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Propos recueillis par Philippe Martin
12 septembre 2017
© Régions de France Joanna Bink - Les présidents de Régions (ici François Bonneau, Centre-Val de Loire, Philippe Richert, Grand Est et Renaud Muselier, PACA) ont aiguisé leurs crayons pour la rentrée.

Les Régions prêtes pour leur rentrée

En amont de leur congrès annuel, les 27 et 28 septembre à Orléans, les présidents de conseils régionaux affichent leur détermination et leur volonté de négocier avec le gouvernement. Le point avec leur président Philippe Richert.

“Oser l’expérimentation régionale” : tel est le thème du 13ème congrès de Régions de France, qui aura lieu cette année les 27 et 28 septembre à Orléans, capitale de la région Centre-Val de Loire. Un thème positif, fédérateur mais aussi offensif, car telle est l’image que les Régions entendent renvoyer en cette rentrée très délicate pour le gouvernement dans ses rapports avec les collectivités.

Suppression des contrats aidés ou de la taxe d’habitation, incertitude sur les dotations avec une économie réclamée à hauteur de treize milliards d’euros : les zones de frottement ne manquent pas. Pourtant, les Régions affichent une forme de sérénité, à l’image de leur président Philippe Richert (LR). Qui a fait le point pour Régions Magazine.

Régions Magazine  : les villes ou les métropoles sont vent debout contre les mesure annoncées par le gouvernement. Dans ce concert de critiques, on n’entend pas trop les Régions. Avez-vous reçu des assurances particulières  ?

Philippe Richert : pas du tout, mais je suis un optimiste de nature  ! Plus sérieusement, nous voulons croire dans la volonté du gouvernement de préserver un espace de négociation, qu’il s’agisse des questions financières ou des transferts de compétence. A la fin des conférence nationale des territoires, le 17 juillet dernier au Sénat, le discours du président de la République semblait assez clair à ce sujet. Nous voulons profiter de la présence du Premier ministre Édouard Philippe à notre congrès d’Orléans pour faire passer ce message, continuer à avancer sur la plate-forme État-Régions qui sera présentée à cette occasion, et que nous souhaitons signer avec le président dela République et le Premier ministre.

RM  : Comment avez-vous vécu l’annonce d’une nouvelle économie de 13 milliards d’euros réclamée aux collectivités sur la durée du mandat présidentiel  ?

PR : là-dessus il faut être sérieux et regarder les chiffres. Pour éviter toute contestation, je prends ceux de Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. Le gouvernement de Manuel Valls avait lancé un plan de restrictions budgétaires, en réclamant 50  Md€ d’économies : 11 pour les collectivités, 18 pour la Sécurité Sociale, 21 pour l’État.

“L’effort d’économie, nous, on l’a déjà fait  ! Donc c’est désormais à l’État de se réformer et de montrer l’exemple.”

Aujourd’hui nous savons ce qui a été réellement accompli. Sur les 11  Md€ demandés, nous en avons réalisé 9,5. La Sécurité Sociale a réalisé 13  Md€ sur les 18. Et l’État, 5  Md€ sur les 21  ! L’effort, nous, on l’a déjà fait  ! Donc  c’est désormais à l’État de se réformer et de montrer l’exemple par un effort structurant. On le sait bien, et toutes les études le montrent, ce ne sont pas les collectivités qui portent la partie la plus importante du déficit public du pays, loin de là.

Nous demander un effort supplémentaire constituerait un coup fatal à notre capacité d’investissement : il n’y aurait rien de pire.

Mais le président de la République a dit que, dans un premier temps, on ne toucherait pas aux dotations de fonctionnement. Nous devons aussi obtenir l’attribution aux Régions d’une part de TVA, actée par le précédent gouvernement, et qui nous conférerait une fiscalité dynamique. Je crois aux vertus du dialogue.

RM : Votre congrès porte sur la notion d’expérimentation. Avez-vous quelques exemples à fournir  ?

PR : Vous le savez, notre compétence en matière de transports s’est encore accrue lors de cette rentrée puisque nous gérons désormais directement la totalité des transports scolaires, ce qui fait des Régions les vraies autorités organisatrices de transports. Mais nous souhaitons aller encore plus loin.

“Moi, je suis prêt à prendre en charge la gestion de l’écotaxe sur les routes de ma région.”

Prenez l’exemple de l’écotaxe. Je vous rappelle que la France a dépensé un milliard d’euros pour installer des portiques, un autre milliard pour les démonter et indemniser les sociétés qui devaient encaisser les fonds, plus un milliard d’euros de rentrée espérées et perdus chaque année… Ma région Grand Est est traversée chaque jour par des milliers de poids lourds venant de toute l’Europe. Ils entrent en Alsace par la frontière allemande avec le plein d’essence, roulent sur nos routes en les détruisant et sans verser un centime, puis repassent la frontière à la hauteur de la Suisse, ce qui leur permet d’éviter l’écotaxe allemande… Moi, je suis prêt à prendre en charge la gestion de l’écotaxe sur les routes de ma région. La taxe poids lourds, en Allemagne, c’est 4,5  Md€ par an…

Autre exemple, l’emploi. Nous avons joué le jeu à fond avec le “plan 500.000 formations”. On se rend compte aujourd’hui à quel point la décentralisation de la formation est indispensable, et à quel point elle est liée à la politique de l’emploi. Nous ne demandons pas à ce que Pôle Emploi intègre les Régions, mais nous souhaitons exercer la coordination de cette politique de l’emploi.  Nous avons également des propositions très fortes en ce qui concerne les lycées.

Le président de la République a validé l’idée d’une plate-forme État-Régions. A nous d’y mettre du contenu.

 

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