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16 janvier 2018
Homepage : Hervé Morin a répondu aux questions de Régions Magazine. Ci-dessus : Rencontre sur l'apprentissage entre le Premier ministre et une délégation de présidents de Région emmenée par Hervé Morin.

Hervé Morin à Régions Magazine : “Le président de la République doit faire confiance aux Régions”

Le dialogue a été renoué autour de l’apprentissage, entre les présidents de Région et le gouvernement. Mais le chemin pour retrouver la confiance est encore long. Le point avec Hervé Morin, président de Régions de France et de la région Normandie.

Régions Magazine : Dans son dernier numéro, Régions Magazine a titré en première page de couverture : “décentralisation, danger”. En tant que président de Régions de France, ressentez-vous ce danger dans vos relations avec l’exécutif ?

Hervé Morin : Disons que nous avons eu droit à un grand coup de jacobinisme en début du mandat présidentiel, et qu’on assiste depuis quelques semaines à une inversion des choses, en tout cas on peut l’espérer. Ce qui vient de se passer à propos de l’apprentissage est révélateur : le Medef et l’IUMM voulaient privatiser l’apprentissage, tout simplement. C’était évidemment inacceptable. Nous, Régions, souhaitons bien entendu que le monde économique soit davantage présent dans notre système d’apprentissage ; mais pas qu’il l’organise à sa façon, sans souci d’aménagement et d’équilibre du territoire. Pas question de construire un centre de formation privatisé à 300 mètres d’un CFA géré par une Région !

Je crois que sur ce point nous avons été entendus par le Premier ministre, et que le maintien du pilotage public de l’apprentissage est désormais acté (lire ci-dessous).

Il faut maintenant rendre le système plus efficace, en lui donnant une stabilité juridique, en cessant de l’écraser sous les normes, et surtout en faisant davantage intervenir les Régions dans l’orientation. Car le problème numéro 1, c’est qu’il n’y a pas assez de jeunes par rapport au nombre de places proposées.

RM : Néanmoins les relations entre l’exécutif actuel et les territoires semblent s’apparenter davantage à un combat permanent qu’à un dialogue fluide…

HV : Moi, ce que je veux, c’est que la France réussisse. Pour cela, il faut que les territoires soient en capacité de faire. Et qu’ils en aient les moyens. Je pense que le président de la République doit s’appuyer davantage sur les collectivités, faire confiance aux territoires, et bien sûr aux Régions. Car faire confiance aux Régions, c’est faire confiance à la France. C’est pourquoi j’ai défendu, et je continue de défendre, le droit à la différenciation,le droit à l’expérimentation pour les territoires, la délégation d’une partie du pouvoir législatif et réglementaire. A ce titre, la récente décision du Conseil constitutionnel me semble aller dans le bon sens : il a fixé une forme de ligne jaune qu’il ne faut pas franchir, sauf à remettre en question l’autonomie des collectivités. Par exemple, on peut dire que les Régions co-construisent aujourd’hui une partie de notre système éducatif, depuis les lycées jusqu’à l’orientation, en passant par l’apprentissage. Mais il faut avoir les moyens de le faire.

RM : Dans ce contexte, la gouvernance de Régions de France n’est-elle pas un exercice difficile, compte tenu des personnalités en présence et de certains désaccords politiques entre présidents de Régions ?

HV : Pas du tout. Il règne à Régions de France une formidable ambiance. Il n’y a aucun enjeu de pouvoir entre nous. Je tiens mon engagement de travailler sur tous les dossiers avec François Bonneau, de l’associer à toutes mes démarches, et cela se passe très bien. Nous sommes d’ailleurs la seule association d’élus à fonctionner de cette manière !

Vous parliez de l’apprentissage, regardez ce qui vient de se passer : il n’y a eu sur ce sujet aucune déclaration politicienne, aucune prise de position personnelle qui aurait nui à notre l’efficacité de notre démarche. C’est révélateur.

Retrouvez la suite de l’interview dans le prochain numéro de Régions Magazine.

 

 


Apprentissage : dialogue renoué

Les présidents de Région ont été reçus le lundi 15 janvier par le Premier ministre Edouard Philippe pour renouer les fils du dialogue entre le gouvernement et les Régions sur la réforme de l’apprentissage. Cette rencontre a notamment permis d’acter le principe du maintien d’un pilotage public de l’apprentissage par les Régions, a annoncé le président de Régions de France Hervé Morin à l’issue de l’entretien à Matignon.

Il a passé en revue les points d’accord avec le gouvernement:

• la simplification des conditions d’embauche et de travail des apprentis mineurs;

• l’orientation des jeunes vers l’apprentissage. Le Premier ministre et le ministre de l’Education nationale ont  donné leur accord pour que l’orientation puisse être confiée aux Régions, avec le choix laissé au personnel concerné de rejoindre ou non les services de la Région;

une plus grande intégration des milieux économiques dans la construction des référentiels de formation;

un dispositif de financement particulier pour l’apprentissage dans l’enseignement supérieur au delà de la licence professionnelle;

• un nouveau modèle de financement basé sur une contribution nationale de 0,80% de la masse salariale. Cette contribution qui remplacerait la taxe d’apprentissage serait ensuite redistribuée en fonction du nombre de contrats par branche, et adaptée en fonction de la spécificité des territoires. L’Etat, les Régions et les branches établiront  un référentiel national de coûts pour chaque formation.

Ce référentiel de coûts pourra être modulé par chaque Région pour tenir compte des enjeux d’aménagement du territoire et des populations pour lesquelles le coût de formation est plus élevé, tout particulièrement dans les zones rurales et dans les quartiers sensibles.

Le principe doit être la liberté d’ouvrir un CFA, mais avec un droit d’opposition de la Région, afin d’éviter d’ouvrir un centre de formation à côté d’un lycée professionnel dans lequel la Région aurait investi des dizaines de millions d’euros”, a souligné Hervé Morin.

“Hier on nous proposait une sorte de marchandisation. Aujourd’hui on nous propose un pilotage concerté, ouvert aux partenaires sociaux, et public pour un nouvel équilibre”, a conclu François Bonneau.

Les Régions poursuivront leur travail avec le gouvernement d’ici début février pour préciser ces différents points, et notamment la nouvelle régulation publique de l’apprentissage.

 

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