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Par Philippe Martin
29 septembre 2017

La colère des Régions

Il aura suffi d’un discours du Premier ministre pour faire l’unanimité chez les présidents de région… mais contre lui : à l’issue de leur congrès à Orléans, ils ont décidé de quitter la Conférence des Territoires !

Tout avait pourtant bien commencé. En accueillant Edouard Philippe à Orléans de façon très “républicaine”, Philippe Richert, président (LR) de Régions de France et de la région Grand Est, et François Bonneau, président (PS) du Centre-Val de Loire, espéraient poursuivre la dialogue commencé avec l’Etat dans le cadre de la première Conférence des Territoires, en juillet dernier. Espoir très vite douché par le discours d’un Edouard Philippe très distant, annonçant de manière brutale et visiblement sans concertation préalable, que les 450 M€ promis (et votés dans la loi de finances 2017!) de fonds exceptionnels ne seraient finalement pas attribués aux Régions. Cette somme était pourtant due à la suite du transfert de la compétence économique des Départements aux Régions, transfert inscrit dans la loi NOTRe..

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase… Après que le Premier ministre eut très rapidement quitté l’estrade sous quelques applaudissements maigrelets, les présidents se retrouvaient pour une réunion de crise, puis pour une “conférence de presse” qui restera dans les annales de l’Histoire récente des Régions.

 

“Nous venons de subir un troisième ouragan” (Ary Chalus, Guadeloupe)

Tour à tour la quinzaine de présidents de région et de collectivités présents ont entonné l’air de la solidarité face aux dernières annonces gouvernementales, à commencer par les 13 Md€ d’économies réclamés aux collectivités par un Etat qui ne s’applique pas à lui-même cette règle vertueuse. De Marie-Guite Dufay (PS) à Valérie Pécresse (LR) en passant par Gilles Simeoni (Collectivité de Corse) ou Alfred Marie-Jeanne (collectivité de Martinique), ce fut l’expression d’une colère à peine rentrée, englobant les pourtant si modérés Philippe Richert et François Bonneau. Extraits choisis. Alain Rousset (Aquitaine) : “j’avais l’impression de jouer dans le film Tanguy, quand les parents annoncent à leur grand fils qu’ils lui suppriment son argent de poche”. Ary Chalus (Guadeloupe) : “nous venons de subir un troisième ouragan”. Valérie Pécresse (Île-de-France) : “la parole donnée n’est pas respectée par l’Etat, c’est grave et c’est l’amorce d’une recentralisation”. Xavier Bertrand (Hauts-de-France) : “ce discours, c’est l’expression d’un mépris affiché par l’Etat à l’encontre des territoires. Il y aura un avant et un après Orléans. Moi, je ne fais plus confiance. Il faut couper les ponts”.

Dans la foulée, les Régions ont annoncé qu’elles “se retiraient de la Conférence des territoires pour protester contre la décision du gouvernement de supprimer 450 millions d’euros  de crédits pourtant votés par le Parlement un an plus tôt.”

 

Confiance rompue

Les Régions “ne participent pas, à partir d’aujourd’hui, à des discussions sur des réformes qui sont le faux nez d’une reprise des responsabilités qui leur ont été confiées”, a précisé ensuite François Bonneau (Centre-Val de Loire), président délégué de Régions de France. “On ne peut avoir confiance en aucune manière en un gouvernement qui nous retire de façon totalement injuste 450 millions d’euros.”

“Nous parlons de milliers d’emplois, 450 millions d’euros, c’est 5.000 entreprises aidées”, a complété Alain Rousset. Et Xavier Bertrand (Hauts-de-France) a mis en garde contre “la révolte qui gronde dans les communes, les départements et les régions”, dénonçant un “profond mépris de la technostructure” à l’encontre des élus.

Contrairement à ce que dit le Premier Ministre, les ressources des Régions baisseront de 350M € en 2018, compte tenu de la dynamique d’évolution de la TVA estimée à 100 M€, a calculé Régions de France dans un communiqué.

“Cette décision est une marque de défiance vis à vis des Régions qui avaient pourtant souligné à plusieurs reprises leur volonté de s’engager dans un agenda de réformes du pays partagé entre l’Etat et les Régions autour d’un pacte girondin.”

“Dans ces conditions, il n’est plus possible aux Président.e.s de régions de participer aux “simili” concertations engagées par l’Etat que ce soient dans un cadre multilatéral (Conférence nationale des territoires, assises de la mobilité, états généraux de l’alimentation…) ou bilatéral (sur la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage)”, a précisé Régions de France.

Les Régions se disent “néanmoins prêtes à renouer ce dialogue dès lors que le Président de la République et le Premier Ministre feront des propositions concrètes pour sortir de l’impasse”.

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