les responsables consulaires et les organisations patronales pour que rien ne puisse nous échapper et que nous puissions soutenir très vite les TPE les plus durement touchées.

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RM : La Région a accordé plusieurs aides à des recherches menées par des scientifiques ligériens, ainsi qu’à une étude menée par des hôpitaux de la région, notamment pour la recherche sur les effets de la chloroquine. N’aurait-il pas été souhaitable de mutualiser cet effort financier avec d’autres Régions ?
CM : C’est déjà le cas. Les chercheurs des Pays de la Loire travaillent ainsi sur un nouveau modèle de respirateur avec ceux d’Auvergne-Rhône-Alpes, avec le concours de leurs Régions respectives. Le Centre hospitalier d’Angers a lancé un protocole de recherche sur les effets de la chroloquine avec 36 hôpitaux sur tout le territoire national. Après, les Pays de la Loire sont une grande région de recherche et il est normal que les chercheurs poursuivent leurs travaux de leur côté. Mais l’heure est clairement au partage.

RM : Comment voyez-vous le rôle des Régions à la sortie de cette crise : modifié en profondeur ? renforcé ?

CM : D’abord, arrêtons de dire que le “monde d’après“ sera forcément en décroissance. II sera différent, c’est sûr. Mais la crise prouve clairement que l’Etat ne peut pas tout, qu’il a besoin de s’appuyer sur les régions pour relancer l’économie, sur les départements pour encadrer le sanitaire, sur les communes pour l’application des décisions.

Ce qui m’anime, c’est cette dimension de proximité, c’est pourquoi le terrain m’a tant manqué ces dernières semaines ! Mais heureusement que les Régions étaient là pour soutenir les personnels soignants qui manquaient terriblement de matériel de protection…

Tenez, je prends un exemple concret : l’opposition au conseil régional nous a reproché d’avoir interrompu le dispositif “Ordipass” qui consistait à permettre aux lycéens d’acquérir un ordinateur portable, car nous trouvions qu’il ne correspondait plus à la réalité. En revanche, dès le début du confinement, la Région a su trouver les solutions pour que les lycéens puissent être équipés et suivre leurs cours à distance. Les Régions sont capables de mettre les mains dans le cambouis. En cette période, c’est plus important que jamais.

Propos recueillis par Philippe Martin


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