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Pas Stéphane Frachet 
19 septembre 2017
La cathédrale, la Rue Royale et le tramway, symboles d’Orléans d’hier et d’aujourd’hui.

Une métropole très attendue

Le changement de statut va permettre à Orléans, déjà dotée de sérieux atouts sur le plan économique, de s’emparer de compétences nouvelles.

C’est un baromètre de l’attractivité surprenant que Movinga a publié au cœur de l’été. Malgré la mise en service de deux Lignes à grande vitesse, mettant en avant Rennes et Bordeaux, ce portail du déménagement, qui a mesuré le “ratio emménagements sur départs”, a placé Rouen, Grenoble et Asnières (Hauts-de Seine) en tête. Orléans figure dans le top 10 de ce palmarès flatteur. Une sorte de retour vers le Moyen Age, période où Orléans figurait parmi les trois cités les plus riches de France avec… Rouen et Paris. En réalité, la région Centre Val de Loire a toujours été un carrefour. Selon l’INSEE, c’est même la première région de France des migrations résidentielles. L’illustration type, ce sont les milliers de navetteurs quotidiens entre les gares des Aubrais et d’Austerlitz.

Qualité de vie, proximité avec Paris, prix raisonnable du mètre carré, dynamisme économique sont autant de facteurs qui permettent à cette métropole de 280.000 habitants de tirer son épingle du jeu. « Je n’ai pas l’œil vissé sur ces indicateurs, mais ça fait toujours plaisir », commente Olivier Carré, maire d’Orléans et président d’Orléans métropole.

 

La construction de deux lignes de tramway, “grand œuvre” de la communauté urbaine.

 

Pour comprendre cette retenue, il faut creuser un peu : Orléans attire certes des retraités franciliens en mal d’espace ou des cadres qui offrent à leur famille maison et jardin, mais le département du Loiret perd chaque année 800 jeunes de 15 à 24 ans, selon l’INSEE. Alors que l’Indre-et-Loire (Tours) parvient à en attirer 870. D’où un intérêt très fort d’Olivier Carré à redresser l’Université d’Orléans, mise à mal par un déficit de 12 M€ à résorber. Plus que cet incident de parcours, « le vrai enjeu, c’est un collegium entre les universités de Tours et Orléans pour harmoniser les disciplines », poursuit-il.

Emploi : la plus forte hausse régionale

Autre motif rassurant pour la capitale régionale : le marché du travail. Le site RegionsJob a placé la région Centre-Val de Loire juste derrière l’Ile-de-France pour la hausse des offres d’emplois par rapport à 2016 : + 61 % pour la région parisienne, + 59 % pour le Centre-Val de Loire.

En tête de ce rebond, l’immobilier puis les nouvelles technologies et télécommunications, le BTP, les transports. Même l’industrie retrouve des couleurs. Encore faut-il tempérer cet emballement constaté sur les offres car selon la dernière note de l’Urssaf, sur un an, Orléans et le Loiret (+ 1,3 %) et Tours et l’Indre-et-Loire (+ 0,8 %) voient leur masse salariale progresser modestement.

Dans ce tableau plutôt positif, Orléans tient toute sa place. Exemple : la cité johannique est l’une des places fortes de la logistique en France, derrière Paris et Lyon. Outre Amazon, on peut citer le régional Deret, qui assure l’approvisionnement des boutiques Sephora par exemple. Or, « les effectifs se renforcent fortement et les prévisions sont bonnes dans ce secteur », indique Bruno Terrien, responsable des études à la direction régionale de la Banque de France.

Dotée d’un théâtre à la programmation éclectique, d’un musée des Beaux-Arts remarquable, d’un FRAC dédié à l’architecture d’avant-garde, d’un Zénith capable d’attirer des tournées mondiales, Orléans ne fait plus peur aux touristes ni aux cadres. Si elle n’a pas les atouts de Nantes, Bordeaux ou Lyon auprès des jeunes diplômés, elle offre des postes intéressants dans des entreprises branchées sur l’international. Dior, Shiseido, Caudalie, Servier, Thales, Mars sont autant de noms qui donnent du clinquant à ce bassin d’emploi.

 

© Jérôme Grelet – Le complexe de l’Argonaute inauguré en septembre témoigne du développement culturel et sportif de la ville.

 

Pépite moins connue : Alstef. Ce spécialiste des systèmes automatisés dans la logistique et les aéroports a équipé le nouveau terminal que Moscou a construit pour le mondial de foot 2018. Cette entreprise de 250 salariés compte une centaine d’ingénieurs, qui conçoivent et suivent la fabrication puis l’installation de convoyeurs et de tapis à bagages. « On ne recrute pas dans les écoles d’ingénieurs du groupe  A, autrement dit parmi les centraliens, X, Mines… Mais il y en a de très bons qui ne sortent pas de ces écoles-là et qui sont ravis d’être à Orléans, à une heure de Paris, et de pouvoir voyager à Moscou ou en Afrique », témoigne Pierre Marol, président d’Alstef.

Mutualisation à parfaire

Ce dynamisme économique a un effet positif sur les prix de l’immobilier. La FNAIM estime que la page de la crise est tournée dans l’agglomération orléanaise. Hormis quelques quartiers, les experts du logement constatent une reprise des prix et des ventes.

Reste que le statut de métropole, obtenu de haute lutte auprès du gouvernement Valls, ne transforme pas tout, d’un coup de baguette magique. Certes le réseau de transports est dense, mais le retard pris dans certaines mutualisations pèse sur des communes à la population fléchissante et aux finances tendues. A l’instar de Saint Jean de la Ruelle (16.400 habitants, – 1,3 %), pour laquelle la Chambre régionale des comptes a souligné en avril dernier, qu’entre 2009 et 2014, l’effectif des fonctionnaires n’avait diminué que de 461 à 452 personnes. En clair, l’intégration communautaire n’a pas permis de faire des économies.

Entre autres explications, dont les baisses de dotations, Christophe Chaillou, maire (PS), argue que son conservatoire municipal est en régie et qu’il emploie quatre professeurs en catégorie A. Ce qui fait gonfler la masse salariale de cette banlieue d’Orléans. La culture, c’est justement l’un des prochains chantiers « urgents » d’Olivier Carré. Sur ce plan-là aussi, la métropole est très attendue.

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